Yann Paranthoën est mort…. Yann Paranthoën…..quand est-ce
que j’ai entendu ce nom pour la première fois, je serais bien incapable de le
dire mais je situe ce fait dans ma toute première adolescence. Lui devait
commencer sa carrière (j’apprends qu’il était né en 1935) et moi, éprouvant
déjà de grandes difficultés à m’endormir, je « chipais » le
transistor tout neuf de ma mère (c’était le temps des premiers transistors, on
a peine à imaginer à quelle vitesse les progrès techniques se sont succédés,
maintenant que nous sommes à l’heure des emmepétrois….). Et via ce
transistor Teppaz, à moins que ce fut un modèle concocté par un petit artisan
de la rue voisine, je découvrais, émerveillée, l’univers de la radio, ces voix,
ces sons, ces bruits dans la nuit et tout particulièrement, je m’en souviens
même si je doute que cela ait été le territoire de Yann Paranthoën, ce Théâtre
de l’étrange (avec notamment
certains « polypes musiciens ») que diffusait ce qui était le France
Inter de l’époque (il me semble que les radios de Radio France portaient
d’autres noms dans les années soixante mais je ne parviens pas à les extraire
de ma mémoire….).
C’est donc à ce moment-là que j’ai attrapé le virus de la
radio, et plus précisément de la radio nocturne. Dans le noir, les yeux fermés,
on se laisse complètement emporter par ce monde sonore. A l’époque encore, les
émissions s’arrêtaient à minuit, avec Marseillaise. Et c’est dans ce contexte
que le beau nom de Yann Paranthoën s’est inscrit en moi…. on disait alors mise
en ondes musicales, il me semble qu’aujourd’hui cette si belle formulation est
quelque peu tombée en désuétude et je la regrette. Elle faisait image pour moi,
j’imaginais de grandes vagues lentes de musiques, de bruitages venir de
lointains rêvés jusqu’à ma chambre et mon lit, je les imaginais aspirées par le
transistor qui me le renvoyait comme un écho. Et le nom même de Paranthoën me
semblait procéder de ces jeux de réverbérations. C’est un patronyme qui vibre.
« Mise en onde musicale Yann Paranthoën » Le Monde lui rendait un
bel hommage (édition du 3 mars) ouvrant son article par cette citation
fabuleuse de Y.P. « il faut enregistrer les minutes de silence. Aucune
minute de silence ne fait le même bruit ». Un article signé Daniel Mermet
qui se fait à juste titre polémiste pour dire qu’un « hommage à Yann
Paranthoën ne peut être qu’en forme de manifeste pour le langage radiophonique,
une ode à l’ouïe, alors même que Radio
France a fait le choix d’appauvrir l’expression radiophonique en réduisant le
volume de reportages, de fictions et de documentaires sonores au profit
d’émissions de plateaux peuplés d’invités en promotion ».
Et moi, j’entends encore ces planchers qui grincent, ces pas
qui s’éloignent, cette pluie qui tombe, tout cet univers sonore qui m’a tant
donné à rêver et qui a joué un tel rôle formateur pour mon for intérieur. Car
dans mon souvenir se mêlent intimement cette incroyable richesse sonore et les
centaines de découvertes littéraires, musicales et scientifiques faites grâce à
France Culture et France Musique : elles furent, tout autant que
l’Institut d’Art et d’Archéologie, mes Universités.
©florence
trocmé