Ciel
Retour de la lumière, très belle ce matin, mais aussi de la fraîcheur, un peu moins de 5° ce matin.
Idée et énergie (Magris, Schiller)
« Une idée pour devenir efficace et agir sur la réalité, doit devenir une énergie », propos qui serait de Schiller et cité par Magris dans le bel article qu’il lui a consacré dans le Corriere della Sera, en 2005 et repris dans Alphabets (CM, 102)
→ en fait cela tourne autour de la question de la motivation, étymologiquement si je ne me trompe pas, ce qui met en mouvement. Que d’idées très belles, prenantes même, et qui restent lettre morte (idées de livre, désirs de connaissances, etc.) parce qu’en fait, elles ne sont pas mues, au niveau profond, souvent inconscient, par une énergie. Magris développe d’ailleurs en appui un exemple qui a trait à la psychopathologie, celle de l’agoraphobe qui a beau savoir qu’il ne craint rien à travers telle place, ne pourra agir tant qu’un certain nombre de modifications intérieures, impliquant de l’énergie psychique (et un déplacement de celle-ci), ne seront pas en œuvre.
Cela me renvoie aussi à Antoine Emaz qui très souvent parle d’énergie et souhaite volontiers à ses correspondants « bonne énergie ». Qui tourne autour de cette notion souvent dans ses notes et dans ses poèmes. À rapprocher aussi de l’idée biblique il me semble que « qui a la foi, soulève des montagnes ».
« Une pensée des possibles » (Marielle Macé)
Sous cette belle formule (MM, 120), une énergie latente ! La lecture de tel ou tel livre me montre ce que je peux (ou ne peux pas !) faire, réaliser, entreprendre. Elle a souvent été le moteur d’une action bien précise. À rapprocher peut-être de l’idée des « livres-ha » proposée par Jean-Pascal Dubost, dans le sillage du préfacier d’Anna et Mister God… ces livres qui atteignent le centre nerveux de l’être. Et si le centre nerveux est atteint, il y a une chance pour que des mécanismes dynamiques, appropriation et éventuellement agir, s’enclenchent. Avec potentiellement « une augmentation ou un prolongement de soi vers l’ampleur de l’humain » (MM, 121). Et un peu plus loin, Marielle Macé enfonce le clou « avoir des possibles devant soi, c’est ce que Sartre a ressenti au cours des années 30, il appelait cela "être mille Socrate". »(122). Sans aller aussi loin, être soi, un tout petit peu plus, grâce au livre, amplifier son sens de l’humain et son appartenance à l’humain, se découvrir des possibles concrets, ambitieux ou tout simples, ce ne serait déjà pas si mal !
La question du possible devant soi, est aussi « jusqu’à quand » et la réponse me semble devoir être, le plus longtemps possible, même avec restrictions imposées par la limitation du temps qu’il reste à vivre et aussi des possibilités physiques, psychiques, mentales propres à chaque âge. Bref, de l’énergie. Et toujours se souvenir que « la force pragmatique de la littérature réside justement dans sa capacité à instituer du "comme" ». Et si passé un certain seuil dans sa vie, on ne peut plus partir découvrir les sources du Nil, on peut sans doute longtemps s’en aller à la recherche de quelques sources plus proches, en soi et chez les autres. Grâce aux livres. La lecture invite à « ne pas regarder les récits comme des dispositifs narratologiques inertes, mais comme des supports d’opération mentale. L’œuvre a une capacité dynamique de retentissement existentiel. » (MM, 126)
sonde, onde
sonde, onde en profond, traversée de soi, accrochage d’œil roulant – scrute, intense, autre, présence pure, sans mots, ni soi, ni demain, pur présent.