« M’introduire dans ton histoire », lu par Pierre Jean Jouve
Document audio, à ouvrir d’un clic sur ce lien
durée : 0’55
Poezibao a déménagé. Ici vous trouverez toutes les archives de 2004 au 31 décembre 2022. Les nouvelles parutions se font depuis le 1er janvier 2023 sur ce nouveau site!
« M’introduire dans ton histoire », lu par Pierre Jean Jouve
Document audio, à ouvrir d’un clic sur ce lien
durée : 0’55
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 23 décembre 2016 à 10h35 dans Archives sonores | Lien permanent
Écrire n’est pas une affaire de progrès mais de justesse. Qu’est-ce que la justesse ? Y en a-t-il une ? Plusieurs ? Par rapport à quoi et à qui ? Puisque l’auteur est censé décider, il en propose une au lecteur, celle que nous lisons dans le livre publié. Interroger la fragilité ou l’élasticité de cette justesse, de ces justesses possibles, c’est ainsi que nous entrons dans Limite : les sept premiers textes – en prose -, très proches les uns des autres, ne montrent pas une variation autour d’un thème, mais placent devant et d’emblée la question de l’écriture : une sorte d’instable que l’auteur tâche de tirer au mieux vers sa stabilité. Chacun d’eux s’essaie en faisant bouger quelques éléments et cela suffit à produire des effets particuliers, et donc un bloc de prose différent. On passe de l’un à l’autre en répétant ce geste mental qui observe chaque texte comme un juste possible et non comme une mise en concurrence. Le dernier, qui interrompt cette continuité, gagne une sorte d’atemporalité en étant intitulé « etc. » : on bascule ensuite dans les poèmes datés, en vers. Architecture : Limite est donc composé de cet ensemble en prose « Sans date » auquel fait écho un autre ensemble « Sans date » qui ferme le livre par deux pages de fragments, comme si le bloc étouffant du début avait éclaté et permettait d’introduire un peu d’air. A l’intérieur, des poèmes datés, presque tous en vers, dont le volume et la répartition ne sont pas proportionnels à la chronologie : 14 pages pour août 2013, 35 pour septembre 2013, 59 pour octobre, 29 pour novembre, 1 pour décembre, 11 pour 2014, 14 pour 2015, le dernier poème daté de juillet. Cela dessine une courbe dont le sommet (1) est placé en amont par rapport aux deux ans que couvre le livre.
Ces possibles que forment les sept premiers blocs de prose tournent autour de vivre écrire / écrire vivre(2) – cela ne revient pas au même –, en étant associés à des éléments récurrents, métaphoriques ou non : la présence du bord de la mer par exemple et de la trace laissée par l’écume ou la question du sens : « même s’il n’y a pas de sens au bout » est l’une des rares expressions reprises avec « toujours l’air et les mots » dans chacun de ces textes : thématiques émaziennes qui rejoignent celle de l’usure que peut accentuer le ressassement à travers cette série liminaire. Les premiers poèmes en vers posent, à travers la couleur du ciel, la réalité perceptible comme seule réalité (« vie pliée repliée / en attente / d’un mot du ciel / qui ne vient pas / sauf ciel » p. 15) : ce refus d’autre chose et de ce qui serait nommable autrement que par l’expérience se retrouve à plusieurs endroits du livre, notamment dans la référence à la couleur : « bleu sans faille // faïence // coque renversée du ciel / casque // distance bleue » (p. 156), « bleu trop loin / autre // on reste / ici / en bas / dans la lumière // avec les oiseaux » (p. 159). Pas de métaphysique ni de spirituel : les correspondances joignent les mots aux mots. Mais ce qui frappe dès ces premiers poèmes en vers, c’est l’évocation d’un disfonctionnement du corps qui n’est et ne sera pas nommé, ni à travers le mot maladie ni à travers le nom d’une maladie (« ça » pp. 43 et 45, « cela » p. 65) ; cette « limite du corps » (p. 25) redistribue la vie (« ce qui semblait avoir de l’importance // ça n’en a plus » p. 26)
.
