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Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 27 avril 2016 à 10h36 dans Notes de lecture | Lien permanent
Un jour, des artistes grimpent tout en haut du bric-à-brac intime où s’entassent leurs problèmes d’argent, le désamour du public, la fatigue physique, le manque d’inspiration, le sentiment que le temps qui court n’est plus leur temps. Ce jour-là, sans doute, n’éprouvent-ils plus d’autre courage que celui de s’asseoir et de fermer les yeux. Ils renoncent à ce qui a fait battre leur cœur depuis l’enfance. Ils ne projettent plus un devenir visible pour les images et les mots qui habitent leurs pensées. Et c’est un silence tout aussi élégant qu’impudique, magnifique de légèreté et éprouvant que celui qui les enveloppe dans ces moments-là.
Nous ressentons parfois en nous la présence de plaisirs amorphes que nous n’éprouvons plus que comme des réminiscences de plaisirs. Ils sont devenus nso membres fantômes. Ils n’ont plus pour eux qu’une beauté froide. Et lorsque nous les visualisons dans un film intérieur, leurs images projetées sépuisent à nus tenter. J’essaie de temps à autre d’en établir une liste, comme l’on procèderait à un rituel de deuil.
Christophe Fourvel, Tant de silences, dessins de Jean-Pierre Schneider, Lecture de Jean-Marie Blas de Roblès, L’Atelier contemporain, 2016, p. 35.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 27 avril 2016 à 10h27 dans Notes sur la création | Lien permanent
Christophe Fourvel publie Tant de silences aux éditions l’Atelier contemporain.
Retour au silence
Le silence du témoin, qui entend à jamais les cris des victimes résonner dans sa tête.
/
Le silence de la dernière nuit de Chet Baker. Des derniers mois de Baudelaire. Des dernières années de Valery Larbaud.
/
Le silence des maisons qui achèvent de brûler. Des tornades qui se sont éloignées. Des soldats qui sont partis. Le silence des noyés, des disparus ; des jardins que l’on a cessé de tondre.
/
Le silence de celui qui comprend les animaux. Qui a un rapport animal avec l’animal dirait Deleuze.
/
Il a mis le café / Dans la tasse / Il a mis le lait / Dans la tasse de café / Il a mis le sucre / Dans le café au lait / Avec la petite cuiller / Il a tourné / Il a bu le café au lait / Et il a reposé la tasse / Sans me parler / Il a allumé / Une cigarette / Il a fait des ronds / Avec la fumée / Il a mis les cendres / Dans le cendrier / Sans me parler / Sans me regarder
/
(…)
/
Le silence du premier homme qui renonce à la lecture à haute-voix pour faire résonner les phrases du codex dans sa tête.
/
Au IVe siècle de notre ère, le silence de l’homme qui surprend pour la première fois un lecteur silencieux et qui décidera de décrire son émerveillement et sa surprise, devant cette pratique inédite. Il écrira aussi : Aime et fais ce que tu veux.
Christophe Fourvel, Tant de silences, dessins de Jean-Pierre Schneider, Lecture de Jean-Marie Blas de Roblès, L’Atelier contemporain, 2016, pp. 89 à 93 et 96/97.
Fiche de Christophe Fourvel sur le site de la Maison des écrivains et de la littérature.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 27 avril 2016 à 10h07 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Soleils-filaments
au-dessus du désert gris-noir.
Une pensée à hauteur
d’arbre
attrape le son de lumière : il y a
encore des chants à chanter au-delà
des hommes. (1)
La fin de l’année 2015, par un heureux hasard, a vu la sortie de trois publications qui rendent hommage à la figure du poète Paul Celan (1920-1970) : un volume, édité par Bertrand Badiou, de la correspondance qu’il a entretenue avec René Char (Gallimard), un ouvrage critique de Stéphane Mosès, Approches de Paul Celan (Verdier), et l’imposant travail collectif dirigé par Antoine Bonnet et Frédéric Marteau, qui nous intéresse ici, véritable somme consacrée aux rapports problématiques et multiformes entretenus par le poète avec l’art musical. Les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai, puisqu’ils avaient fait paraître début 2015 Le choix d’un poème – la poésie saisie par la musique (Presses Universitaires de Rennes), une publication qui explorait déjà le domaine musico-littéraire à travers l’étude des liens tissés par quatre poètes (Mallarmé, Pound, Albiach et Celan, déjà) avec la musique.
