Poezibao fait une courte pause - Retour le lundi 9 mai
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Poezibao fait une courte pause - Retour le lundi 9 mai
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 05 mai 2016 à 14h35 | Lien permanent
Stéphane Korvin continue sa remarquable entreprise de réédition des écrits d’Agnès Rouzier, introuvables depuis des années. Vient de paraître le second volume, dire, encore.
On pourra aussi se référer à l’important cahier que le CCP, Cahier critique de poésie, vient de faire paraître autour d’Agnès Rouzier.
« Je ne dois jamais plus rien lire sans prendre un minimum de notes. Beaucoup travailler pour beaucoup vivre. Ainsi ce Journal de Virginia Woolf a ce côté passionnant, vivant, d’un voyage : une curiosité vorace qui s’apaise. Cela s’intègre comme un moment "intéressant" de mon existence. La lecture n’est pas passive, pas contemplative. Même à ce niveau, elle est "dialogue". Ouverture profondément curieuse, à la fois sur l’autre, à la fois sur le Double. Acquiescement et mise en question, réciproque. Avec toute la patience, l’intérêt, l’intensité d’écoute, requis. Par de telles expériences je communique : c’est comme une réplique, plus apaisante, que l’écriture. La volupté du voyeur avant qu’il entre lui-même en lice .
Quel est le registre particulier de la lecture que je cherche en recopiant des textes ? Les prendre à l’intérieur de moi ? Mais aussi me rassurer au niveau de ma propre écriture. Appropriation tout aussi bien que pénétration plus intime. Rite de l’éloge : la parole redite, le geste refait. L’approche extrêmement lente. Ce que Barthes appellerait un "exercice mystique" »
Agnès Rouzier, dire, encore, édition Brûle Pourpoint, 2016, p. 111.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 02 mai 2016 à 16h54 dans Notes sur la création | Lien permanent
Le livre a pour projet de concentrer l'écriture, pour Olivier Rolin, ou la gravure, pour Erik Desmazières, sur les « menues choses » ou les « chétivités ». Après un texte de présentation, il s'ouvre par une eau-forte et un texte sur l'artichaut, puis, parmi d'autres, sur l'asperge, l'huître, l'os de seiche, l'oursin pour se terminer par le galet. Ce sont ces objets, comme le dit Olivier Rolin, « auxquels on ne prête d'habitude qu'une attention désinvolte ou purement utilitaire […], ou parfois agacée ». Olivier Rolin lie ainsi ce travail à ceux de Ponge, de Perec et aussi de Withman, auteurs cités dès les premières pages. Il précise d'ailleurs, tout au long du livre, grâce à des souvenirs esthétiques, toute la richesse paradoxale de ces objets qui, malgré leur simplicité, parcourent l'histoire de l'art, des asperges de Proust aux plumes des tableaux de Manet.
De ce projet viennent deux « exercices » : « affûter la perception » et, comme l'un ne va pas sans l'autre, « prendre soin de la langue » car « on ne voit vraiment que lorsqu'on a trouvé les mots. » Comment écrire alors pour mieux voir ? Plusieurs principes, qui n'en forment peut-être qu'un, selon Olivier Rolin : « on essaie d'être exact, concret, imagé, métaphorique. » L'exactitude ne passe pas par la sécheresse du style mais par l'image et la métaphore, par la préciosité aussi. Elle n'empêche pas de « faire feu de tout bois » et de chercher en même temps « l'expression juste ». La grande force du livre tient, en partie, dans cette apparente tension.
Reste à savoir comment se lient, en vue de ce projet, l'écriture d'Olivier Rolin et la gravure d'Erik Desmazières car elles ne sont pas dans un simple rapport d'illustration ou de description réciproques. Elles ont certes un point commun fort : « l'écriture requiert de la précision, la gravure, art de patience et de discrétion, aussi ». De fait, pour chaque objet observé, on trouve d'abord une eau forte d'Erik Desmazières, réhaussée ou non, puis le texte de trois ou quatre pages d'Olivier Rolin, suivi, à nouveau par une, deux ou trois gravures. Un même espace, ou presque, est dédié à chacun.