Dès lors, l’ouverture du livre fait entonnoir, et le lecteur est invité à entrer dans cette réduction dont les dates semblent accompagner des jalons, notamment dans leur distribution resserrée à l’automne 2013 ; on n’en saura guère plus sur ce qui tiendrait du diagnostic ou du médical (« un bloc compact de mots techniques /comme s’ils serraient / de plus près // « « vous comprenez » »p. 104), de ce qui relève d’une expérience qui ramènerait à soi (« ce qui n’intéresse personne / dans cette histoire / voilà l’enjeu // c’est tout » p. 30). Non seulement le « je » est absent – on sait le goût émazien pour le « on », systématique ici – mais ce qui doit correspondre à la possible évolution de ce disfonctionnement est évoqué dans la distance : les références à ce corps qui ne suit plus (« le corps dit quelque chose comme/ va plus loin sans moi » p. 58) sont extrêmement nombreuses (pp. 21, 38, 49, 55, 58, etc.) et le détail de ces écarts peu significatifs (« on tousse une vie » p.31, « le mur (...) / est dans la gorge » p. 38, « cracher / boire /cracher » p. 66) ; parfois, ils se déplacent par le biais d’un objet de la réalité qui leur semble lié, ainsi de l’évier (« on atterrit devant l’évier / et le reste continue autour » p. 69, « les couleuvres les pilules / à avaler // l’évier / par cœur » p. 67, habitude et nausée), devenu une sorte d’objet « stable », dont la fonction utilitaire est comme tragiquement – à la Beckett - mise en perspective avec l’humain (« l’évier est on est // son inox durera plus // il n’en sait rien / il sert » p. 71). Le mot « douleur » n’est employé que trois fois, dont une où elle est « muette sourde » (p. 80) et une en référence au poème Recueillement de Baudelaire (p. 125) ; la quatrième occurrence du mot interviendra à la fin (p. 162), lorsqu’un peu de lumière semble à nouveau apparaître. Si la limite du corps - « vieille peau » (p. 62 par exemple) ou « la carcasse craque » (p. 148) (3)- est omniprésente, c’est sans arrière-plan pathétique.
Pour autant, l’émotion n’est pas absente, elle est la plupart du temps jugulée, maîtrisée : le poème n’évacue pas la personne, il la met en retrait puisqu’ « on ne peut mettre ça / à distance » (p. 43), il se fait « constat » (p. 43). D’une part, des termes liés à l’expression émotionnelle disent la « peur » (pp. 113, 144 par exemple), le « ressac de seul » (p. 130), souvent accompagnés de la venue du soir et de la nuit, parfois « saturée » (p. 102), d’une matière lourde (« épaisse/pâte noire / goudron » p. 88) ou de magma (p. 97) jusqu’à une étonnante déclaration d’amour à la fois proférée et mise à distance parce que la phrase est rapportée entre guillemets (« « je t’aime » » pp. 60 et 61) mais qui tranche, au-delà de l’acidité humoristique avec laquelle elle est dite et redite. D’autre part, je vois à travers des métaphores récurrentes une autre manière d’exprimer l’émotion, de façon pudique dans la mesure où elle passe par le détour analogique ; on trouvera de nombreuses mentions qui font référence au « mur » (pp. 38, 57, 88), à la « falaise » (p. 81), la « limite » (pp.25, 28, 57, 68), bref à l’obstacle qu’ajoute ce soudain encombrement de vie qui arrête « l’élan du désir » (p. 57) (4). Autre système métaphorique dominant, comme on l’a vu dès les sept premiers poèmes de prose, l’évocation de la mer et de ce qui l’accompagne : plage, vagues, sable, dunes, cette sorte de mécanique de la nature étrangère sinon indifférente à ce qui se joue dans le corps de l’auteur (« le corps a bougé /pas le reste la mer / le silence /la véranda » p. 87), y compris lorsqu’elle est associée à des images de la mémoire (p.33, « retrouver comme un nord / le très grand calme stable / de la mer et des arbres » p. 96). Paysages familiers, rassurants qui rompent avec ce présent devenu déséquilibré.
De ce déséquilibre, on pourrait attendre qu’il mène à la révolte, or ce n’est pas le cas. Pas d’acceptation pour autant (« quoi /pas pourquoi / cause effet on s’en fiche » p. 68), ni d’illusion (« on ne croit plus qu’il y a la mer / au bout du coquillage » p. 35) ; la thématique de la fin, du bout, de la limite (dans une autre acception du mot) est abondante (pp. 26, 39,47, 51, etc.), et semble comme un boomerang interroger le présent, puisque la question du sens de la vie ou de l’après-vie n’est pas posé en tant que sujet de réflexion ou de conviction : le ciel n’est considéré que dans son espace réel, non comme métonymie, ainsi que cela a été dit plus haut ; il n’y a pas plus de sens à chercher, pas parce que cela procède de l’absurdité ou d’une absence de croyance mais parce que le futur semble du présent potentiel, pour les autres ou pour soi (« limite // d’autres / prendront le pas // ils passeront » p. 28, « jouer son rôle tout de même / demain » p. 48). Le présent domine, en tant que temps verbal mais aussi parce que le corps dans ses disfonctionnements semble resserrer la vie autour de lui : le verbe reste est employé de façon impersonnelle à plusieurs reprises (« reste / du présent malingre » p. 73, ici avec l’ambiguïté du substantif) ; l’évocation du passé aussi fait boomerang, dans sa globalité (« qu’est-ce qu’on fait du passé » p. 52) ou en lien avec de virtuelles évocations de souvenirs, implicitement relayés par Proust (« en rester là / sans madeleine aubépine ou pavés » p.53, « elle / mémoire // ballot des années // le temps perdu oui / le poids non » p. 130).
