Prendre à nouveau le crayon, le pic même. Ce qui creuse, ce qui ouvre, ce qui opère. Couteau et bistouri parfois à vif dans le senti, dans la chair, droit fil, sans retour. Couper, inciser, ouvrir et tenir écartés les bords de la Mer Rouge si prompts à se refermer. Regarder. Voir. Entendre. La désolation, la solitude, le no man’s land, le vide à l’infini, l’infini du vide seul infini. A perte de vue, le désert, la caillasse, le gris, le noir, le métallique, fleurs que de sable, eaux que mirages. La stérilité. Le retour à la cendre, pulvérisée la vie, éclair/éclat d’un instant, étincelle à peine dans la nuit du temps, ré-engloutie, réabsorbée par l’immense matière noire du monde passé, échelle vertigineuse. Arrêté au bord du puits, du trou noir. Regarder quand même, chercher une fenêtre allumée quelque part, une clairière, une éclaircie, une oasis de lumière, même infime un clignotement, balayage d’un phare, là-bas, très loin, signal intermittent, presqu’imperceptible. Là est. Là vit. Là demeure. Se tenir droit sur l’horizon. Que le faisceau touche le front. Au moins.