Les gravures sont au plus près de l'objet isolé sur fond neutre, gris, marron ou vert. La minutie du trait le détaille. D'une eau-forte à l'autre, on change de point de vue sur l'objet, passant d'une perception frontale à une perception de biais, ou bien d'une vue de dessus à une vue de dessous. Dans sa complexité de matière, l'objet est représenté aussi finement que concrètement, sous différents angles.
En regard de ces gravures, on peut retrouver dans l'écriture d'Olivier Rolin une telle variation d'angles. Par exemple, la girolle est vue de face, puis de dessous, révélant ainsi ses « fines plissures et [s]es formes bouffantes, sinueuses, virevoltantes, gondolées en ailes de papillon », et enfin, par contraste alors, « du dessus » : « la girolle ne fait pas tant de falbalas ». La vue ne s'arrête pas à la surface de l'objet mais assouvit même le désir de voir à l'intérieur, comme celui, si nuancé en couleurs, de l'huître. Très régulièrement, Olivier Rolin invite d'ailleurs à « ouvrir » (« ouvrons l'oursin, en le décalottant avec des ciseaux pointus »), « trancher », « casser » (« Cassons, donc, la noix »). C'est ainsi, une nouvelle vue, mais surtout un nouveau « plaisir », souvent gustatif, toujours visuel et sensuel, un nouveau monde à partager avec nous. A propos de la noix ouverte : « Apparaît un microcosme beaucoup plus compliqué que ceux qu'enferment la plupart des noyaux ».
Changer le point de vue pour voir autrement, pour voir plus, et même ouvrir l'objet, c'est une chose. Prendre tout le parti de l'objet mais aussi de son mot, de tout ce qu'il ouvre lui aussi de vue nouvelle, c'est un autre parti pris d'Olivier Rolin.
Ce mot, l'écrivain l'écoute, le compare, l'ouvre à son tour grâce à l'étymologie ou grâce à des échos entendus dans d'autres mots. L'asperge par exemple : « Oblongue, finissant en une turgescence bourgeonnante, sorte de gland feuillu, l'asperge est un mince phallus végétal. » Voilà le début du texte, précis, d'un vocabulaire rare, rehaussé d'une métaphore sexuelle qui permet, par l'image, de voir juste. Mais cette image est renforcée par le mot lui-même qu'il faut écouter concrètement : « mot qui fournit d'ailleurs à 'verge' une rime parfaite ». La métaphore est juste car elle s'appuie sur une ressemblance mais aussi parce qu'elle est déjà presque dans le mot. Olivier Rolin suit ces « proximités phoniques » avec un grand plaisir et un grand humour. C'est une autre manière d'« être concret » que d'écouter la chose et ses mots.
On retrouverait quelque chose de commun dans l'écoute des mots girolle et chanterelle : « Les deux vocables, nés sans doute d'une lente germination de spores verbaux dans l'humus forestier, appellent des idées plaisamment féminines et agrestes de chanteuses girondes et de tourterelles, de farandoles où s'épanouissent sous les girandoles les corolles des jupes. » On imagine donc, avec « plaisir », que le milieu d'origine des mots girolle et chanterelle serait le même que celui du champignon. Ils appellent un imaginaire tout sensuel et sonore. On écoute les mots pour « s'approcher » de l'objet. La langue, c'est-à-dire les mots, le révèle, comme la « langue », en tant que muscle humide cette fois, révèle, avec un peu d'artifice, comme le souligne malicieusement Olivier Rolin, toutes les couleurs d'un galet.
