Ciel
hier belle lumière de fin d’après-midi – ce matin brume, grisaille, 10°8, humidité mais pas de pluie, la sécheresse persiste.
Lectures
des notes de Claude Mouchard pour un prochain feuilleton de Poezibao, une pièce de Liliane Giraudon, même chose, une partie du nouveau numéro de la Quinzaine Littéraire avec une belle salve d’articles sur la poésie (Venaille, Paul Louis Rossi, le comité de la revue Po&sie et d’autres encore à lire). Bel article aussi sur Apostille de Genette et sur le Metamaus d’Art Spiegelman. Et toujours Le Dépaysement.
Paul-Louis Rossi
« J’ai le travers d’aimer seulement écrire [bonne qu’à ça, ainsi commence le Vrouz de Valérie Rouzeau, dans le sillage de Beckett !]. Non pas écrire pour moi, mais écrire pour écrire. Ensuite je classe et j’ai une difficulté à m’occuper des partitions » (Quinzaine Littéraire n° 1056 p. 11)
→ Partition à entendre de nouveau dans son double sens, la partition musicale et ce qui sépare.
→ Je me reconnais tellement dans ce propos, avec ce flotoir pléthorique qui mêle tout et dont, malgré quelques rares demandes, il m’est quasi impossible d’extraire de quoi faire de petits ensembles un peu plus cohérents….
Capture des intensités (Marielle Macé, Gracq)
Dans le livre de Marielle Macé, belles pages sur Gracq dont j’extraie cela : « Je crois que la manière d’être de Gracq lui est entièrement venue des phrases de Breton ; et cette manière d’être, ce façonnement durable de son corps, c’était un style perceptif » (op. cité, p. 74). Chez Breton, Gracq a découvert très jeune « un talent à saisir les forces et les beautés de la vie sensible pour les restituer en phrases » et enfin « le fait d’être soi s’exposait chez lui en une façon de voir, d’écouter, d’agripper : une capacité de capture des intensités »
Superbe formule, et non moins superbe programme : capture des intensités, là où le motif bouge, dirait peut-être Jean-Christophe Bailly, dans l’apparemment plat, dans l’indistinct de l’immensité du flux permanent du réel ; être capable de sentir, voir, agripper des intensités. Et quand ce talent s’allie à celui de les restituer en phrases, présence d’un grand écrivain !
Une augmentation d’être (Macé)
« Ce qui est en jeu dans la lecture, c’est bien le contact d’une attitude avec une autre, d’un goût avec un autre, qui recharge l’idée de "préférence" (dont Gracq a fait un titre). (77)
→ recherche des préférences des auteurs : achat récent en ce sens des recueils des notes de lecture de Magris et Coetzee… ! Circuler dans les goûts d’un autre, découvrir chez lui et par lui des goûts nouveaux, pour des auteurs non encore identifiés comme des préférences potentielles, tout ce jeu de circulation, intimement vivant, dans le sensible, sans distinction entre ce qui est réellement perçu et ce qui l’est via la lecture. « Je me rends capable d’agripper au dehors ce qui me convient, je consens à en être saisi, en ne m’intéressant comme Nietzsche qu’à ce qui sera pour moi la promesse d’une augmentation d’être. » (78)
Tel livre est-il susceptible d’apporter une augmentation d’être, ce pourrait être un critère de jugement. Avec toutefois la difficulté de savoir si cette augmentation d’être est personnelle, un peu plus générale ou universelle. On retrouve de nouveau l’idée des cercles d’intensité de de puissance des œuvres d’art : très peu d’œuvres au noyau de la sphère… œuvres pour tous ?
Bergounioux et l’effet Zeigarnik
dans le livre d’entretien avec son frère Gabriel, Pierre B. a choisi et monté des extraits de ses livres qui sont en rapport étroit avec ce dont ils débattent à ce moment-là.
«Je suis parti de Pierre Janet. La mémoire est une persistance accompagnée de reconnaissance. J’ai essayé d’indiquer les circonstances de son apparition, le fort degré de nécessité avec lequel un processus obscur, étroit, séculaire, inchangé a suscité, soudain, parce qu’il d’effaçait, le détachement, la conscience, le récit. [...] Un psychologue, Zeigarnik, dit qu’on se rappelle surtout ce qui demeure inaccompli. Ce qu’on projetait et qui ne s’est pas traduit par des actes [...] je me rappelle surtout des commencements, les jours interrompus, le pays perdu. Écrire est encore une façon d’agir, la suite [...] de ce qui n’a pas trouvé sa résolution. C’est l’effet Zeigarnik. Le reste est consumé dans le présent pur » (La puissance du souvenir dans l’écriture, éd. Pleins feux, 2000, p.39, cité in Pierre Bergounioux, L’Héritage, Argol, 2008, p. 146)
→ découverte très passionnante de cet effet Zeigarnik et envie immédiate de le tester. Et question liée, quid de cet effet dans le domaine de la psychanalyse ?
Mais ici la phrase la plus mystérieuse et surprenante n’est-elle pas la dernière : le reste est consumé dans le présent pur. Feu !
Serait à gloser, très longuement….