Conjonctions
Comme si souvent, deux lectures apparemment sans aucun rapport entrent en
vibration, se répondent. Un très beau texte envoyé par Isabelle Baladine Howald sur une visite
qu’elle fit à la tombe d’André du Bouchet à Truinas ("La Douleur du retour", à paraître à l'automne dans la Revue alsacienne de Littérature) et la découverte du
poète espagnol Claudio Rodriguez, présenté hier dans l’anthologie permanente de
Poezibao, à l’occasion de la parution
de son premier livre traduit en français, Don
d’ébriété (Arfuyen, traduction de Laurence Breysse-Chanet)... Le trait d’union,
la marche, la marche si présente dans l’œuvre d’André du Bouchet, la marche
fondatrice dans celle de Claudio Rodriguez qui enfant s’échappait des journées
entières dans la campagne, qui écrivit son premier livre, ce Don d’ébriété, à 17 ans, en marchant....
Des liens de la marche et de la composition de poésie (on peut aussi évoquer
Roubaud sur ce sujet et sans doute Réda, et bien d’autres...) et de fait je
songe aussi à ce texte de Jean-Pierre Chambon (« le rythme auto-hypnotique de la marche »)et au montage
que je fis alors dans l’anthologie permanente autour du thème de Paris et de la
marche dans Paris....
Telle serait ma façon d’envisager l’hypertexte ! Non pas un tissage plus
ou moins artificiel de « liens », mais plutôt une pratique mentale,
intérieure, de mise en écho, d’enrichissements mutuels de textes, d’images (tableaux,
films, photographies). Attitude de recueil, de glâne, de merz même parfois et travail artisanal de montage, quilt, patchwork
(et ces mots-là pourraient aussi définir le travail de Patrick Beurard-Valdoye qui
m’a mise sur la piste de Schwitters). Vie autre des textes, vie autre de l’archive,
sortis de la solitude des livres et des registres, mis en regard, composés,
montés, cousus ensemble. Faisant œuvre à nouveau, dans l’écho.