Ce présent que le corps semble étouffer a besoin d’air, terme que l’on trouve constamment dans ce livre et qui est associé dès les premières pages à un autre terme, « mots ». Là encore, il ne s’agit pas d’espoir mais de dire la réalité, aussi épaisse de sa ténuité soit-elle. Le geste d’écrire est une respiration, à la fois pour vivre cette réalité mais aussi pour celui qui la dit (« les mots / contre le mur // comme une échelle de lierre » p. 145). Or, à travers ce qui le fige et paraît le faire suffoquer, Limite est un livre d’air. J’en veux pour preuve la variété de son écriture : ici, des vers secs, courts, aux traits émaziens : pronom indéfini, phrases nominales, infinitifs nombreux, présent faiblement énonciatif : autant d’éléments qui figent (« si / non plus / pourquoi porter / encore / et la nuit et le corps les mots / tout le barda /plus loin // on peut / si possible / sinon / non », p. 100), dont le jeu de rejets ou d’ambivalence des mots multiplie la lecture. Ailleurs, des proses courtes, fragments débarrassés de ponctuation comme s’ils devaient faire bloc, se lire d’un bloc, procédant parfois par accumulation (p. 97) : dans ce cas, la respiration se fait entre les blocs. Ailleurs encore, une série de tercets dont les vers sont séparés par un interligne (« dans le tunnel // longue attente // souffle court » p. 148 sq.) ; ailleurs, un poème vertical (p. 98), un autre mû par une métaphore filée (p. 111). Possible que l’écriture qui s’est déroulée sur deux ans – les dates, on l’aura compris, ne tirent en rien vers le journal, mais on ne peut non plus en faire abstraction – se soit trouvée favorisée par cette liberté d’approche, qu’importe : air comme respiration de la forme (5)... Cela se retrouve encore dans les derniers poèmes : ils portent de l’apaisement (« le souffle revient » p. 165, « on respire mieux » p.167), et les deux dernières pages « Sans date » placent en perspective la vie mieux paisible avec un bouquet d’anémones, pour se rejoindre sur un « enfin » porteur d’espoir : c’est ainsi qu’en le terminant on veut franchir ce livre pudique et puissant.
Ludovic Degroote
Antoine Emaz – Limite – Tarabuste – 176 p., 15 €
1. En mathématique, le mot limite désigne une valeur vers laquelle on tend mais qu’on n’atteint pas.
2. « graphie de vie », tels sont les premiers mots du livre.
3. Le mot carcasse a fait l’objet d’un poème, Poème carcasse, publié aux éditions Tarabuste en 1991.
4. Ce thème est récurrent dans la poésie émazienne, depuis ses débuts ; cf. Poème du mur, qui ouvre En-deçà, éd. Fourbis, 1990
5. Il faut souligner la mise en page aérée du livre qui contribue à donner à chaque poème son espace propre.
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 23 décembre 2016 à 10h29 dans Notes de lecture | Lien permanent
Les éditions Maurice Nadeau publient Cahiers de la Kolyma et autres poèmes de Varlam Chalamov, traduits du russe par Christian Mouze en une nouvelle édition (la première date de 1991) augmentée de 34 poèmes inédits en français.
Fragments de mes vies
J’écris des vers depuis l’enfance. Il me semble que j’écrivais tout le temps des vers. Et pourtant…
J’ai cinquante-sept ans. J’ai passé à peu près vingt ans dans les camps et en exil. Au fond, je ne suis pas encore vieux parce que le temps s’arrête sur le seuil de ce monde où j’ai passé vingt ans. Cette expérience "souterraine" n’accroît pas l’expérience générale de la vie : "là-bas" toutes les mesures, toutes les proportions sont autres et les connaissances acquises là-bas ne servent pas pour une "vie libre". Je n’ai pas de peine à revenir aux sensations de mes années d’enfance. Jamais je n’oublierai la Kolyma. Néanmoins ce sont des vies différentes. "Là-bas" je n’écrivais pas toujours des vers. Il me fallait choisir entre la vie et la poésie et me prononcer (toujours !) pour la vie. »
/
Grandissant et vieillissant,
Même guidé par mes vers,
Je n’ai pu discerner dans
Ma nuit de quelque manière.
Parfois des traîneaux à rennes
Pouvaient passer il me semble
De l’autre côté de mon
Pupitre d’écolier, derrière
Ce pupitre au bord de la terre
Où j’ai compris la science des
Lois de la pitié, où mes mains
Feuilletaient les pages noires
D’un livre étrange, l’humaine
Tristesse et son dénuement,
Sans hochet comme sans fard,
Ultime transfiguration,
Le récit le plus banal.