Plaisir de la vue donc et plaisir de la langue vont ensemble. Ce plaisir peut d'ailleurs faire prendre à l'auteur le chemin de la parodie et de la dérision. Le « monstre » patate germée est comparé à la pieuvre de Hugo, « fécondité de l'infâme ». Et pourtant : « Tant d'histoires pour si peu, ce masque effroyable pour rendre terrible une simple pomme de terre... une patate... ».
« On voit vraiment que lorsqu'on a trouvé les mots » : les mots précisent en effet l'objet et l'ouvrent tout en butant contre sa rugosité que rendent si présente les gravures d'Erik Desmazières. Mais ces mots sont riches, eux aussi, de leur matière et de leur imaginaire. Ils désignent et détournent toujours un peu.
Pour terminer, précisons une dernière chose. Au début du livre, on trouve une dédicace : « Pour Lissitchka ». Le lecteur comprend ces mots justement comme une simple dédicace. Mais il y a, l'air de rien, un premier sous-entendu : à l'article girolle, Olivier Rolin précise que les Russes nomment la girolle Lissitchka, ce qui signifie « petite renarde ». Puis, « Lissitchka, c'est pour moi le nom donné à une femme aimée : ce qui me confirme dans l'idée qu'il y a dans la girolle quelque chose de gracieusement féminin. » Ainsi, dans les marges des premiers mots se trouve déjà bien plus que ce qu'on pensait avoir entrevu au début.
Antoine Bertot
Olivier Rolin et Erik Desmazières, A y regarder de près, Seuil / Fiction & Cie, 2015, 127 p
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 02 mai 2016 à 16h25 dans Notes de lecture | Lien permanent
Dominique Dou publie Sentinelle, poème précédé des Carnets, aux éditions l’Or des Fous.
Le Mystère
Nous mutons
nous mutons
mais
il faut rester en joie –
il faut juste demeurer comme on est : près
de la terre et du temps –
même le temps qu'on nous fait doit rester
de l'espérance –
même si dieu meurt de plus en plus
même si même s'il remeurt chaque jour
davantage il faut creuser –
nous muterons en elle avec elle –
jusqu'à voir quelque chose car :
ceci n'est pas un programme –
nous mutons – je viens
de la terre grasse de
Picardie fraîche au plus frais du matin de pâques –
s'en souvenir – précautionneusement –
sans casser mon fil – puisque je n'ai pas de fils –
derrière moi, rien
devant moi rien ne m'attache à mon côté
parallèle un frère de lumière juive
attend – comme ses frères –
que quelque chose arrive – quelle patience –
en attendant nous mutons tendrement –
car il faut
rester sobre dans la passion
de l’attente –
nous mutons et pourtant :
demeure ! tête d’homme –
faible barrage au changement – des dos protestent –
mais le poids pèse le volume immense
les années irréméable le chemin
dure – la mutation marche
quand même quand bien même
ma tête résiste et mon esprit –
amen – soit-il le même –
déjà je suis autre que je ne fus –
je viens de le comprendre c'est-à-dire qu’en tout je le sais
même même si
j’invente qui j’aime – une porte ouverte –
(…)
Dominique Dou, Sentinelle, poème précédé des Carnets, éditions l’Or des Fous, 2016 ; P. 60 et 61.
