La ville ce soir sous la pluie. La ville ce soir dans le vent, crépuscule agité, ciels surchargés, pluies intermittentes, éclairages inhabituels, arrière-plans de toiles flamandes ou italiennes. Le vent, le vent toujours semble porter en lui, odeurs, non même si parfois, mais voix, états, lente parole d’un ailleurs qui est un autrui multiple, un autrui ailleurs, à portée ou hors de portée mais relié par la nappe la toile le nuage du vent. Aux extrémités nous sommes et sa parole cousue dans ces plis et replis invisibles. Me dit la force des courants, la bataille des nues et l’incessant remaniement de toutes choses. Aucune stabilité nulle part, en rien. Pauvre illusion, vies aussi instables, vaporeuses, malléables que nuages. Un soufflé d’air, un gonflement bourgeonnant et puis, dispersion. Rien à rassembler, rien à emporter, s’évaporer dans la nature, seulement. Chaque infime partie du corps désassemblée de l’autre, comme millions de grains rendus à la danse des particules. Fragile assemblage, un temps pour l’amalgame – la croissance -, un temps pour la stature – bref, si bref –, un temps – long très long – pour la déconstruction de la pauvre figure. Petits écroulements inaperçus, sûrs de leur fait : fonte de la forme dans le torrent. Ces milliards de grains de voix portés par le vent me traversent de part en part, je n’en sais rien mais j’en suis autre.
(24 juillet 2007)
©florence trocmé