Il m’a été donné tel. À
Domicile. Je le répète
Et je l’apprends. Un jour nous
Nous assoirons côte à côte
Et je te chuchoterai tout.
/
Je suis un petit jalon de la vie,
Un bâton enfoncé dans la neige,
Une voix que l’écho a égarée
Dans les glaces de ce siècle.
Parmi les cris et querelles
Jamais ne me vient à l’esprit
D’étudier la nature en trichant.
C’est là tout mon malheur.
J’en frissonne.
Voilà pourquoi dans mon destin
Je suis plus chicaneur
Et sévère
Pour moi comme pour mon prochain.
/
Saule arctique
Le saule fleurit, enfoncé dans la neige.
Le saule, il le faut, se hâte
De vivre ici comme l’oiseau ou l’homme,
S’il a décidé de vivre.
Vivre – et dans la terre dégelée réussir
À laisser sa semence,
Chanter au moins doucement son chant,
Mais jusqu’à la fin, jusqu’à la lie.
1962.
Varlam Chalamov, Cahiers de la Kolyma et autres poèmes, traduits du russe par Christian Mouze, nouvelle édition (la première date de 1991) augmentée de 34 poèmes inédits en français, Éditions Maurice Nadeau, 2016, pp. 4, 30, 31 et 127.
Varlam Chalamov dans Poezibao :
biobibliographie, la poésie cinquième besoin fondamental, extrait 1, in Notes sur la poésie
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 23 décembre 2016 à 10h04 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Agenda et revue de presse. Les infos sont publiées en temps réel ici
Plus de détails sur chacune de ces informations en cliquant sur leur titre.
(agenda) 11 janvier, Paris, Christian Désagulier
(agenda) 25 au 28 janvier, Paris & IdF, Les enjeux littéraires
(agenda) 9 février, Tinqueux (Reims), journée professionnelle "transmettre la poésie"
(agenda) 9 au 12 février, Tinqueux (Reims), Marché de la poésie jeunesse
(article) "Le livre avalé", autour de Jacques Roubaud et Alix Cléo Roubaud
(parution) le nouveau CCP et toutes ses notes de lecture !
(parution) Le nouveau n° de "En attendant Nadeau"
(parution) lancement de la collection de poésie Les Impardonnables, chez Fario
(prix) Fénéon 2016 à Colombe Boncenne pour "Comme neige"
(entretien) Liliane Giraudon : «Une creative method accidentée» par E. Jawad
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 17h40 dans Agenda, liens, informations | Lien permanent
En lien avec la contribution de Lucien Giraudo à l’important dossier Michel Butor actuellement proposé par Poezibao, cette vidée d’un entretien avec Michel Butor, en 1962, par Pierre Dumayet, à propos du livre Mobile. Cette vidéo est évoquée dans la contribution de Lucien Giraudo.
Document vidéo, 1962, fichier INA, durée 10’56.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 11h56 dans Archives sonores | Lien permanent
9ème contribution : Lucien Giraudo, « Mobile, un mode d’emploi »
Lucien Giraudo est spécialiste de la littérature française du XXe siècle et en particulier de l'œuvre de l'écrivain Michel Butor. Il est professeur en Classes Préparatoires aux Grandes Écoles. Il est aussi l'auteur de textes critiques sur les arts (peinture et musique), ainsi que de textes poétiques illustrés par des artistes. Il a rencontré Michel Butor en 1979. Débute alors une correspondance avec l'écrivain. Très proche de Butor, il a accès à de nombreux livres d'artistes et travaux en collaboration peu connus du grand public. Il soutient sa thèse en mai 2003 à Paris VIII (Œuvres d'art et collaboration chez Michel Butor). Il va rencontrer les nombreux artistes qui travaillent régulièrement en collaboration avec Michel Butor (Patrice Pouperon, Bertrand Dorny, Georges Badin, Julius Baltazar...).
On le retrouve aussi dans le numéro de septembre d’Europe : « En traversant les frontières avec Michel Butor », Europe, n° 1049-1050 « Paul Celan », septembre-octobre 2016.
Il s’arrête ici sur Mobile, « ce fameux ouvrage (…) qui a tant fait couler d'encre à l'époque et qui mérite d'être encore visité surtout en cette époque d'actualité américaine. » (extrait d’un mail de Lucien Giraudo).
Il a également été commissaire de l'exposition « Michel Butor/Bernard Dorny, livres d’artistes à la Médiathèque d'Orléans » en 2013.
Pour respecter la mise en page de l'article et en faciliter l'enregistrement ou l'impression, la contribution de Lucien Giraudo est proposée en fichier PDF à ouvrir d'un simple clic sur ce lien
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 11h51 dans Dossiers de Poezibao | Lien permanent
Lire la présentation de ce feuilleton et les épisodes déjà publiés en cliquant sur ce lien.