Dominique Dou dans Poezibao :
extrait 1, L’énergie de l’erreur, note de lecture, "après la mort d’A. Robbe-Grillet", texte hommage à Mahmoud Darwich, l’orgueil du poème (réponse à J. Roubaud), « voir Copenhague et mourir », ext. 2, ext. 3, (Enquête) de Poezibao : l’art, un recours ? / réponse de Dominique Dou
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 02 mai 2016 à 16h15 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Les articles parus dans Poezibao cette semaine :
Trentième numéro de la revue Sur Zone : Bruno Fern
(revue Sur Zone), n° 30, Bruno Fern, "Notes sur Des figures"
Un article sur Paul Celan et la musique dans la rubrique Musique et Littérature :
(musique et littérature) Antoine Bonnet et Frédéric Marteau (dir.), "Paul Celan, la poésie, la musique. Avec une clé changeante", par Thomas Le Colleter
Les notes de lecture :
(note de lecture) Alexandre Bonnier, "La Mort quotidienne", par Robert Amutio
(note de lecture) François Jacqmin, Alexandre Hollan, "Le Plumier de vent", par Christian Hubin
(note de lecture) Revue Nu(e) n°58, Andrea Zanzotto, par Renaud Ego
Les notes sur la création :
(notes sur la création) Marie de Quatrebarbes
(notes sur la création) Christophe Fourvel
(notes sur la création) Siegfried Plümper-Hüttenbrink
L’anthologie permanente :
(anthologie permanente) Paul Klee
(anthologie permanente) Christophe Fourvel
(anthologie permanente) Marie-Claire Bancquart
Les livres reçus par Poezibao, avec des parutions assez exceptionnelles, notamment Claude Royet-Journoud et Agnès Rouzier :
[Poezibao a reçu] du samedi 30 avril 2016
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 30 avril 2016 à 09h59 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Les livres reçus cette semaine par Poezibao :
Claude Royet-Journoud, La Finitude des corps simples, P.O.L., 2016, 13€
Agnès Rouzier, Dire, encore, BrûlePourpoint, 2016, 15€
Marie-Claire Bancquart, Qui vient de loin, Le Castor Astral, 2016, 13€
Yves Bonnefoy, Entretien avec Natacha Lafond et Mathieu Hilfiger, sur la question du livre, précédé de Yves Bonnefoy ou la responsabilité poétique par Pierre Dhainaut, Le Bateau Fantôme, 2016, 16€
Jacques Jouet, Ruminations du potentiel, Éditions Nous, 2016, 14€
Frédéric Forte, Dire ouf, P.O.L., 2016, 11€
Ryoko Sekiguchi, Fade, Les Ateliers d'Argol, 2016, 15€
Armelle Leclercq, Les Arbres, Le Corridor bleu, 2016, 12€
Marc Delouze, L'invention du paysage, avec Michel Déjean, 2Rives, 2016, 18€
Jean-Pierre Rosnay, Portrait, bibliographie, anthologie, Le nouvel Athanor, 2016, 15€
Jacqueline Persini, Cascades et séquoias, éditions Unicité, 2016, 13€
Revues
Revue Arapesh, n°1/10,, 2016,
Revue Europe, n° 1045, mai 2016, Gherasim Luca, 2016, 20€
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 30 avril 2016 à 09h47 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
La poésie d’Andrea Zanzotto (1921-2011) a la réputation d’être difficile et sa lecture est, en effet, exigeante. Il est vrai que son auteur a tôt pris ses distances avec une certaine innocence intellectuelle encore marquée par l’illusion d’une adéquation des mots et des choses. Dès son premier livre publié en 1951, Derrière le paysage, il écartait l’idée rassurante d’un contact immédiat avec le monde, dont le paysage aurait été le lieu (et le thème littéraire de prédilection), dans le rayonnement de sa présence apparente et son unité superficielle. Dans l’étrange théâtre poétique que Zanzotto commençait à bâtir, le premier rôle était rendu aux sédimentations tectoniques et, plus encore, aux forces historiques et humaines. Après tout, il venait d’en voir se déchainer la violence et savait la singularité de toute vie humaine désormais suspendue à ce nouvel équilibre de la terreur qu’il baptisa « l’oxymoron terrible ». Une certaine pulvérisation du langage fut sa réponse à ce nouvel état de fait.
