Inculte encore et « la maladie du sens »
Toujours dans Inculte et selon le même
principe, un romancier parle d’un livre de poésie, voici Oliver Rohe sur Jean
Louis Giovannoni (L’Élection). Il y
est question d’une lecture qui « guérit le lecteur de cette maladie du
recouvrement d’un texte par le sens. Que veut me dire ce texte ? Que me
dit l’auteur ? Quelle est la signification de ces phrases. Voilà le genre
de plis que le livre nous force à suspendre
au profit d’une expérience nouvelle, autre, de la lecture » (49)
→ La maladie du sens, du « comprendre », les "je n’ai rien
compris", "je n’y comprends rien", qui me sont souvent opposés
en ce qui concerne les choix de l’anthologie permanente de Poezibao (opposition honteuse ou agressive, ce qui recouvre
la même gêne).
→ mais plus je lis de poésie, plus le mystère s’épaissit [de même plus j’ai « connu »
la musique, plus j’ai cherché à comprendre un peu de ses règles techniques, de
son fonctionnement et mieux sans doute que je ne l’ai fait à ce jour pour la
linguistique, plus l’énigme de ce qu’elle est m’est apparue impénétrable. Plus
je « connais » de poésie (et c’est bien peu, j’en suis totalement
consciente), plus elle me semble hors de ma préhension, de ma compréhension, de
mon appréhension. Ma seule ressource, l’écoute la plus intense, la plus
présente qui [me] soit possible. Sans jugement, sans préjugés, sans a priori, sans goûts préétablis. Où seul
demeure – car de lui je ne peux me défaire – l’espoir d’une jouissance, espoir
souvent déçu mais puissant moteur.
Écrire pour rien
Si je sais pourquoi je lis, si je sais pourquoi j’écoute [et joue] de la
musique, je ne sais pas pourquoi j’écris, pourquoi parfois je dessine, pourquoi
il m’arrive de prendre des photographies. Graphies
en effet que tout cela, lutte contre la mort, contre le vide, contre le rien,
le rien à dire, le rien à faire, le toujours trop tard, le
pas assez, le dépassé. Cela seul, écrire, petits tas de mots, cailloux de
Poucet pour soi-même et un hypothétique et
néanmoins indispensable autre, écrire pour presque rien. Le minuscule
interstice du presque.
Identité
La constitution de l’identité propre est sans doute un des défis majeurs pour
tout homme. Si fragile, toujours menacée de l’intérieur et de l’extérieur, elle
l’est d’un degré supplémentaire aujourd’hui par l’irruption de l’identité
virtuelle, le règne des pseudonymes (qui ne sont pas, il s’en faut de beaucoup
les hétéronymes de Pessoa ou de Ivar Ch’Vavar...) et des avatars.