(…) et dont on retrouve toujours la piste, en traquant les empreintes de langue dans le creux de la petite cuillère, sur la paroi du pot de confiture, les empreintes de dents dans la tablette de chocolat ; vous entendez, à la faveur d’une grève radiographique, que la sexualité féminine est associée aux séries télévisées, alors que « Wonder Woman face aux hommes était une gourde », en replongeant la petite cuillère incriminée précédemment dans le pot de confiture, vous vous dites que vous ne connaissez rien aux séries et vous réjouissez intérieurement que Wonder Woman fut une gourde, et de la perfectionite on retrouve toujours la piste – comme celle des (…)
(…) CHOSES QUI SONT DÉGOÛTANTES :
une cuillère déjà léchée replongée dans un pot de confiture (ou même de miel)
« la lèvre supérieure d’un enfant très enrhumé » (Jean-Paul Honoré)
les pellicules
les miettes dans les draps
l’envers d’une broderie (Sei Shonagon)
les mites alimentaires
les solutions pour se débarrasser des mites alimentaires
la roulette du cartable à moitié trempée dans une merde de chien, quand vous pensiez être définitivement débarrassé, passé l’âge de la poussette, des roulettes à la merde de chien
l’intérieur de l’oreille d’un chat – (…)
(…) rien non plus à la manière d’insérer les épingles neige dans un chignon banane horizontal, même si dans un élan amical et tout de générosité, on vous a d’une main ferme tordu la chevelure en commençant par la mèche la plus proche de l’oreille, tordue, tordue et torse afin de l’enrouler, « vol d’une flamme à l’extrême »- orient de l’encéphale, sinon enroulée serpentant sur elle-même, remplie et cachée l’extrême boucle rentrée sous la flamme, voilà, c’est fait, c’est tout simple, et lorsque dans le silence solitaire de la salle de bain, vous essayez de tordre, tordre et retordre, les épingles neige fondent dans les cheveux, prisonnières invisibles que l’on veut inventorier ici : (…)
(…) choses qui emprisonnent
la grille du lycée, de la maison d’arrêt, du supermarché, du chantier de démolition
La lecture de Proust, qui dessine une manière de geôlier
l’usage de la parenthèse
une tablette pour l’amusement des enfants
des chaussures trop étroites
la censure
la résille sur des cheveux bien tirés
Feydeau dit : le fil à la patte
le planning (celui qui n’est pas familial particulièrement)
« à mi-chemin de la cage au cachot, la langue française a cageot » dit Ponge
l’accent, mais pas en France,
le désert, pour John Ford ?
(…)
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 11h27 dans Feuilleton | Lien permanent
Un atelier de traduction en Allemagne
La seconde étape du projet déjà présenté dans Poezibao (Huit poètes d’Allemagne et de France, 1er juillet 2016) vient de se dérouler à Berlin. Nous nous sommes tous retrouvés, à l’exception de Silke Scheuermann, empêchée. Deux jours durant, Jan Wagner, Marion Poschmann, Carolin Callies, Claude Adelen, Valérie Rouzeau, Gérard Cartier et Hélène Sanguinetti se sont traduits avec l’aide de Gabriele Wennemer et d’Alexandre Pateau. Michael Hohmann, qui est à l’initiative de cette belle aventure, et moi-même, avons mis la main à la pâte. À l’issue de ces deux journées intenses, une lecture publique a eu lieu jeudi 8 décembre au soir dans la salle du Haus für Poesie. Un grand plaisir, ces retrouvailles. Poètes allemands et français ne se contentèrent pas, lors de la soirée finale, de présenter leurs textes et la traduction des autres, mais ils tinrent chaque fois à dire ce qu’ils découvraient dans la poésie du partenaire de l’autre langue.
Si on a déjà pu lire des traductions françaises de la poésie de Jan Wagner et de Marion Poschmann (notamment dans les revues Europe, LITTERall, Zone sensible et Secousse), je crois que Carolin Callies (née en 1980) n’a pas encore été publiée en France. Après quelques parutions en revues ou dans des anthologies, son premier livre, fünf sinne & nur ein besteckkasten (2015) fut salué par la critique. Voici donc trois poèmes d’elle, traduits à Berlin par « le Grand Huit ». C’est le nom de cet atelier de traduction collective qui se réunira à nouveau en mars prochain à Paris. Retenez la date de la lecture à la BPI du Centre Pompidou : lundi 13 mars au soir. Pour la Foire du livre de Francfort 2017, où la France et la francophonie seront les invitées d’honneur, paraîtra un livre bilingue rassemblant ces poètes.