Paul Celan, la poésie, la musique organise la réflexion en trois temps. Le premier se focalise sur la poétique celanienne en analysant la place de la référence musicale dans sa poésie ; le deuxième propose des extraits largement inédits de la correspondance de Celan avec plusieurs compositeurs contemporains, en version bilingue, ainsi qu’une anthologie de poèmes qui évoquent la musique ; enfin, le troisième temps s’arrête plus spécifiquement sur les mises en musique de sa poésie, en proposant une analyse détaillée de plusieurs œuvres et en questionnant de manière plus globale les raisons de l’attention particulière des compositeurs pour le poète.
Le nom et l’œuvre de Paul Celan demeurent étroitement attachés à la question de la poésie d’après-guerre, en écho à la célèbre assertion d’Adorno selon laquelle « écrire un poème après Auschwitz est barbare ». Bonnet et Marteau montrent comment Celan, survivant de l’entreprise d’extermination – ses parents n’ont pas eu cette chance –, propose et travaille une conception singulière de la poésie, qui consacre l’impossibilité de s’inscrire dans la tradition lyrique du beau chant (« Wohlklang »). Il n’est plus possible en effet de « chanter d’une voix claire » après le désastre : toute tentation lyrique apparaîtrait comme un scandale et à vrai dire, comme le poète en témoigne dans une lettre à Klaus Demus, les oiseaux celaniens « chantent rarement […], toujours plus rarement ». À cela, il faudrait substituer une vision du poème comme Dichtung, c’est-à-dire comme « écriture resserrée au plus près d’une existence singulière (il y a ich dans Dichtung) et d’un travail de la lettre qui invite à éviter tout épanchement lyrique au profit d’un repli vers l’obscurité et le silence (2) ». Il s’agit, en d’autres termes, d’écrire une poésie qui tienne compte de ce qui a eu lieu, qui ne soit pas oublieuse de l’horreur – une poésie donc, qui ne soit pas celle des « rossignols et des grives », comme Celan l’écrit dans une note préparatoire à Renverse du souffle (1967), mais qui s’inscrive contre elle, qui la renverse. Au profit de quoi ? D’une contre-parole (« Gegenwort ») consciente, qui puisse réunir les conditions de son émergence dans la langue même des bourreaux, depuis « les mille ténèbres de paroles porteuses de mort » (Le Méridien), pour faire l’objet d’une réinvention et devenir, ce faisant, l’instrument d’une libération dans et par le langage. Cela suppose de « changer de clé » (« Mit wechselndem Schlüssel » est le nom d’un poème du recueil De Seuil en seuil), comme le sous-titre de l’ouvrage de Bonnet et Marteau le rappelle : comprenons de refuser un discours réconciliateur et lénifiant sur les pouvoirs de l’art, pour s’inscrire au cœur compact et condensé du sombre (« Dunkel ») et révéler une réalité qui vient contredire toute prétention au lyrisme. Mais cela ne signifie pas nécessairement pour autant de renoncer au chant : les auteurs montrent que Celan n’a cessé d’interroger sa vie durant cette possibilité, fût-ce pour en constater la foncière impasse. Car peut-être y a-t-il « encore des lieder à chanter » (« Es sind noch Lieder zu singen ») : quand bien même le poète s’inscrirait contre une certaine conception du lyrisme, l’intuition persistante qu’il existe un « reste chantable » (« Singbarer rest ») oblige à ne pas se détourner d’une dimension possiblement musicale de la poésie : « le refus celanien du lyrisme n’est donc pas celui de la musique(3) ».
