Cheminements de la pensée. Variations où l’on découvre
souvent un thème caché.
Dans le métro, cette femme qui lit le Dit de Tianyi de François Cheng. J’aurais pu la prendre pour sujet d’un de mes portraits de lecteurs mais je la remarque trop tard. De toutes façons, aujourd’hui, je n’ai pas le cœur à écrire un tel portrait. Mais je pense aussi à cette remarque récente d’une amie : « pourquoi tant de femmes lectrices dans vos portraits et presque jamais d’hommes » ?
De là, je « dérive » ("dérivées", titre de cette nouvelle rubrique du Flotoir) ; sur la statistique : y aurait-il plus de femmes lectrices que d’hommes lecteurs ?
Nouvelle « dérive » : un homme sur deux est une femme.
Dernière « dérive », douloureuse : évocation de ce reportage terrible vu hier soir au journal télévisé. Le nombre terrifiant de « femmes manquantes » en Inde et en Chine où on avorte quasi systématiquement de tous les fœtus féminins au point qu’une loi (détournée bien sûr) interdit aux échographes de révéler le sexe de l’enfant aux parents, au point aussi que la démographie des ces pays est aujourd’hui gravement menacée.
Découvrant ces faits, les redécouvrant pour certains, je songeais de nouveau à ceux qui auraient pu ne pas être (n/aître, dirait sans doute Hélène Cixous), si tel ou tel de leur ascendant avait disparu à la guerre. Aujourd’hui je songe à ces fantômes puissance 1 et puissance 2 que sont ceux qui n’ont pu exister parce que leurs parents ont été réduits en fumée dans les camps nazis et à celles, millions aussi, qui ont été détruites, avortées ou noyées comme chats ou lapins surnuméraires, parce que filles.
NB : à toutes fins utiles, je précise que je ne prends en aucune façon ici position de manière générale contre l’avortement, je parle d’un fait social, l’élimination programmée des fœtus féminins. Je ne compare pas non plus cette extermination-là et le génocide.
©florence trocmé
photo : petites filles indiennes, à Jaisalmer, Rajasthan, janvier 1981.
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