A signaler cet article qui attire l’attention sur des couteaux de notation de l’époque de la Renaissance. Il est complété par un fichier musical, un enregistrement de ces partitions au support bien particulier, par le Royal College of Music. On regrette toutefois la piètre qualité rédactionnelle de cet article. Les lecteurs lisant l'anglais pourront se reporter à cette page sur le site du Victoria & Albert Museum. Elle est accompagnée d'une vidéo.
photo : Notation Knives, c. 16th century. Artist unknown. Fitzwilliam Museum Collection, Cambridge. Photo by Johan Oosterman.
Comment j’écris des poèmes de disque. Frédéric Forte / Æon par Cécile Riou
Frédéric Forte est l’auteur entre autres recueils de Discographie et d’Opéras-minute, plus récemment de Dire ouf. C’est un passionné de musique. Il a été libraire, il a été groupe de rock, il est poète. Il écrit de temps en temps des poèmes de disque, pour les éditions Æon. Ses poèmes se trouvent en deuxième de couverture du disque, à l’intérieur de la pochette cartonnée. Il fait partie intégrante du disque, au même titre que les photographies qui l’accompagnent et est composé après écoute.
J’ai demandé à Frédéric Forte de me raconter comment il en est venu à écrire des poèmes de disque, et voici ce qu’il m’a répondu :
Alors, voilà l’histoire… Entre 2001 et 2003, j'avais travaillé comme disquaire à la boutique Harmonia Mundi de Toulouse. Et ainsi découvert les disques Æon diffusés dès leur création par H.M. En 2005, alors que je ne suis plus à la boutique mais juste à côté (à la librairie Ombres Blanches), comme je passe un jour devant elle de retour de ma pause-déjeuner, Marc, copain y travaillant toujours, m’arrête en me disant qu’il y a à l’intérieur les gens d’Æon, et qu’ils sont « très sympas ». Je continue mon chemin mais fais demi-tour presque aussitôt. Æon avait sorti peu de temps auparavant les deux Trios pour piano, violon et violoncelle de Mauricio Kagel. Et j’adore Mauricio Kagel. À tel point qu’un de mes rêves est de lui proposer une collaboration… Je rentre dans la boutique, me présente à Damien et Kaisa Pousset, le couple qui a créé Æon et leur explique que je suis poète, membre de l’Oulipo depuis peu… Pourraient-ils me donner l’adresse postale de Mauricio Kagel ? Damien et Kaisa sont curieux. Ils me suivent jusqu’à Ombres Blanches et achètent Opéras-minute, sorti cette année-là. Quinze jours plus tard, ils m’envoient l’adresse de Kagel et me proposent en même temps d’écrire des poèmes originaux, en français et dans leur traduction en anglais, pour les « secondes de couverture » de leurs disques. J’accepte aussitôt. L’idée est qu’ils m’envoient les enregistrements, sans visuel. J’écoute la ou les pièces et compose un poème en fonction de mes impressions. Cela a commencé en 2006 avec Winter Fragments de Tristan Murail, suivi par des pièces pour violoncelle seul de Giacinto Scelsi (un poème graphique en trois langues ! Français anglais et néerlandais (nationalité du violoncelliste)). Aujourd’hui, j’en suis à 37 poèmes. Sur quelques-unes des dernières pochettes, j’ai adapté des extraits de mon livre Dire ouf. J’étais tellement dans ce livre (écrit à partir de la musique de Deerhoof) que l’écoute des pièces me faisaient toujours penser à tel ou tel vers que je venais d’écrire… C’est encore le cas dans le prochain disque à paraître (le 38e poème), des pièces pour violon seul joués par le grand Irvine Arditti.
Mais pour conclure j’ajouterai que je n’ai jamais écrit à Kagel, et qu’il est mort en 2008… J’ai tout de même réalisé ces derniers temps une proposition de collaboration, et elle sort ce mois-ci chez Contrat maint ! Ça s’appelle : Système jiǎnpǔ – 7 mélodies pour Mauricio Kagel.
Parmi les projets de Muzibao pour cette nouvelle saison, un fort accent mis sur les livres ou textes sur la musique, autour de la musique, avec musique. Il en sera fait chaque fois que possible une lecture augmentée : les passages choisis dans le livre seront complétés par des liens vidéo ou audio permettant de les enrichir ou de les expliciter.
Aujourd’hui, Muzibao se penche sur le livre Cadence Secrète (sous-titré, La vie invisible d’Alfred Schnittke). Dans ce récit, Paul Greveillac se penche sur la destinée du compositeur soviétique Alfred Schnittke, né en 1934 et mort en 1998.
Dans la première partie du livre, il raconte comment, pour vivre, Schnittke, qui est souvent en conflit avec les instances culturelles soviétiques, est obligé de se tourner vers la musique de film. Tout un temps, il se sent enlisé dans ces compositions faciles, jusqu’au jour où….
« Tous les yeux de l'Orchestre symphonique d'État pour l'art cinématographique étaient braqués sur le joueur de thérémine. Ou plus exactement : sur ses mains. Ceux à qui il tournait le dos, malgré les consignes (tout mouvement étant proscrit dans la salle à cause des possibles effets de capacitance), se penchaient pour tenter d'apercevoir la genèse de ces rumeurs de soucoupe volante. Le chef d'orchestre derrière son pupitre, Alfred, assis dans le public derrière ses partitions, considéraient ces musiciens d'un oeil réprobateur. La main droite du joueur de thérémine semblait agiter avec frénésie une baguette de chef imaginaire, tandis que sa main gauche s'élevait et s'abaissait, comme celle d'un pantin crucifié. Et puis, menées par le célesta, la harpe et le piano préparé fondus à l'unisson, les cordes reprirent leurs esprits. Et le thème s'éleva. Bach post-Passions. Mélodie d'un lyrisme pudique, autour de laquelle tournoyaient rapaces des nappes venteuses, longues expirations de l'un des tout premiers synthétiseurs au nom barbare : l'Ekvodin. Projetées sur l'écran, derrière l'orchestre, des perspectives vidées à la De Chirico venaient se peupler d'une populace improbable entre Magritte, Dix, Grosz, Bruegel. La plèbe sacrifiait au Veau d'or. À la divinité de l'argent. Des siècles et des siècles de peinture étaient invoqués, concassés, réassemblés. Et au « polystylisme » du dessin animé répondait celui de sa bande-son. À la fin de l'enregistrement, Andreï Khrjanovski, le réalisateur, était sans voix. (…) Lorsqu'il quitta ce soir-là le cinéma « Ars », Alfred Schnittke se trouva dans une excitation bizarre. (…) Et il identifia nettement d'où provenait sa satisfaction. (…) Elle découlait simplement de ce que, pour la première fois de sa vie peut-être, il avait composé une œuvre bien à lui. »
Cette première « œuvre bien à lui », Alfred Schnittke l’a pourtant composée pour un film d’animation, à la demande du réalisateur Andreï Khrjanovski. Il se trouve qu’aujourd’hui on peut visionner ce film, Glassharmonica (L’Harmonica de verre) et donc entendre la musique composée par Schnittke en découvrant les images très particulières de Khrjanovski. L’expérience visuelle est aussi étonnante que l’expérience musicale.