A rebours de tout naturalisme donc, Zanzotto élabora alors un réalisme nouveau, à la fois désespéré, supérieur par sa complexité, souvent déchiqueté dans sa syntaxe et toujours baroque par la richesse des matériaux qui y trouvaient place. Ceux-ci venaient tout autant de la linguistique, de la psychanalyse, de la politique et – ce qui est plus commun dans la littérature italienne – de la richesse dialectale et des arrière-plans historiques qui affleurent en eux. En cela, sa poésie incarnait bien une ère du soupçon dont l’avant-garde de l’après seconde guerre mondiale voulut poser les bases et incarner la vigilance critique. Elle en tira la réputation d’être intellectuelle et pourtant, Zanzotto y ajouta le projet d’une reconstruction poétique qui, même désabusée et souvent ironique, portait avec elle la nostalgie d’une épopée et de son souffle, reportée sur la quête de ses traces dans un monde désenchanté. C’est à cette aune qu’on peut mieux comprendre l’écho que cette œuvre reçut en Italie et qui fut célébrée par Montale, Pasolini, Sereni ou, dans un tout autre domaine, par Fellini qui sollicita l’aide du poète pour nombre de ses films.
On doit à Philippe Di Meo d’avoir fait découvrir Zanzotto aux lecteurs français depuis 1986 et d’avoir traduit l’essentiel de son œuvre. C’est à son initiative également qu’est réuni un riche ensemble d’études consacrées au poète vénitien. S’y mêlent des textes parfois anciens et des regards plus contemporains. L’exercice de la traduction d’un poème devient chez Di Meo un commentaire très juste sur l’enquête cadastrale dont tant de poèmes de Zanzotto sont le fruit. Le grand critique Enzo Siciliano rappelle combien la « physique de sa poésie » est savoureuse, malgré le désespoir virgilien dont elle lui semble être le fruit. « Un Virgile auquel il est interdit d’écrire sa Georgique. Précisément, la poésie toute physique qu’il écrit prend pour thème une nature qui aujourd’hui nous trompe sans pouvoir réconcilier l’homme avec la vie sinon en tant que mémoire et souvenir. (…) C’est pourquoi il est le poète de la lassitude d’être aujourd’hui au monde et celui qui en donne une parole nécessaire, et même paradoxale ». A partir d’une tout autre analyse, Elke de Rijcke rappelle quelle extrême précision de sensations nourrit cette poésie — ce qui fut pour moi, d’ailleurs, le premier indice de sa portée quand me déroutaient encore ses audaces et ses obscurités.
Claudio Magris synthétise ainsi avec clarté la portée classique de l’œuvre de Zanzotto, « un poète docte et sincèrement simple ». « Sa poésie lyrique se mesure à l’extrême fragmentation, complexité et confusion de notre présent, pour les inclure dans ses propres formes avec toute leur charge indéchiffrable enchevêtrée, mais il inclut l’instantané historique dans la démesure du temps géologique, des âges et des ères. C’est dans ce sentiment et dans l’expression de celui-ci que réside son classicisme ».
On retiendra enfin trois entretiens que Zanzotto a donnés sur la poésie et qui ouvrent ce volume. Il est merveilleux de le voir répondre à des élèves déroutés par ses poèmes et sincèrement curieux de sa personne. En bon pédagogue qu’il fut par son métier d’enseignant, il entre alors avec douceur dans ses poèmes pour dégager toute l’humilité ambitieuse d’une écriture dont il dit qu’elle est une libération mais aussi une souffrance. Et à la question de savoir pourquoi la poésie contemporaine est si souvent difficile à comprendre, il répond. « J’accepte cette pointe, parce que les pointes sont utiles. Quoi qu’il en soit, j’espère que vous avez compris que, si je suis ça et là difficile, je le suis de mauvais gré ; c’est une nécessité de l’être, non une volonté d’embrouiller le jeu ».