Au-delà des enjeux proprement poétiques de l’écriture celanienne, la représentation de la musique dans son œuvre apparaît fondamentalement ambivalente, comme le rappelle Frédéric Marteau. D’un côté en effet, elle semble à jamais pervertie, monstrueuse, comme en témoigne l’évocation insoutenable de cet orchestre juif qui aurait été contraint de jouer des tangos pendant les sélections des déportés pour les chambres à gaz ; ce fait réel trouve à se prolonger dans certains extraits du célèbre poème Todesfuge (« Fugue de mort ») :
il siffle pour appeler ses Juifs
et fait creuser
une tombe dans la terre
il ordonne jouez et qu’on y danse (4)
La complicité de la musique avec l’horreur suffit à la discréditer. Mais de l’autre, elle demeure le signe d’une mémoire encore active, notamment à travers les nombreuses évocations de la chanson et de la musique populaire qui font retour dans l’œuvre de Celan, portant la réminiscence d’une époque d’avant la déportation et se transformant ainsi en l’instrument d’une anamnèse, inscrivant la conscience dans un temps vécu. Elle représente également, selon Marteau, une « utopie poétique », notamment dans la réflexion qu’elle oblige à porter sur les notions de rythme, de timbre ou d’accent. Cette ambivalence nous invite à garder présent à l’esprit que la poésie de Celan ne se détourne pas d’une interrogation sur le statut et les pouvoirs de la musique in dürftiger Zeit. D’autant qu’il n’y a qu’une lettre à intervertir pour changer le Lied en Leid, la musique en douleur : si dans le chant gît la douleur profonde, comme le veut Eichendorff (« im Lied das tiefe Leid »), alors celui-ci n’est peut-être plus coupable de complicité avec l’horreur et peut redevenir un méridien susceptible de nous guider dans le sombre. Il ne s’agit pas de prétendre que la poésie de Celan serait « musicale » du point de vue de ses sonorités, mais, dans une approche héritée d’Adorno, de montrer qu’elle se rapproche de la musique dans les conditions mêmes de son émergence et de sa signifiance, en ce sens que les sons, « s’ils ne signifient rien, sont gorgés d’intentions sans cependant pouvoir les dire (5) ».
Dès lors, la dernière partie de l’ouvrage s’aventure, après un prélude théorique d’Antoine Bonnet particulièrement fouillé sur la nature du lien qui unit les deux arts, à explorer l’ouverture proprement musicale que les poèmes de Celan ont suscité, à travers l’étude de quelques mises en musique, notamment par Aribert Reimann, Paul-Heinz Dittrich, Wolfgang Rihm ou Peter Ruzicka. Un catalogue en fin de volume liste les quelque trois cent cinquante adaptations musicales des poèmes. Il en ressort, au-delà de la diversité des approches exposées, une interrogation commune sur les conditions selon lesquelles la musique et la poésie peuvent malgré tout continuer à trouver une forme de légitimité par-delà la catastrophe. L’issue, de ce point de vue, est peut-être moins dans la réponse que dans la question elle-même : dans l’émergence d’œuvres sans cesse amarrées à « l’infini questionnement sur les conditions d’une pratique mettant en jeu les sons ou les mots (6) ». Dans cette perspective, Paul Celan, la poésie, la musique constitue une contribution décisive, dans la mesure où les auteurs de ce collectif nous aident à cartographier le traumatisme et à penser la création, tant du point de vue de la mise à jour d’une réflexion profonde et synthétique sur la poésie de Celan, que de celui d’une théorisation quasiment inédite par son ampleur sur les liens entre poésie et musique au XXe siècle. Un ouvrage académique indispensable, donc, pour quiconque s’intéresse à la question.
Thomas Le Colleter
1.Paul Celan, Renverse du souffle, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Paris, Seuil, 2003, p. 24.
2.Antoine Bonnet et Frédéric Marteau (dir.), Paul Celan, la poésie, la musique. Avec une clé changeante, Paris, Hermann, 2015, p. 6.
3.ibid., p. 8.
4.Paul Celan, Pavot et mémoire, trad. V. Briet, Paris, Christian Bourgois, 1987, p. 85.
5.op. cit., p. 327.
6.ibid., p. 343.
