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Rédigé par Florence Trocmé le 21 novembre 2011 à 11h02 dans cailloux-têtes | Lien permanent
figures noires découpages d’enfant
l’ombre s’allonge et s’étend couchant couché, corps et âmes étales feuilles mortes et contre-jour – figures noires découpages d’enfant et silhouettes stand de tir – passent et repassent les cohortes anonymes visages délavés d’uniformité, regards programmés, cerveaux obliques d’obligés, ombres, à peine, passagères seulement, longues ombres pâles piétinées sans relâche
Trajets – quitte l’usuel
trajets – quitter l’usuel, aller graduellement vers du moins connu, plus de laisse, plus d’ancre ni d’attache, franchir les limites en cercles concentriques – à contre-jour toujours avancer vers de l’inconnu, du côtoyé, de l’infréquenté, de l’imaginé, le faire coaguler en réalité incomprise, en blocs d’évidence, en grumeaux résistants – emprunter des passages étranges, pentes, étroitesses, silences soudain juste derrière le bruit, tunnel à l’intérieur même du vacarme, poche – capter les signaux, les laisser entrer sans décodage, superposition des temps, un avion dans le ciel, flash-back, un tramway, un train, glissades temporelles, avant, arrière sur des rails filant flou et soi, attente, tangible, voudrait-on (et ne l’est)
Je lis Oppen
je lis [Oppen que j’aime], ne lisais pas plus donc n’écrivais plus pas
et je pense lisant Oppen à ces milliers de poèmes que je sème jour après jour
je me demande lisant Oppen si je reviendrai à ces poèmes que j’aime
je me demande lisant Oppen si on doit [pas un devoir !] revenir à un petit lot [pas une marchandise] de poèmes, comme à des musiques aimées, très peu
je me demande pensant à Oppen ce que font des poèmes envoyés ceux qui les reçoivent
et lisant Oppen me demande comment ils lisent ces poèmes, et s’ils les relisent, les remisent, certains, certains
lisant Oppen j’écris, lisant Oppen, je repense et revis et vois car Oppen voit, et donne à voir, bateaux, ports, ponts, enfants dans les bras des pères, arbres et graines
Rédigé par Florence Trocmé le 21 novembre 2011 à 10h50 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Rédigé par Florence Trocmé le 10 novembre 2011 à 17h25 dans cailloux-têtes | Lien permanent
Ivar Ch’Vavar
reçu il y a peu la proposition d’Ivar Ch’Vavar pour le feuilleton de Poezibao. Sollicité par le site, il s'est totalement investi dans ce projet, produisant plus de 2000 vers justifiés, en une sorte de poème-récit, à la fois épique et intime, qui joue à fond le jeu de feuilleton, avec coupes abruptes, suspens, résumé de l’épisode précédent. Avec échos subtils entre histoire apparente et contenu latent, une réflexion sur la poésie, la prose. Un texte bourré d’allusions à déchiffrer, découvrir petit à petit avec fort arrière-plan de contes, légendes, peurs ancestrales… une sorte de fleuve de mots, charriant idées, sensations, réflexions, non pas un flux de conscience, car plus canalisé que ça, mais plutôt, permis sans doute pas le cadre strict du découpage en feuilleton et du vers justifié, une sorte d’affleurement d’inconscient. C’est très fort et très beau et j’avoue ici ma fierté d’avoir suscité cela.
Glu du temps
plan, surface, et le regard | arrêté, mur de glace, de verre, de béton – passer outre, autre, entrer dans l’antre et l’entre, creuser ce tunnel à vif dans la matière de rêve – vriller au-delà de la surface plate, en spirales et diagonales – où es-tu vérité de ce pan de mur, où es-tu sens de cette scène, vous, passants, qui vous arrêtera dans votre danse folle, flot ininterrompu d’électrons, conditionnés à trajet, à redites, à passages encore et toujours ? –allant sans élan, glu du temps et ouate étouffante de ce qui semble venir
Rédigé par Florence Trocmé le 09 novembre 2011 à 17h10 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Georges Oppen
Je lis quelques poèmes chaque soir, comme un distillat (George Oppen, Poésie complète, José Corti, 2011). Très forte impression. Sentiment avec ces tout premiers poèmes écrits en 1934, « Série discrète », d’un travail à partir d’un instantané, réel ou mental, une prise de réel, éphémère mais fortement parlante, que le poème tente de transcrire. Le mot » série » du titre est peut-être lui-même une sorte d’indice, non pas qu’il faille absolument savoir ce qui inspira ces textes, images réelles, images intérieures, captation bouleversante d’une sensation englobante (quelque chose à voir avec le sentiment océanique ?) mais pour induire l’idée d’une séquence, d’une construction en variations autour d’un point donné. Série « discrète » aussi, rien d’appuyé ici, plutôt quelque chose à découvrir petit à petit, tels ces « visages figés déjà lunaires » (29), dans un poème qui se clôt moriendo par ces mots, alors que l’ouverture, quasi fortissimo, parle d’un « chœur sémaphorique ». En quelque mots, un trajet comme un lancer, elliptique et percutant. L’image de l’illusion.
