Urgences. De nuit. Lumière blafarde, glauque, verte, des néons, à la fois diffus et brutaux. Qui accentuent la pâleur et le creusement des visages, la nudité des chairs. Et le bruit, les bips des appareils qui contrôlent les pouls, les tensions, les cœurs, les voix, les murmures des accompagnants, les râles de ceux qui ont mal, les vociférations des solitaires furieux qui cherchent en vain puisque ce n’est pas le lieu (mais il n’y a pas de lieu) une oreille où déverser leur détresse, les cris des furieux alcoolisés, camés, shootés. Cette fois pas de gardé à vue avec cohorte de gardiens de la paix (cinq pour un seul bonhomme la dernière fois).
Je pense aux jardins de ce même hôpital, il y a peu de temps, le plein jour, le soleil de printemps dans les vitraux de la chapelle aux huit nefs, les couleurs éclatantes des pavots, les tulipes et les arbres fruitiers tout frais éclos.
Savoir que c’est le même lieu, la même vie. Qu’il n’y a pas dualité.
Et puis je pense à mon m-pêcheur à moi qui est plus une pomme, qui est là, qui vit. Je
compte les 2675 jours qui sont des jours avec et je pense à lui, BC et à
son
petit m-pêcheur et à ses 3240e jours sans (Bernard
Chambaz, Été,séquence 150, p. 87)
©florence trocmé
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