Ce projet est réalisé avec le soutien et la coopération des partenaires suivants : Ville de Francfort, Fonds culturel Frankfurt-RheinMain, Ministère allemand des Affaires étrangères, Goethe Institut Paris, Maison Heinrich Heine, Institut français, Association des amis du Roi des Aulnes, Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou, Printemps des poètes.
Alain Lance
Carolin Callies
das zwitschern ist ein kleines biest
die krumen liegen, so trocken sie sind,
schon drei winter lang in den gläubigerhänden
& bisweilen wär da ein brot draus zu machen.
aber reden wir uns die krumen doch schön
oder beten darum oder essen davon
oder löschen endlich das zwitschern vom band:
da schießen spieße durch die vögel, an der zahl klar überlegen
& ich spar dir die geräusche aus, die solche vögel machen:
lispeln konnten sie zuletzt, als käm´n sie vom kassettendeck.
aber tröt ich´s oder hör ich´s aus den kehlchen, rot gewaidet
oder krumenvoll geendet
oder kehren wir jetzt endlich schnäbel von der fensterbank?
le pépiement est une sale bestiole
les miettes de pain reposent, desséchées,
depuis trois hivers dans les mains des créanciers
& on pourrait à l’occasion en faire une miche.
mais louons quand mêm’ la beauté des miettes
ou bien dévorons-les ou prions pour en avoir
ou effaçons de la bande ce pépiement :
et là, des pics empalent les oiseaux, largement plus nombreux
& ces oiseaux, j’te dis pas les cris qu’ils poussent :
ils n’étaient à la fin que zézaiements de radiocassette.
mais est-ce moi qui claironne, ou leurs gorges rouge-sang
ou tout finit en miettes
ou balaie-t-on enfin ces becs de l’appui des fenêtres ?
erdkunde
sind´s der weltmeere sieben, die ich nicht kenne:
das weiße, das laute, das schnelle, das falt´ge,
rundgeborne, federlassende & eins mehr noch.
das sind die sieben weltmeere, die in keine himmelsrichtung zeigen
– wo osten wär, wär auch zuviel gesagt
& dermaßen große schiffe auf wässern,
ich könnt sie gar nicht alle zählen. bis an die zähne hin bewaffnet,
meer, flotte & die kacheln, auf denen schlachten abgebildet waren.
die kacheln hinterm ofen, alleiniges seeblau,
begreif doch: das meer ist nicht minder olive
& zähl an den blättern (so knorrig verweilend), ich mein,
dieser baum hätte ärmel so viel wie das meer nicht minder kanäle zur stadt.
korrigier diese haltung: wir halten sie fest & sind uns drin einig –
das meer ist ´ne schwimmhaut, ist nie schwimmhaut gewesen.
das meer ist jetzt hungrig & schlecht für den teint.
um die schlacht zu gewinnen, investier jetzt in öl
& das basige etwas, das nie meer sein wollte,
korrigier mich, aber ist nicht die heizung zu klein
für die zu große menge an wasser zur see?
& versteh mich nicht falsch:
ist die leitung gekappt für ein salzweißes bad
& oliven vom teller,
der mir gestern zersprang, eine übung,
die leichter als erdkunde war.
géographie
ce s’raient du monde les sept mers que je ne connais pas :
la blanche, la sonore, la vive, la ridée,
la ronde-née, la déplumée & une dernière.
ce sont les sept mers du monde, qui ne fixent aucun point cardinal
où est l’Est, on ne saurait trop dire
& des bateaux si grands sur les eaux,
j’peux pas les compter, armés jusqu’aux dents,
mer, flottille & les carreaux, où des batailles étaient peintes.
les carreaux derrière le four, bleu marine et solitaire,
comprends donc : la mer n’en est pas moins olive
& compte les feuilles (reste là, enraciné), j’veux dire,
autant de manches à cet arbre que moins à la mer de canaux vers la ville.
corrige cette posture : on s’y tient & en cela on s’accorde –
la mer est un palmipède, ne fut palmipède jamais.
la mer est affamée & mauvaise pour le teint.
pour gagner la bataille, investis dans l’pétrole
& la chose fondamentique, qui mer ne voulut être,
corrige-moi, mais le chauffage est-il suffisant
pour l’énorme volume d’eau qui coule à la mer ?