Antoine Bonnet et Frédéric Marteau (dir.), Paul Celan, la poésie, la musique. Avec une clé changeante, Paris, Hermann, 2015, 590 p.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 25 avril 2016 à 11h04 dans Musique et Littérature, Notes de lecture | Lien permanent
Exercice difficile que celui d’épeler la “mort quotidienne”, de filer tous ces mots, ces fragments en prose qui constituent le recueil, sans que, entre ces ruines minuscules que deviennent les organes, leurs douleurs réelles et imaginaires, les lentes défaites du corps, la voix s’enlise dans le grave, perde de son ironique alacrité.
Certes, et l’ironie n’y change rien, la mort obsède Alexandre Bonnier, ou, mieux, c’est ce détachement qui permet le relevé du cadastre, le parcours pas à pas des progrès d’une métamorphose dont l’achèvement, pour toujours, échappera à sa conscience, mais que l’on saisit ici à travers une certaine drôlerie sérieuse qui voisine avec Michaux, en infimes parcelles, en menus incidents, par intuition.
Car l’inventaire des avancées de la mort n’est en rien systématique, il obéit au désordre apparent et fantasmatique du jour le jour, il s’établit dans le bric-à-brac des inquiétudes que l’on a cru oubliées, il suit la logique d’une angoisse sans cesse en action, sans cesse raillée et repoussée. Ce désordre, cette logique tramant le texte d’un humour que l’on dirait noir, si cette absence de couleur ne trahissait l’essentiel de cet humour, sont la tactique de repli et de contre-attaque de l’individu menacé – le style même de la “mort quotidienne”.
Nul abîme ne guette le mort Alexandre Bonnier, simplement – en même temps que “le dénudement, la dénudation ou le dénudage, que sais-je”, qui sont la mise à nu sans emphase qu’agence quotidiennement la mort, l’impudeur à laquelle répond le dérisoire révélé –, simplement “entre le ventre et l’âme” l’inconscience sertie dans le corps accroît son emprise, s’appesantit, se pétrifie : “Je mourrai sur cette place de Barcelone qui m’attend... Les pigeons se poseront sur ma tête ou sur mes épaulettes de général d’Empire.” Il ne reste plus alors que cette dernière ironie, un peu lasse, cette réincarnation paradoxale qui clôt ce vademecum de la mort d’une fausse sortie, et d’un réel refus du retour à la poussière : “Dormir afin de se rhabiller de la peau lourde du rhinocéros, ou enfiler la pierre et la peau des statues dans le prélassement éternel.”
Robert Amutio
Alexandre Bonnier, La Mort quotidienne, les éditions chemin de ronde, 84 pages, 8 €.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 25 avril 2016 à 09h47 dans Notes de lecture | Lien permanent
« Selon Claude-Royet Journoud et Jean Daive, Michel Couturier disposait, pour écrire (notamment L’ablatif absolu), d’une boîte en bois dans laquelle il rangeait des fiches bristol. Sur chacune d’elle, il avait écrit un mot, et ainsi retranscrit l’ensemble du lexique du livre en cours. À chaque mot étaient associés une définition et l’ensemble des acceptions possibles du terme. Michel Couturier veillait à ce qu’à chaque occurrence dans le livre corresponde un sens différent. Cette anecdote nous dit beaucoup, me semble-t-il, sur l’usage de la répétition chez Michel Couturier, dans cette ambivalence, du sens et du son, dont il produit ici une forme de théorie pratique, à travers la boîte. »
Extrait d’un remarquable entretien mené par Emmanuèle Jawad avec Marie de Quatrebarbes - source
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 25 avril 2016 à 09h39 dans Notes sur la création | Lien permanent
Du 6 avril au 1er août 2016, une exposition Paul Klee (1879-1940) est à voir au Centre Pompidou, réalisée par Angela Lampe sous le titre « L’ironie à l’œuvre ». Toute sa vie, Klee a noté des mots, des phrases, des bribes de paroles qu’il est possible de considérer comme des poèmes, et que, en tant que tels, son fils Felix a rassemblés dans un recueil paru en 1960 à Zurich, aux éditions de l’Arche. Une version française de quelques-uns d’entre eux est proposée ci-dessous par Lionel Richard, dont les éditions Aden (Bruxelles) annoncent enfin l’imminente réimpression, abondamment complétée, de l’ouvrage depuis longtemps épuisé D’une apocalypse à l’autre (coll. 10/18, 1976), sur les mouvements intellectuels dans l’Allemagne des années 1910-1940.
