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Rédigé par Florence Trocmé le 05 juillet 2012 à 09h44 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Journaux
Le boson de Higgs découvert avec 99,9999 % de certitude – rigueur décrétée mais sans les mots – dérive politique préoccupante en Roumanie – massacres continués en Syrie – Kapisa rendue aux Afghans – mausolées démembrés par les fanatiques à Tombouctou au Mali.
Le boson de Higgs
Dans Le Monde daté jeudi 5 juillet 2012, un très bel article sur le boson de Higgs. Il est comparé à un lièvre, présent très aléatoirement et rarement dans un champ de blé, dont il a exactement la couleur et dont seul, à supposer qu’il soit là, un léger écartement des épis dus à un vent savamment dosé, permet d’entr’apercevoir la présence.
Géographie et désastres
Les désastres font plus pour la géographie que l’éducation scolaire.
Sel sur la queue de l’oiseau (Françoise Clédat)
Il semble qu’au cœur du livre de Françoise Clédat, Petits déportements du moi, vers la page 50 on s’éloigne davantage des histoires, de l’histoire personnelle, de l’Histoire pour questionner durement, âprement l’écrire. : « multiple et contradictoire / somme sans prix / le sens défaille » (pddm, 52). À trop creuser, à trop scruter, impression de chaos et de vertige suscitée par l’échec de la tentative pour nommer ce qui se dérobe. Se souvenir de Nicolas Pesquès.
Le sel sur la queue de l’oiseau en quelque sorte : tout enfant a entendu ça, tout enfant y a cru et s’y est essayé, a imaginé le tenter en tous cas, a éprouvé pour la première fois peut-être l’impuissance et pire la perte de confiance dans les adultes tutélaires auteurs de cette suggestion moqueuse.
Écrire, tant l’expriment au cœur du travail (au sens de travail de l’accouchement), comme tenter d’attraper un oiseau en lui mettant du sel sur la queue, tenter de saisir le réel avec des mots. Éprouver la « clôture concrète / d’un inaccessible vivant horizon » (52).
La faim (Françoise Clédat)
Un thème semble courir en filigrane dans le livre, celui de la faim, évoquée bien sûr à travers deux figures de femmes résistant à l’oppression par une grève de la faim, mais aussi de façon plus générale, comme vide, comme manque : « endurer la faim en conséquence / évide » (ici terribles échos avec les textes de Robert Antelme et le livre d’Herta Müller, autour de la déportation en Union Soviétique d’Oscar Pastior à l’adolescence).
Une forme de légèreté (Françoise Clédat)
Mais au milieu de poèmes très sombres sur l’écriture, sur le monde, quelques scènes comme prises sur le vif, attestation une fois encore de l’inscription incarnée de l’auteur dans la réalité : elle vit, elle regarde, elle s’intéresse aux autres, s’interroge sur eux, avec souvent une touche de drôlerie.
Comme un chat (Françoise Clédat)
Et ce merveilleux, tragique, surprenant : « je voudrais que quelqu’un me prenne par la nuque / comme se prennent / les chats » (pddm, 60)
Suite en quatre
chaotique chronologie, illogique déroulé, éboulé rembobiné : on déplie aplatit repasse, on remballe, odeur de renfermé, dégâts collatéraux
dans la vase, petits crabes et vieilles cochonneries, décomposition
mais le boson détecté, le faiseur de masse, énergie faite matière, pièce manquante
aplatissement par mots, creux et vide au pinacle : dérisoires fétus dans l’ouragan, destin de balayés broyés plans, projets, promesses et baratin.
Rédigé par Florence Trocmé le 05 juillet 2012 à 09h40 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
La calme luisance des choses (Françoise Clédat)
Je reprends Françoise Clédat avecdans le livre la partie qui lui a donné son titre « petits déportements du moi (1) » et d’emblée, premiers mots qui me tombent sous les yeux, cela : « la calme luisance / des choses / ciel et plantes » (41).
Résonance immédiate, sensible, car je viens de sortir, retoucher, regarder les photos faites ces quatre derniers jours en Bretagne. Photos qui m’ont frappée, alors même que c’est bien moi qui les ai prises, par la qualité de la lumière. Théâtrale, une splendeur, mettant en scène la mer avec ce vert si typique de cette région (et ma pensée se tourne vers les poèmes d’Henri Droguet, qui vit à Saint Malo).