& comprends-moi bien :
le robinet coupé pour un bain blanc-sel
& les olives hors de l’assiette,
qui hier s’est brisée dans mes mains, un exercice,
plus simple que la géographie.
küstenstreifen & wachen
versehentlich hat das schiff meersalz geladen
& wirsing & lädt das jetzt ab. was es sonst zu bieten hat:
vollzählige horde von mardern, getier? oder blüten, alt & farn?
größtmögliche anzahlen kleinholz vielleicht?
wir trauen den schiffstüren nicht übern weg.
als öffnet man was & das wär dann behaust.
der kopf, aus dem wir schon fische schöpften,
graues gras & denguefieber & jetzt ziehn wir aus dem schiffsbauch
wieder folien über tiere aus dem wald.
was wir sonst nachtsüber tun:
an dem mast die zunge reiben. abgerieben.
altes brack & kerosin
& auf dem kork,
auf dem wir nun seit tagen tanzen
& nie fisch & blaukraut bei den flössern finden können.
côte & gardes-côtes
le bateau par mégarde a chargé du sel
& du chou & à présent décharge. qu’a-t-il d’autre en réserve :
une bande au complet de martres, sales bêtes ? des fleurs fanées & des fougères ?
un maximum de petit bois, peut-être ?
on s’méfie comme de la peste des portes du bateau.
comme si on ouvrait et qu’c’était habité.
dans les têtes, on a déjà pris des poissons,
de l’herbe grise & la dengue & on tire à présent des soutes
des films transparents pour emballer les animaux de la forêt.
voici ce que nous y faisons aussi la nuit :
contre le mât frotter, râper nos langues.
vieille épave, flache & kérosène
& sur l’espèce de bouchon,
où depuis des jours nous dansons
& sans trouver ni poisson ni chou rouge chez les barcassiers.
Trois poèmes de Carolin Callies, « traduits par le Grand Huit »
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 11h17 dans Reportages et rencontres | Lien permanent
Jean-Pascal Dubost compose ses « fanstasqueries » contre l’esprit de sérieux qui anime trop souvent la poésie. Il se rattache explicitement à une tradition poétique qui a sa source en Rabelais et dont on peut faire courir la veine (la verve) jusqu’à Valère Novarina en passant par l’umour de Jarry ou les facéties d’un Verheggen. Tous écrivains qui, en travaillant la langue et son outrance, visent à faire craquer le vernis de bienséance de l’homme, à dégonfler sa prétention ou plutôt à la dénoncer en la remplissant de vent. Du vent et du souffle, il y en a beaucoup dans ce livre qui, quoiqu’il ne soit pas très épais, a quelque chose de monstrueux, au sens où la langue dans son boursoufflé même révèle la part de vide et de vent qui habite chacun. Il y a notamment un étonnant autoportrait de l’auteur en Bleiz, l’homme-loup de la tradition celtique qui deviendra, rappelons-le à la suite de Claude Gaignebet, le Blaise, romanisé et christianisé, saint protecteur des maux de gorge, patron des souffleurs, fêté le 3 février, jour de naissance de Gargantua.
L’écriture de Dubost appartient donc à une certaine tradition « sauvage » voire occulte, et il n’est pas étonnant que la référence au langage crypté soit présente dans le texte. Car à côté de la belle langue, rationnelle et sage, policée, il y aurait une langue oubliée ou tout du moins latente, souterraine, populaire mais dans un sens étrangement ésotérique ― celle d’une Tradition ou d’un ésotérisme populaire, pour rappeler l’hypothèse audacieuse et féconde de Gaignebet. Langue porteuse d’une connaissance perdue, enfouie plutôt, mais langue vivifiante de l’outrance et de la démesure qui serait rien moins que celle de la poésie. C’est d’ailleurs très librement que Dubost s’empare de la matière de Bretagne ou de l’héritage de Rabelais qu’il triture, malaxe et hybride avec plusieurs autres tendances à l’œuvre dans la langue et le langage. C’est avec une science jubilatoire, fort d’un haut sçavoir, qu’il prélève allègrement dans les différents niveaux et couches historiques de la langue, voguant sans vergogne d’archaïsmes en emprunts à la novlangue ou à la langue de bois technocratique, procédant par réemplois de mots de l’ancien français et par cut-up de propos journalistiques formatés. Ce mélange monstrueux des registres lui donne l’occasion d’une belle et drolatique « chevauchée fatrasique » où rien ne tient plus qu’essoufflé, hors d’haleine, son écriture farcie et farcesque fourmillant d’intertextualité et de références les plus diverses. Il fait appel aux ressources étymologiques, aux néologismes, aux agglutinations, aux ritournelles, aux expressions toutes faites, aux euphémismes de l’idiome médiatique, à tous les mots gelés qu’il s’agit de réchauffer à l’étuvée dans la promiscuité excitée du poème afin de les faire suer, de leur faire rendre leur eau. Il s’agit « d’entrer sauvagement dans la culture » pour détourner la langue de son usage normé, normalisé.
