Je regarde ma main, ma main gauche, vision d’effroi. Ces tavelures, ces craquelures, ces ravines et ces traces de soc, ces fleurs de sang épaissi, enkysté, cette terre craquelée par la sècheresse, ces teintes de viande en avariement, ces taches de mauvaise aloi, ces pliures. Écriture du temps, écriture du froid, écriture engrammée du défi d’enfance. Marques indélébiles, irréversibles. Dans ce mot, âge, tout d’un allant sans tambour ni trompette mais incessant qui, aussi sûr que le filet d’eau creusant la vallée, progresse dans le vif de la chair, laboure la peau, jadis lisse et vierge, sème ses indices. Ta main, ce soir, ta main gauche, vaut Bacon, vaut la toile de Dorian Gray, vaut ta vie.
21 avril 2007