Ce que tu dois interroger, ce sont les figures, les figures qui passent dans ta nuit, dans ton ciel, incessant cortèges d’ombres, figures réelles fugitivement croisées mais engrammées en toi, figures rêvées, figures étranges qui sont sans doute émanation d’êtres ayant vécu, disparu et qui semblent appeler. Non pas revenants ou fantômes mais substance dont seraient faits l’arrière-plan du monde, sa toile de fond. Sujets du bruit de fond de l’univers, identiques à la lumière des étoiles, myriades passées, en allées, cohortes de ceux qui furent et dont il est sans doute faux de croire que rien ne reste. Comme l’eau a sa mémoire, le temps a une mémoire et dans cette mémoire perdurent des traces indécelables mais agissantes. Écrire serait scruter ces traces dont une toute petite part s’est inscrite dans la chair des mots.