Et cette impression si forte, sortant de Paris et béton que tout me parlait « calme luisance », oui et intime résonance. Des détails infimes m’attachaient : un lichen, une fleur sauvage (tout croule sous les fleurs en ce moment, partout, dans un enchantement de verts gorgés d’eau).
Il faut ici citer tout le poème : « De l’inanité du moi qui s’étonne / étreint de nostalgie face à la luisance / à la calme luisance / des choses / ciels et plantes / groupes humains / çà et là posés / offerts à la composition / se déplaçant en elle / et le moi en eux / qui s’étonne » (41)
C’est exactement ce que j’ai senti et appréhendé au cours de ces grandes balades photo de ces derniers jours : « offerts à la composition ». S’agençant comme spontanément dans l’œil, hommes et choses, petits filles au bord de l’eau, enfant sondant une mare dans les rochers, groupe jouant avec des goélands bien peu sauvages. Monde parlant.
En fait cet extrait est le préambule d’un poème plus long qui après cette sorte de tableau tourne brusquement vers tout autre chose que laissait pressentir la dédicace à Irom Sharmila, gréviste de la faim (Femme de l'ethnie des Meiteis, majoritaire dans l'État indien du Manipur,
elle est connue pour sa campagne contre la très controversée loi Armed Forces (Special Powers) Act, l'AFSPA, loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées indiennes.)
Dans ma première lecture, je n’avais pas bien saisi l’importance de ces quelques poèmes dédiés à des figures de résistance scandant le livre. Ils attestent de cette place qu’occupe Françoise Clédat écrivant, « dans l’intervalle » entre elle, sa vie, son deuil et le monde. En rien retranchée par le chagrin dans une tour d’ivoire, entrant au contraire en contact profond avec le monde et les autres. L’écriture se fait non pas arme, mais sonde : elle interroge l’action de cette femme, sa souffrance, elle s’implique, il y a bien un déportement du moi, une interrogation qui tend à l’identification, dans un infini respect. Tenter de comprendre mais sans s’approprier (trop d’écrivains faisant à mon sens un usage un peu louche de la souffrance du monde, selon tous les degrés allant de la naïveté à la manipulation pure et dure : c’est si difficile d’être totalement juste, de ne pas récupérer !). Très emblématique à cet égard la façon de faire et d’être de Françoise Clédat : « caresse de la main le visage / du journal / se demande visage / réel / réel corps de grève / d’irom sharmila » (ici me vient soudain un écho possible non pas avec l’écriture mais avec l’approche d’Ariane Dreyfus, écrivant par exemple un grand poème sur l’excision). Rapprochement fort, interrogatif mais non culpabilisant, du réel d’ici, la table du pique-nique, le journal et de ce réel-là, à la fois lointain géographiquement et proche : « réel corps de grève » » (Pddm, 42). Il s’agit d’essayer de rejoindre le monde et plus encore l’autre, par les mots, l’écriture des noms. Comme d’ériger de petites stèles, des poèmes-stèles, « comme d’espérer par ses noms rejoindre / Réel le monde avant de le quitter » (Pddm, 45). Cette dernière citation me semblant emblématique de la démarche de Françoise Clédat : rapprocher les deux bords de la plaie, les deux rives du fleuve, créer un pont, une suture entre le monde, les autres et le moi, dans son immanence et sa finitude. Par les mots et les noms. Dimension quasi éthique aussi de ce geste, mais une éthique infiniment tendre et douce, un toucher. Entamer l’égoïsme et l’indifférence par l’écriture, la nomination, la présence incluse dans le poème.
Luisance des choses et clé de lumière
surgissement, vie par brassées entières, mousses, lichens, algues, roches et couleurs, ciels là toujours, mais
en attente, matières mortes, masses écrasées, couleurs éteintes car
lumière seule et regard, nomination peut-être (pas toujours).
Clé de lumière
Rédigé par Florence Trocmé le 04 juillet 2012 à 10h02 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)