Ciel
Beau, oui mais, toujours ce voile de pollution – 8,9°
« Se laisser déplacer » (Liron, Dupuy)
Dans l’avant-propos d’Armand Dupuy à Lyon-Béthune, consacré à des peintures de Jérémy Liron, cette remarque qui entre en résonance avec une note récente d’Isabelle Pariente-Butterlin : « se laisse déplacer tout en notant les pensées diffuses dans leur succession confuse ».
→ cela s’applique aussi bien à la lecture qu’au fait de regarder des œuvres d’art ou d’écouter de la musique. Ne pas plaquer son schéma affectif, cognitif, émotif, mais se rendre disponible, ce qui est loin d’être évident…Un peu comme si on laissait vibrer certaines cordes cachées au contact de l’œuvre. Il ne faut pas pointer trop précisément le télescope parfois.
Révélation (photographique)(M. Macé)
« la capacité sartrienne à s’emparer des romans comme d’autant de forces, d’occasion de "transfusion" de temps et de sens » (Façons de lire, manières d’être, 141)
Transfusion souvent, mais aussi parfois révélation au sens photographique, non pas un élément étranger, un sang neuf venu d’autrui, mais quelque chose qui était là, latent, mais non connu encore. La pellicule a bien été exposée, souvent par des lectures antérieures au demeurant, mais elle n’a pas encore été développée !
« passion triste »
Certains ne peuvent comprendre la poésie comme certains sont amusiques ou dysmusiques, incapables d’entendre et goûter la musique. Ils seraient a-poésiques ?! Sartre sans doute ? : « la beauté de ces images à la fois comble et blesse Sartre car il ne peut pas s’y unir » (MM, 151) et « Voilà la véritable "passion triste" : le face-à-face avec la beauté d’une forme qui reste "sans rapport" avec le corps de ce sujet-là, qui s’éprouve incapable, sans promesse de puissance et de possibilisation. » (MM, 151)
→ il faudrait pouvoir admettre une sorte d’incapacité, voire de handicap à percevoir certaines dimensions artistiques. De nouveau, l’exemple avec la musique, qui me renvoie au livre d’Oliver Sachs Musicophilia, où il présente toutes sortes de cas de surcapacité ou d’incapacité à percevoir et comprendre la musique.
Narration, figure, rythme (Ricœur, macé)
Dans les pages 155 et suivantes, Marielle Macé se livre à une critique des positions de Ricœur qui se serait trop attaché au narratif et elle propose « d’élargir à un chiasme général des sujets et des œuvres l’articulation entre formes littéraires et formes de vie (que Ricœur a réservé au genre narratif.) ». Il faudrait, poursuit-elle, « envisager à côté d’une vie en forme de récit, une vie en forme de figure », affirmation qui me semble très importante et féconde. Non pas quelle est mon histoire, angle dominant pour considérer toute vie, mais plutôt quelle figure, ici présente, aujourd’hui constituée, suis-je ? « Ricœur aurait pu affirmer, à côté des formes d’une identité narrative [...] une "identité stylistique", par exemple une pensée des rythmes et des formes figurales du moi ». Un peu avant dans le livre, Marielle Macé a évoqué Michaux disant dans Passages : « Le mal, c’est le rythme des autres ».
→ le rythme & la figure comme autres modalités de la subjectivation. Mode musical et mode pictural de l’être… qui n’est pas qu’une histoire, mais quelque chose qui advient à chaque instant, se forme et se déforme, apparaît et disparait. Dans un tempo et sous une forme plastique et pas seulement en tant que moment isolé sur une trajectoire. « Dans cette pensée, l’individu ne se reconnaît pas aux lignes de force d’une histoire qu’il s’efforce de regarder par-dessus son épaule, mais comme une "manière d’être très particulière" » (d’après Merleau-Ponty, cité in MM, 158)
→ je ne suis pas récit, je suis fragments, aucune linéarité narrative, peu de souvenirs construits autour d’un axe-temps, mais une multitude d’éclats plus ou moins nets, aboutissant à un façonnement, en partie temporaire, figure, oui plus que récit, « dans un aller-retour permanent de discordances et de rééquilibrages rythmiques » (MM, 159)
Poésie (M.Macé)
en fait la citation qui précède est extraite d’une analyse sur la poésie, que je transcris ici et reproduirai sans doute dans les « Notes sur la création » de Poezibao : « dans un aller-retour permanent de discordances et de rééquilibrages rythmiques, la poésie éprouve notre tempo intérieur [...] Le vers est cette façon particulière de découper le flux continu de la parole qui entre en concurrence avec les règles de la grammaire ; il crée des seuils là où on n’en perçoit pas habituellement, et produit donc un espace de tensions, de déphasage, en organisant pour le lecteur un jeu complexe de concordances et discordances rythmiques » (MM, 159)
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