Mort des
cellules, 2008, 2004, 2000…..
Il existe pour une cellule non pas une mais trois façons de mourir. A côté du « suicide » cellulaire, ou apoptose et de la phagocytose dans laquelle une cellule en mange une autre, on vient de
mettre en évidence l’entosis,
processus par lequel la cellule va mourir au cœur d’une autre cellule.
L’article sur l’entosis fait remonter
de nombreux souvenirs et en particulier une rencontre avec Jean-Claude Ameisen
en 2004. Lecture alors de La Sculpture du
vivant et découverte du nom de la mort cellulaire programmée, apoptose ;
c’est un nom qui signifiait chute en
grec ancien et qui était utilisé pour décrire la chute des feuilles d’arbre en
automne ou la chute des pétales. Une bonne métaphore pour une mort à la fois
naturelle, inéluctable et programmée. Il y a selon Ameisen une analogie entre le
fameux Chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles qui s’efface
progressivement et la façon dont se déroule l’apoptose : « la cellule se détache de ses voisines, implose, puis se
dissout sur place progressivement. Mais comme persiste un temps le sourire du
chat, alors que le chat n’existe plus, il reste quelque chose de la cellule qui
s’efface. Ce sont des signaux qu’elle libère dans son environnement, ce sont
des phrases qu’elle prononce en mourant » (Jean-Claude Ameisen, La Sculpture du Vivant, p. 65) (1er avril 2004)
Et fouillant dans l’épaisseur du flotoir, je découvre que mon intérêt pour le sujet remonte encore au-delà, à 2000 et à la découverte de cette notion d’apoptose dans Le Sens de la Mémoire de Jean-Yves et Marc Tadié (Gallimard, 1999) : une cellule ou un groupe de cellules, avais-je noté alors, devenant inactifs ou non stimulés ont la capacité de se détruire. Le terme d'apoptose qualifie cette forme de suicide à l'échelon cellulaire. Cette notion est importante pour comprendre certains phénomènes de l'oubli (2 avril 2000)
Ce que je cherche à cerner, à suivre à la trace, ce sont ces courants profonds d’intérêt, parfois pour un sujet très précis, ici la mort de la cellule, ou pour une question plus ample, tout ce qui a trait à la mémoire par exemple. Croyant m’engager sur un terrain vierge, il m’arrive souvent de découvrir que je me suis déjà aventurée des années auparavant dans ces eaux-là.
L’extrême
difficulté
L’extrême difficulté à imaginer l’état sans dans l’état
avec, l’autre état quand état-là, calme quand vent, été quand hiver, froid
quand chaleur, arc-en-ciel quand gris-chape. Eprouvée impossibilité, épreuve du sens
interdit, aiguilles à rebours, rebrousse poil, film rembobiné, cheveux du
chauve, incisives de l’édenté, oreilles du sourd et couleurs pour l’aveugle. Or
chacun dans cette impossibilité éprouvée à penser l’autre état de l’état-là est
aveugle sourd muet. Et quand l’état-là cède brusquement, sans transition de
phase, à l’état autre, les codes de sécurité
intérieure sont désarmés, descellés .
Tarkos dans
Le Jardin Ouvrier
Des emboîtements de « de » à perte de vue. Vertigineux. Sans système.
De passage, là, par nécessité.
Ch’vavar
« il pleut d’une pluie fouettée de vent,
semblable à une tempête liquide »
Ivar Ch’Vavar que je lis qui décrit ce qui se vit derrière la vitre là où je
lis dans le lit et le livre au sec du mouillé proxime.
Toujours le jardin o., toujours Suel et Tarkos, les
Africains et le picard, et des brouillons de Bernanos (brouillon écrit, on ne montre
pas la rature on la retranscrit intégralement, idée superbe). Pléthore de
textes passionnants.
Vent encore,
s’y habituer
Vent va vogue rafle et hale feuilles et mots, houles et
vagues déferlent folles gouttes ivres de vent folles au vent avant vent arrière
ventre de tempête tempes en feu fines gouttes goulument bues par le noir tissé
de vent invisible vent ventant vent dont ne vois qu’effets vagues déviations
troubles trombes et torches couchées vent éprouvé invu vent volant de hautes et
basses pressions circulations effrénées ravitaillement en vol de masse en masse,
cou tendu, faire lien vent liesse du vent ventre mou force de frappe drosse le
cargo vers la plage, d’une voiture crêpe en poêle cul par dessus tête, d’un
arbre fétu et d’eau pilon à hacher menus petits moutons, gros matous, grandes
maisons. Creux du vent, chambre sourde dans l’œil, déferle haute la nuit.