Je suis Dieu
Je suis Dieu.
Tant de divin
s’est entassé en moi
que je ne peux mourir.
Mon crâne est en feu à éclater.
L’un des mondes
qu’il recèle
veut naître.
Mais il me faut maintenant souffrir
avant cet accomplissement.
[1901]
Ich bin Gott.//So viel des Göttlichen/ist in mir gehäuft, /dass ich
nicht sterben kann.//Mein Haupt glüht zum Springen.//Eine der Welten,/
die er birgt,/will geboren sein.//Nun aber muss ich leiden/vor dem Vollbringen.
Pluie la nuit
Quelque chose ment que je t’ai perdue,
je le croirais presque.
Il fait maussade et de l’humilité tout plein.
Le cœur se cabre,
l’œil brûle.
De larme aucune.
En pleurs n’est que la nuit dehors.
Isolement.
[1901]
Nachtregen
Etwas lügt, ich habe dich verloren,/fast kann ich es
glauben./Es ist trüb und voll Demut./Das Herz
bäumt sich,/das Auge brennt./Tränenlos./ Nur die Nacht
draussen weint./Einsamkeit.
En un pareil état
En un pareil état il y a
de beaux moyens.
Des prières pour obtenir foi
et force.
Le Voyage en Italie de Goethe
est aussi de la partie.
Mais surtout une étoile
de bonne fortune. Je l’ai vue souvent.
Je la découvrirai à nouveau.
[1901]
In solchem Zustand gibt/es schöne Mittel./ Gebete
um Glauben/und Kraft. /Auch Goethes Italienische/
Reise gehört hierher.//Aber vor allem ein glücklicher/
Stern. Ich sah ihn oft./Ich werd ihn wieder entdecken.
Au revoir
Au revoir, présente vie
que je mène.
Tu ne peux ainsi rester.
Distingué tu étais.
Pur esprit.
Silencieux et solitaire.
Au revoir, honneur
décerné pour le premier pas public.
[1905]
Lebe wohl gegenwärtiges Leben,/das ich führe.//Du kannst so
nicht bleiben./Vornehm warst du./Reiner Geist./Still und einsam.//
Lebe wohl Ehre/beim ersten öffentlichen Schritt.
De l’eau
De l’eau
et dessus des vagues
et dessus un bateau
et dessus une femme
et dessus un homme.
[1906]
Wasser/darauf Wellen,/darauf ein Boot,/darauf ein Weib,/
Darauf ein Mann.
Une sorte de silence
Une sorte de silence luit vers le fond.
D’un lieu incertain
quelque chose est là qui brille,
non d’ici,
non de moi,
mais de Dieu.
De Dieu !
Même si un simple écho,
un simple miroir de Dieu,
et proximité de Dieu pourtant.
Goutte du tréfonds,
par elle-même lumière.
Qui donc dormait et ne connut souffle qui s’arrêtât :
celui qui...
La fin remontant au début chez elle rentra.
[1914]
Eine Art von Stille leuchtet zum Grund./Von Ungefähr/scheint da ein Etwas,/
nicht von hier,/nicht von mir,/sondern Gottes.//Gottes !/Wenn auch nur Widerhall,/
nur Gottes Spiegel,/so doch Gottes Nähe.//Tropfen von Tief,/Licht an sich./ Wer
je schlief und der Atem stand :/der…/Das Ende heim zum Anfang fand.
Mon étoile
Mon étoile s’est levée
des profondeurs sous mes pieds.
Où niche en hiver mon renard ?
Où dort mon serpent ?
[1915]
Mein Stern ging auf/tief unter meinen Füssen//
wo haust im Winter mein Fuchs/ wo schläft
meine Schlange ?
