Arithmonymie
En écho à ma lecture enthousiaste et passionnée du Jardin Ouvrier, expérimentation du vers arithmonyme (principe : des
vers comportant tous le même nombre de mots) : « ni égaux ni proportionnels, pas plus "à
l’oreille" qu' "à l’oeil", ces vers qui pour cela même ne
sauraient être considérés comme métriques (fût-ce au sens large de "réguliers")
n’en sont pas moins régis par un principe relevant de la plus contraignante métrique :
celui, que le néologisme qui en épithète l’appellation a charge de désigner,
comme leur caractéristique majeure : ils sont "arithmonymes", c’est-à-dire,
constitués d’un certain nombre (déterminé) de mots. Ils relèvent donc d’une
métrique sans mètre. » (Jean-Pierre Bobillot, in Ivar Ch’Vavar &
Camarades, Le Jardin ouvrier, 1995-2003,
Flammarion, 2008, p. 201.)
Ici règle appliquée en comptant les signes de ponctuation mais pas les
apostrophes).
Nuit gravement en 5 mots
ouverture d’épais opaque gluantes
couches caoutchouc pressés empressés sons
seuls ouvrant la baleine nuit
étalée sauter pieds de tout
long sur sol visqueux et
pesante à l’image d’
ensilage sur la peau commerces
délétères échanges gazeux et corruptions
abandon cocon dilate le ventre
s’accouple à l’obscur
pénètre le bas-fond seul
le son l’entre déchire
en biseau son tissu putride
se referme sur bruit de
succion immense terrible mâchoires cannibales
ne font qu’une bouchée
du chuintement mineur [je
ne suis pas digne de
te recevoir] tape cogne
en veines partout bras flancs
de paumes intérieur de mollets
à portée de la suceuse
géante engloutissant par seaux le
plancton [tu es plancton
et sur ce plancton je
bâtirai ma baleine Achab]
pleur noir monte et tous
dorment [ils ne savent
pas ce qu’ils font
]]]]]
©florence trocmé