Ciel
très beau temps, comme hier toute la journée, lumière douce, fraîcheur, une douzaine de degrés ce matin.
Lectures
Particulièrement diversifiées ou…dispersées ! Hier matin deux ou trois très beaux articles du site d’Isabelle Butterlin, puis Le Monde, avec notamment un très intéressant article sur les adultes surdoués. Ensuite un article sur les droits d’auteur (en allemand), le premier des 39 petits récits philosophiques de Casati et Varzi, deux chapitres de Don Quichotte dont celui de l’espèce d’autodafé des livres de sa bibliothèque censés le rendre fou, le chapitre sur Simon Hantaï du livre de Dominique Fourcade et un peu du livre (e-book) de Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi.
Casati et Varzi
Livre recommandé dans son site par Isabelle Butterlin. La première histoire est plus que troublante, car elle vous échappe complètement. C’est une histoire de miroir, un homme est dans une chambre d’hôtel, il vient d’y arriver et envoie un certain nombre de message à une certaine Laura. Au début, il parle de ce très beau miroir comme d’un objet remarquable, puis au fil de la vingtaine de messages, le miroir occupe une place de plus en plus centrale, envahissante, angoissante, même, on sent que le personnage est comme pris dans les sables mouvants de la glace (!), il se voit en double mais le banal de la situation cesse d’être banal, il y a vraiment deux personnes, il ne sait plus qui est qui, etc.
→ D’une certaine façon, cela n’est pas sans rapport avec la question de l’atelier d’Isabelle PB : celles des définitions circulaires, qui se mordent la queue, où l’on se sert au départ de mots mal définis pour en définir d’autres et retomber in fine sur le mot initial…. on a dans ce premier conte ce sentiment, d’une sorte de circularité infernale, dont il est impossible de sortir. Que l’on peut expérimenter, très concrètement soi-même, semble-t-il, en se posant une question du type qui suis-je ? Cela devient très vite une sorte de terrifiante course à l’abîme où tout sentiment d’identité disparaît, comme un mirage, au fur et à mesure que l’on s’en approche. (Roberto Casati et Achille Varzi, 39 petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité).
Doueihi et l’humanisme numérique
(En aparté initial une petite restriction sur l’usage, si satisfaisant de la liseuse Kindle : le texte réduit à la page Kindle et une certaine difficulté malgré tout à circuler dans les pages, pour consulter le plan par exemple, rendent l’approche du livre plus difficile. Il faut redoubler d’attention et de concentration pour placer soi-même les repères.)
« L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle est une culture, dans le sens où elle met en place un nouveau contexte, à l’échelle mondiale et parce que le numérique [...] est devenu une civilisation qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs » (Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, publie.net, p. 5)
De l’hybride (Doueihi)
Intéressante remarque de Doueihi : « Le numérique représente le triomphe de l’hybridation généralisée aux objets et aux pratiques » (8)
→ il y a en fait un rebrassage considérable et parfois affolant pour les sens et pour l’esprit (l’identité) de tous les éléments, un effacement de certaines frontières très endiguantes, une absence momentanée de marquage, comme sur une autoroute ! Un flou entre le réel et le virtuel, lesquels semblent devoir être redéfinis.
Hybridation me renvoie aussi au beau texte de Paul Louis Rossi choisi vendredi dernier pour l’anthologie permanente de Poezibao : « Inventer un art de la segmentation. Un peu comme on taille les arbres en automne. Comme on pratique l’art de la greffe »
N’est-ce pas au fond ce que ferait le numérique, selon la thèse de Milad Doueihi ?
→ d’où aussi la nécessité de tenter de penser cette mutation, de ne pas seulement la subir, d’en comprendre quelque chose, ce qui est particulièrement difficile quand on est pris dans le courant, un flux puissant, qui entraîne tout. Pas facile pour le nageur de calculer le débit à la seconde du fleuve, alors qu’il est immergé dans ses eaux ! Travail collectif sans doute nécessaire et ensuite, travailler, toujours plus, la capacité de synthèse de toute l’information recueillie. L’esprit d’analyse rapide et de synthèse devra être développé de plus en plus, seule manière d’éviter la noyade.
De l’héritage des Lumières
Intéressant encore ce point de vue de Doueihi qui montre que l’arrivée du numérique réactive, remet sur le devant de la scène certains conflits inhérents à l’esprit des Lumières et notamment celui entre la civilisation du livre, avec ses tenants université, édition, presse et le désir de libre partage et de circulation du savoir.
Deuil, Fourcade
« faire admettre, et aussitôt faire aimer, cette loi qui veut qu’en art on n’arrive pas au sens par l’explicite, mais plutôt par un travail, de l’intérieur, de la matière son du mot » (manque, 42)
→ remarque essentielle pour la poésie !
Fourcade qui écrit un peu plus loin « je relis Oraison funèbre de Henriette Anne d’Angleterre [Bossuet], cette prose de beauté, dont les schémas s’appliquent à toute mort à aimer ». (54)
Cette citation est extraite du très beau chapitre consacré à Simon Hantaï (et bien sûr pensée vers Le Tablier de Simon Hantaï, d’Hélène Cixous).
Ode funèbre immédiatement téléchargée sur Amazon et installée sur le Kindle !
Des livres, Don Quichotte
Dans le chapitre à la fois très drôle et assez effrayant sur une sorte d’autodafé de tous les livres de Don Quichotte, censés le rendre fou, cette remarque, à propos de certains livres « imaginez que mon oncle, une fois guéri de sa maladie chevaleresque, se mette à les lire, et qu’il lui prenne envie de devenir berger, et de passer son temps dans les prés et les bois à chanter et à jouer du luth ; ou pis encore, qu’il décide de devenir poète, ce qui, paraît-il, est un mal incurable et contagieux » (Don Quichotte de la Manche, traduction d’Aline Schulman, Points, tome 1, p. 92) - on n'est pas si loin de Marielle Macé et des effets de la lecture !
Sillage et lichen
sillage et lichen, la trace et l’accroche, fermeture ou attache, brève, lente – la disparition
Vert et brun
le vert ou le brun, éclosion ou pâte-boue, eau de part et d’eau encore, cresson, herbes, jeunes pousses et l’humide, collante et féconde terre, le don, la conception
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