Au tout milieu du cœur
Au tout milieu du cœur
unique ardeur
l’écho des pas d’un marcheur
[1920]
In Herzens Mitte/als einzige Bitte/
verhallende Schritte
Du chat
Du chat un échantillon :
cuillerée de sons cueille son oreille
ses pattes prennent leur envol
ses yeux
brûlent gros et vaporeux
revenir nulle intention
beauté de la fleur
les armes cependant prêtes à tout
et au fond il n’a rien à tirer de nous
[1920]
Von der Katze ein Stück :/ihr Ohr löffelt Schall/
ihr Fuss nimmt Lauf/ ihr Blick/brennt dünn
und dick/vor ihrem Antlitz kein Zurück/schön
wie die Blume/doch voller Waffen/und hat im
Grunde nichts mit uns zu schaffen
Paul Klee, choix et traduction de Lionel Richard.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 25 avril 2016 à 09h35 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Les articles parus dans Poezibao cette semaine :
notes de lecture :
(note de lecture) Nicolas Pesquès, "La face nord de Juliau, treize à seize", par Ludovic Degroote
(note de lecture) Pierre Chappuis, "Dans la lumière sourde de ce jardin", par Laurent Albarracin
(note de lecture) Stéphane Korvin, "Noise" et "Bas de Casse", par Antoine Bertot
notes sur la création :
(notes sur la création) Antoine Emaz
(notes sur la création) Jacques Roubaud
anthologie permanente :
(anthologie permanente) Stéphane Korvin
(anthologie permanente) Eugenio de Signoribus
(anthologie permanente) Guillaume Condello
[Poezibao a reçu] du samedi 23 avril 2016
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 23 avril 2016 à 10h16 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Les livres reçus cette semaine par Poezibao :
Marcel Moreau, Un cratère à cordes ou La langue de ma vie, Les éditions Lettres Vives, 2016, 18€
Ludovic Janvier, Apparitions, Gallimard, 2016, 20€
Christian Prigent, Les Amours Chino, P.O.L., 2016, 15€
Jacques Roubaud, Je suis un crabe ponctuel, anthologie personnelle 1967-2104, Poésie / Gallimard, 2016, 6,20€
Jacques Ancet, Huit fois le jour, Les éditions Lettres Vives, 2016, 18€
Dante Alighieri, Enfer, traduit de l'italien, préfacé et annoté par Danièle Robert, édition bilingue, Actes Sud, 2016, 25€
Guillaume Condello, Alexandre, Dernier Télégramme, 2016, 15€
Cécile Richard, Jak, Dernier Télégramme, 2016, 10€
François David, Puis plus pluie, préface de Robert Haddad, La Feuille de thé, 2016,20€
Laurent Grenier, Dix disques de traverse, L'Arbre à paroles, 2016, 10€
Marie-Noëlle Agniau, Mortels habitants de la terre, L'Arbre à paroles, 2016, 10€
Hélène Boissé, Jean Antonini, Au creux de nos gorges, L'Arbre à paroles, 2016, 8€
Revue Gong, n° 51, avril-juin 2016.
Chantal Ravel, à peine un chant, Jacques André éditeur, 2016, 12€
Jean-Philippe Testefort, 111 tercets pour s'y faire, éditions Unicités, 2016, 13€
Alice Schneider, La Tête dans les nuages, éditions Unicités, 2016, 14€
Pascale Anglès, D'Ors et de ciel, Le Lavoir Saint Martin, 2016, 15€
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 23 avril 2016 à 10h09 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Jacques Roubaud publie Poétique Remarques, poésie, mémoire, nombre, temps, rythme, contrainte, forme, etc. aux éditions du Seuil.
Le volume se compose de 15 sections de 317 remarques chacune.
32. Poésie, seule transcendance, non violente, non criminelle.
36. Le « marché » est peut-être la fin de l’art. La poésie ne dépend pas du marché. La poésie peut échapper à la fin de l’art.
38. La poésie est salut individuel à l’âge des effondrements.
45. Poésie : passage de la mémoire personnelle à la mémoire collective, (et retour), mais passage différent de celui des savoirs, des pratiques…
47. Les sourds à la poésie sont sourds à la mémoire.
49. Poésie, mode de survie d’une langue morte.
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 22 avril 2016 à 17h14 dans Notes sur la création | Lien permanent