ce tronc
ce tronc, racines renversées, boire le ciel, fiché en terre, cœur en pointe de diamant à trancher net le fil de sève pétrifiée
ce tronc, ligneux, veines sur peau immense tendue en travers d’un temps passé à la trappe
ce tronc, ancré en profondeurs inaccessibles, écrasées de béton, soulève la dalle du tombeau et l’eau infiltrée tenace et discrète pour creuser un chemin
ce tronc, nœud de sentes, de failles, monde de précipices et d’aspérités, en chaque point un filon, face nord à gravir, angles, creux, voûtes et gouffres, ce tronc
Rédigé par Florence Trocmé le 06 novembre 2011 à 10h00 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Gravité
Il est temps de retourner à la gravité (double sens du mot) = aux livres = au flotoir = au carnet. Tenter la réflexion, quasi impossible pour cause 1. d’incompétence fondamentale, 2. de bruit ambiant.
Bombardement incessant d’informations affolantes 1. par nature, 2. parce qu’elles sont totalement contradictoires, 3. car se pose de plus en plus la question de leur fiabilité.
Sirènes aux habits variés, par définition puisque sirènes, séduisantes et si douées pour engendrer l’addiction (= oxymore : engendrer la stérilité)
Impossible de se retirer dans une cabane ou sur une colonne dans le désert mais il faut tenter de se donner les moyens d’un minimum de retrait, qu’on peut appeler autrement : réflexion, pensée.
Retour au livre, non par sacralisation de l’objet mais parce qu’il semble le plus apte aujourd’hui à épauler le retrait, à le favoriser : cabane dans la forêt, colonne dans le désert, livre.
Se donner du temps hors des connexions kaléidoscopiques, trouver du temps de cerveau hors branchements, non envahissable, ni à louer, ni à vendre, ni à disposition. Sauf pour le tête à tête exigeant auteur / lecteur. Sans écran (entendre dans cette formulation ce qu’elle dit ! l’idée d’une barrière imposée, cela fait écran), sans sous-jacentes et sur-jacentes électroniques et saturées.
Eliot Weinberger
Ouvrant le livre Poésie complète de George Oppen, dans la préface d’Eliot Weinberger, écrite pourtant il y a bien longtemps : « en ces temps de mutations et de désastres qui prenaient parfois un tour apocalyptique » (7)
→tellement actuel, devant l’aggravation constante de l’énorme crise monétaire et économique qui ébranle l’Europe et les conflits sans solution qui déchirent tant de pays.
George Oppen
« Certaines choses
Nous entourent « et les voir
équivaut à se connaître »
C’est encore Weinberger qui cite ces vers d’Oppen dans sa préface (10).
→ce qui me ramène à ma réflexion initiale. Si je regarde ce qui m’entoure, cet inimaginable désastre économique en cours mais aussi cette effervescence créatrice dans certaines pays arabes, je dois non seulement en connaître, mais aussi tenter de comprendre, voire d’accepter en quoi cela me représente, en quoi nous avons à voir, ces choses et moi. Peut-être la cabane ou la colonne, mais temporairement et pas pour fuir.
Lune du 1er novembre, 1
Immense quartier orange chaud, concurrence déloyale de l’enseigne insolente et là-bas, le parthénon, avec lune dérisoire.
Splendeur vacillée, construction menacée, les vents couvent à l’intérieur même des fûts, le feu circule dans la terre, veines de tourbe et dans l’air inodores et incolores redoutables effluents.
Jubile la grande Entropie, mécanique et moqueuse, que le manège s’emballe ! et que les petites âmes s’enfoncent dans l’espace sidéral, en gain de vitesse et perte de vue à jamais, vers l’extérieur du monde.
lune du 1er novembre, 2
jaune orange
là où toujours rien
insolite tache
hostile aux néons et diodes
apparence faible, occurrence forte
permanence versus éphémère
riant, solide devant le transitoire
air d’éternelle
Rédigé par Florence Trocmé le 02 novembre 2011 à 11h05 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent