François
Bon
extrait d’une de ses contributions en ligne :
Internet : juste une petite vitrine sur mon atelier, comme on va boire un café chez le copain luthier. Je n'aime pas le mot « œuvre » : dans celle de Kafka, il y a ses lettres, ses journaux, ses leçons de grammaire d'hébreu, ses conversations avec Max Brod et les autres. Dans la haute solitude de Beckett, il y les 3000 lettres en 5 langues qu'il a laissées : via Internet on fait la même chose, mais à vue. La littérature dans la friction du monde. Alors oui, je compose un arbre qui s'appelle site web, avec des images, de la voix, et les livres édités en sont une composante. Désormais c'est dans cet ordre.
Je me retrouve bien là-dedans !
Photos,
dessins
n’ai plus du tout envie de les afficher en grand dans le flotoir. Mais
pourtant, parfois, il peut y avoir une certaine pertinence, si je continue à
travailler sur le principe de l’emboîtement et de l’association. Ai donc
soudain pensé à cette possibilité de les inscrire autrement.
...pour nous si conditionné ! Intriguée par la remarque d’une intervenante
dans une journée de formation disant qu’elle n’arrivait pas à lire un texte de
haut en bas sur un écran. Or il me semble que même si le texte est affiché
verticalement, il continue à se lire ligne à ligne et de gauche à droite. La
même personne est-elle gênée par la lecture, en sens inverse de notre habitude
occidentale, des livres de mangas japonais ?
J’ai eu un sentiment exquis à ne pas savoir comment lire, je veux dire, dans
quel sens lire certains textes publiés dans l’anthologie Le
Jardin ouvrier.
Textes assemblés comme les
carrés du jardin, cernés par des allées que l’on
peut parcourir en tous sens.
Leurs
résistances (paniques ?)
Je suis frappée de ces résistances, paniques souvent, aux nouvelles
technologies et par ce raisonnement sans nuances : cela va tuer le livre
(mais on ne compte plus ce qui aurait dû tuer le livre depuis cent ans !).
Obligée d’insister lourdement & toujours, lorsque je parle de Poezibao et de ce
que j’y fais, sur le fait que mon but n’est en aucune façon de remplacer le
livre, d’y substituer l’écran mais au contraire de conduire au livre,
matériellement, à son achat en librairie, à son emprunt en bibliothèque, à sa
lecture.
J’ai parfois comme hier l’impression d’être une sorte de diable, soupçonnée par
ailleurs de visées obscures. J’ai eu à rencontrer un éditeur très hostile à Internet, voire méprisant (mais je le soupçonne
de n’en quasiment rien savoir et singulièrement pas de Poezibao !). Muré
dans ses certitudes, ce que je savais tel pour avoir tenté en vain depuis des
années d’obtenir des services de presse ! Méfiance légitime quand j’ai
démarré le site, à partir de rien et totalement inconnue (mais ça n’avait pas
empêché certains de me faire confiance dès cette époque, comme Françoise
Favretto de l’Atelier de l’Agneau ou Claire d’Aurélie de Paupières de Terre et
bien d’autres encore). Et si l’éditeur en question avait été près de moi
lorsque je suis rentrée à la maison hier soir, il aurait pu constater qu’il y avait
au courrier, pour ce seul mercredi 13 mars, très exactement 10 livres adressés
à Poezibao. Oui dix livres pour une seule journée, adressés à Poezibao, pour
que j’en parle bien sûr ! Preuve que certaines croient que ça sert à
quelque chose, qu’il y a là peut-être un peu d’espace éditorial pour le livre
de poésie.
Mais il y aura toujours chez certains la défense d’un petit pré carré. C’est
sans doute ne pas comprendre que le problème n’est pas seulement de faire qu’il
y ait encore des livres, mais surtout qu’il y ait des lecteurs pour les livres.
Et que ces lecteurs il faut parfois aller les trouver, les "inventer". Et qu’avec Internet, on
peut peut-être faire découvrir à certains l’importance du livre. Cet éditeur me fait songer à un chef d’orchestre qui déciderait de supprimer plusieurs
classes d’instruments de l’orchestre, sous prétexte qu’ils ont un rôle
secondaire ou qu'ils risquent de faire ombrage au premier violon !
Je l’affirme haut et fort : de même que je lis de tout et parfois
n’importe quoi, je lis de toutes les manières,
dans les livres bien sûr, dans les revues aussi, dans les journaux, sur les
murs (requiem pour la poésie dans le métro, c’est dommage) mais sur écran
d’ordinateur et même depuis peu sur écran d’Ipod touch et demain sans doute sur
e-book. Tout ce que je demande c’est que les textes soient toujours là, accessibles, quelque véhicule qu'ils empruntent et je ne vois pas pourquoi les supports s'excluraient les uns les autres.
Emboîtements
Emboitements, associations, ascenseurs vers le temps arrière, remixages.
Mémoire-labyrinthe avec pour fil l’association [voir les emboîtements de
« de » de Tarkos, relevés dans le Jardin Ouvrier]. Échelles de cordes
pour descendre dans le puits.