Renaud Ego
Nu(e) 58 Andrea Zanzotto
Numéro coordonné par Philippe di Meo
214 pages, 20 €
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 29 avril 2016 à 09h06 dans Notes de lecture | Lien permanent
Dans sa Théorie de la ressemblance, Benjamin concevra ce mode de lecture croisé et presque équationnel en recourant au préfixe heraus du verbe lesen. Un préfixe qui serait à l’origine du versant magique qu’a tout acte de lecture. Au sens certes d’extraire, de trier, mais aussi de relier à distance et selon l’anagramme qui se fixe entre lire et lier.
Lire ainsi c’est faire le lien selon le principe du montage. Opérer des connexions à distance. Déceler par voix d’écho ce que Benjamin appelle des « ressemblances non-sensibles ». Plus juste serait de dire : des correspondances ou des résonances virtuelles telles que Baudelaire en eut l’idée.
Siegfried Plümper-Hüttenbrink, De la lecture, Selon Walter Benjamin et Ludwig Wittgenstein, La Main courante, 2006, p.19.
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 29 avril 2016 à 08h55 dans Notes sur la création | Lien permanent
Marie-Claire Bancquart publie Qui vient de loin aux éditions Le Castor Astral.
A la fois libre et géométrique,
une arabesque millénaire,
rigoureuse fleur
très achevée, à peine éclose
elle fait
dans notre cœur soleil et nuit
elle esquisse verticalement notre destin
elle jaillit ouverte
porteuse
d’indéchiffrables prophéties
/
Ile ! Un long désir
parfois exaucé
rapport étroite de terre, eau, ciel
à notre chair
Pluie sur la mer, passages d’eau
fouettant les joues et les collines
des rafales
comme des étreintes
puis le soleil, avec le nom d’Ulysse dans notre bouche
et ce chien rencontré qui descend peut-être
du sien, du si fidèle
qui mourut au-delà de l’âge
pour l’écher une dernière fois la main du maître
alors nous marchons
rassurés
sur notre propre vie
/
Je suis passée d’une époque cellule
à l’époque poisson de nage et de branchies
puis je fœtus, avec bouche et sexe,
vins un jour au jour comme femme.
Mais auparavant
avant même l’œuf fécondé
qui
où
étais-je ?
L’avant-naître sans fond,
sans limite,
comment savoir ?
Opaque est mon commencement
et mon être
ne connaît pas
le tout de mon être
Marie-Claire Bancquart, Qui vient de loin, éditions Le Castor Astral, 2016, pp. 11, 42 et 68.
Marie-Claire Bancquart dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7, extrait 8, extrait 9, Aux 20 ans du nouveau recueil, Lecture chez Tschann (05), fiche de lecture : Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, Carte Blanche à (sur Bonnefoy au programme de terminale L), extrait 10, voir aussi les Cartes blanches, extrait 11, extrait 12, extrait 13, réponse à l’enquête sur les femmes-poètes, extrait 14, extrait 15, extrait 16, La Verticale du secret (parution), dossier 2008, 1, dossier 2008, 2, dossier 2008, 3 (un article de B.Bonhomme), extrait 17, extrait 18, Terre energumène (par F. Trocmé), Le Printemps des poètes au Luxembourg, « Marie-Claire et Alain Bancquart, une gémellité du sens du temps » (par F. Trocmé), note création, ext. 17, Violente vie (par A. Emaz), ext. 18, ext. 19, ext. 20, ext. 21, "Mots de Passe", par Jacques Morin, "Mots de passe", par Florence Trocmé, "Mots de passe", par Antoine Emaz
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 29 avril 2016 à 08h45 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Deuxième année et n° 30 de la revue littéraire de Poezibao, Sur Zone, lancée le lundi 8 septembre 2014.
Ce numéro est consacré à Bruno Fern avec ces "Notes sur des Figures"
Dans le souci de bien en respecter la mise en page, mais également d'en permettre l'enregistrement ou l'impression, ces inédits sont accessibles au format PDF en cliquant sur ce lien.
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 27 avril 2016 à 10h43 dans Sur Zone, la revue littéraire de Poezibao | Lien permanent