Hôtes permanents, amis
de passage
Encore une belle soirée de lectures croisées, de celles qui
me nourrissent, et en plein accord avec l’idée de la lecture permanente,
plurielle, boulimique, bordélique, singulière, féconde, à l’image de la vie,
que je défends. Croisements de Jean-Pascal Dubost, de la lettre d’information
des Éditions de l’Amourier, de la Quinzaine littéraire, présences, oui
présences outre celle de Jean-Pascal de Montaigne, Mme de Sévigné, Bernard Noël,
Françoise Clédat, Leopardi, Breton, Marie Etienne, Susan Sontag ; et je
sais et je dis l’immense privilège, car c’en est un, pour toutes sortes de
raisons, sociales, historiques, que tous ceux-là fassent partie de mon for
intérieur, m’habitent, à des titres divers, hôtes permanents, amis de passage,
désirs..
Et est-ce un hasard si me revient en ce moment le désir bien particulier des listes ? Qui fut à l’origine du flotoir, qui a commencé par des listes,
pour se détourner bien vite de ce qui était finalement un procédé stérilisant. Mais
pour la seule journée d’hier m’est venue l’idée de faire une liste de tous les
pays et langues déjà approchés dans Siècle 21, la liste de toutes les occurrences de lecture d’une journée (toutes, de la lecture presqu’inconsciente
et purement informative jusqu’à la lecture volontaire, « savante » ????!!!!
- tâche à mon sens strictement impossible....) ou à l’instant la liste de tous
ces poètes, écrivains, musiciens qui m’habitent, qui sont des compagnons au même
titre que maints vivants.
Je lis tout
Ces mots de Jean-Pascal Dubost (un article-entretien paru dans le
Français d’Aujourd’hui, n° 160) pourraient être une réponse à la question de l’ouverture
du champ de Poezibao qui parfois
trouble ou dérange certains :
« Je lis tout, trouve un intérêt dans des écritures radicalement
différentes, de Denis Roche à Jacques Réda, d’Eric Sautou à Sophie Loizeau, d’Andréas
Zanzotto à Seamus Heaney. Chacun porte et montre une expérience de langage qui
lui est propre. Ça me nourrit. Parce que j’ai faim, une faim insatiable de
mots, je suis logophile. Ça creuse, une circulation intérieure.»
Et je « monte » ici, dans le fil de la réflexion et selon un procédé qui m’est cher,
un autre texte croisé presque dans le même temps, texte issu de la préface
donnée par Breton, en 1962, au livre cosigné avec Karel Kupka, Un art à l’état brut (texte cité dans un
article de Georges Raillard, dans la Quinzaine littéraire, n° 969, p. 17) :
« Aimer, d’abord. Il sera toujours temps, ensuite de s’interroger jusqu’à
n’en vouloir plus rien ignorer. Avant comme après cette enquête, c’est la
résonance intime qui compte : sans elle au départ on est presque
irrémédiablement démuni et rien de ce qu’on aura pu apprendre n’y pourra
suppléer si chemin faisant, elle est perdue [...] On n’y insistera jamais trop :
il n’y que le seuil émotionnel qui puisse donner accès à la voie royale :
les chemins de la connaissance, autrement, n'y mènent jamais. »