S’il use de la farce et du grotesque ce n’est pas sans faire preuve en même temps d’une érudition certaine, le poème prenant prétexte de n’importe quoi (le fatras contenu dans une automobile par exemple) pour poser la virtuosité comme seule et unique vertu du poème. Les poèmes ne sont rien d’autre en effet que « des jetés de souffle », des « spiropoèmes » comme il les appelle, et la morale du poème, s’il y en a une, est dans la vitalité réjouissante de la langue qui fait du rythme et de l’invention langagière de possibles contrepoisons et contre-feux à sa réification lorsqu’elle est contaminée par l’usage commun.
Laurent Albarracin
Jean-Pascal Dubost, Fantasqueries, Éditions Isabelle Sauvage, 97 pages, 2016, 17 €
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 10h53 dans Notes de lecture | Lien permanent
Mary-Laure Zoss publie ceux-là qu’on maudit, avec des encres de jean-gilles badaire, aux éditions Fario.
Et du temps jusqu’aux épaules
aux vieux enfants, tricots d’os dans la remorque, pêle-mêle ciseaux, boules de bois, leurs outils ; dans peu crânes contre crânes à pelleter ; à ceux qui s’égarent au pied des grilles, ou de l’épaule s’assurent aux racines – si pour maintenant, demain ou quand ne savent, et vont en biais sous les troncs de haut fût comptant leur pas ;
nous précèdent et tiennent bon, aux basques d’humides forêts pendus, épluchant la pénombre ; demain ou quand débusqueront de sous les fougères gueules, boutoirs, n’en savent rien, n’ont d’autre parti qu’en frémir, le temps est proche ;
à ceux sur la route, ceux rabougris qu’on achemine et trimballe quand ils ont cessé par eux-mêmes ; sous le convoi sismographique des sapins – centenaires quenouilles d’encre,– ils y vont ; par la course des ronces, des catadioptres en bordure, la nuit ne s’arrête pas, hérisse le ciel, à coup sûr ils y vont – tandis qu’en nous les germe d’un pareil décroît rebutent ; à perdre l’équilibre s’y pencher ?
/
un mot sur treize boulonné juste, ils s’efforcent ; bégaient, ça part en dessous, voyez-vous ; pris en défaut, ne trouvent quelle trappe, quel gluau pour l’écrouer celui-là qui s’esbigne dans un culbutis de consonnes, par les galeries, rien n’y fait, de la mémoire ; cagneuses lettres entre les dents murmurées, redressées peu ou prou – les épeler dans quel ordre déjà ? à claudiquer parmi les initiales ils s’affairent, comme un qui ne sait plus où la machine, attends ça va revenir, dans une peau de chamois ensaquée la meule d’affûtage ; ou des montagnes en face, lequel de nom, là au-dessus des bruyères, des feuilles rouges, il a neigé on dirait ; tout comme jadis ils sont cueillis sur le fait chaque fois que ; leurs errements à l’égal de qui dans le noir s’essaie et se fourvoie ; quoi qu’il arrive, ils s’y réattellent tout autant mortifiés, à plusieurs reprises jusqu’à ; eux sans nul doute à la hauteur de ce qui leur advient, en tous points dignes qu’on les considère
/
enfants vieux, et boursouflure en leur bois ; ainsi bâtis que sur l’épaule gauche le corps à remettre, puis la droite – pas mieux ; tordu le tronc, et ne le déclarent pas, ce bras de laine plaqué mort au flanc, ni le verbe qui coince ; comme si de rien n’était ; l’avarié de soi qu’ils recouvrent, à cœur ils ont de n’incommoder quiconque, à eux-mêmes gardent pareillement déguisé le pire ; de tout temps réprouvés, allèguent-ils, et de broutilles se souviennent, de ces peaux de raisin sans qu’on les voie crachées au caniveau, de leurs hontes acides mâchouillées ;
ainsi ce qui du monde reste en travers, à enfouir au besoin, escamoter, comme ce jamais rien d’assorti dans leur mise ou leurs phrases ; et de leur peur la figure hébétée, qu’à toute vue elle soit soustraite ; et qu’ils se lèvent du sommier avachi vers le soleil – sa boule froide dans les mélèzes, ça fait des peaux entre, blêmes effilochures qui font cligner ;
et nous, d’ores et déjà tenus à merci de ce qu’on griffonne à traits saillants ; à bride abattue engouffrés dans la perte, sans plus rien voir ; n’empêche qu’on est là, non ?
Mary-Laure Zoss, ceux-là qu’on maudit, encres de Jean-Gilles Badaire, éditions Fario, 2016, pp. 31 à 33.
Mary-Laure Zoss dans Poezibao :
biobibliographie, extrait 1, entre chien et loup jetés (par A. Emaz), extrait 2, Le Noir du ciel (par F. Swiatly), extrait 3, extrait 4, Où va se terrer la lumière (par A. Emaz), ext. 5, "Une syllabe, battant de bois" par Antoine Emaz, ext. 6
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 21 décembre 2016 à 10h45 dans Anthologie permanente | Lien permanent