Dans un article de Jean-Claude Lebrun dans l'Humanité du 18 mai 2006, à propos de Carnet de notes de Pierre Bergounioux :
Il s’agissait moins pour lui de banalement laisser trace que de donner une tangibilité à l’éreintant travail d’éclaircissement et de compréhension du monde qui, à l’âge de dix-sept ans, lui était définitivement apparu comme la seule tâche humaine qui vaille.
J'aime cette idée, elle me semble proche d'une certaine manière de ce que je fais avec le flotoir, même si cela parfois me paraît vain. J'aime aussi lire dans le même article : il l’a appris parmi d’autres choses en lisant une masse hallucinante de livres. Pierre Bergounioux figure en effet une manière d’exception encyclopédique dans le paysage littéraire. On éprouve une admiration mélangée d’effroi devant une telle surhumaine capacité à ingérer la connaissance par tous ses bouts possibles. Comme une course effrénée pour ne pas perdre une miette de présence consciente au monde. De la même façon qu’il se jette à corps perdu dans le façonnage du métal et du bois, dans une continue quête de forme qui participe du même motif. Mais il lui faut à chaque fois s’interrompre pour les besognes domestiques, les travaux de réparation et de construction, l’éducation qu’il faut donner pied à pied aux deux fils, mélange d’impatience excédée et de plaisir du partage.
Que cela te donne du courage pour continuer ton flotoir, quels que soient ses travers et ses traverses, ses torts et ses raisons. Comme il vient, sans trop savoir. Un fil que tu suis, un fil d'Ariane, dans ce travail d'élucidation, cette tentative de compréhension et d'un minimum d'appréhension de la réalité ou de ce que tu crois être la réalité qui t'entoure, le reflet de ce qui se passe dans une conscience parmi d'autres en ce début de troisième millénaire…..
(20 mai 2006)

Non ce n'est pas vain : tout travail, Florence - et surtout peut-être, quand il est de l'ombre... -, n'est jamais vain.
Rédigé par : Alain Marc | 18 août 2006 à 16h47