Peint aujourd’hui. Porte dérobée. Franchir le pas sinon le seuil. Qu’est-ce qui monte de ce jour mort, quelle petite cendre dans son urne maintenant qu’il est incinéré, cendres chaudes et pourtant éteintes? Marc de cendres ? Tu penses à ces encres tavelées, déchirées, décomposition en fragments que réinsuffle le mouvement, celui de la main, une violence qui imprime à la matière une allure de déferlement écartèlement désagrégation éparpillement, matière travaillée de trous, de puits, d’absences, d’opacités, pans murs et fenêtres donnant sur le blanc, sur le vide. Jamais les mots n’auront cette singularité, cette complexité d’un petit carré carreau d’encre déposée d’une certaine manière. Lichens, empreintes, taches, visages sous-jacents, paysages, vagues déferlantes, un geste de la main les engendre. Geste pulsionnel couplé au hasard, mais en est-ce un ? Jamais les mots n’approcheront la singularité de ces constructions, de ces enchevêtrements, de ces réseaux. Avec les mots, il faut travailler autrement, les assembler au plus près de cet informe qui t’habite et pousse comme une masse à mettre au monde
