Journaux
Le boson de Higgs découvert avec 99,9999 % de certitude – rigueur décrétée mais sans les mots – dérive politique préoccupante en Roumanie – massacres continués en Syrie – Kapisa rendue aux Afghans – mausolées démembrés par les fanatiques à Tombouctou au Mali.
Le boson de Higgs
Dans Le Monde daté jeudi 5 juillet 2012, un très bel article sur le boson de Higgs. Il est comparé à un lièvre, présent très aléatoirement et rarement dans un champ de blé, dont il a exactement la couleur et dont seul, à supposer qu’il soit là, un léger écartement des épis dus à un vent savamment dosé, permet d’entr’apercevoir la présence.
Géographie et désastres
Les désastres font plus pour la géographie que l’éducation scolaire.
Sel sur la queue de l’oiseau (Françoise Clédat)
Il semble qu’au cœur du livre de Françoise Clédat, Petits déportements du moi, vers la page 50 on s’éloigne davantage des histoires, de l’histoire personnelle, de l’Histoire pour questionner durement, âprement l’écrire. : « multiple et contradictoire / somme sans prix / le sens défaille » (pddm, 52). À trop creuser, à trop scruter, impression de chaos et de vertige suscitée par l’échec de la tentative pour nommer ce qui se dérobe. Se souvenir de Nicolas Pesquès.
Le sel sur la queue de l’oiseau en quelque sorte : tout enfant a entendu ça, tout enfant y a cru et s’y est essayé, a imaginé le tenter en tous cas, a éprouvé pour la première fois peut-être l’impuissance et pire la perte de confiance dans les adultes tutélaires auteurs de cette suggestion moqueuse.
Écrire, tant l’expriment au cœur du travail (au sens de travail de l’accouchement), comme tenter d’attraper un oiseau en lui mettant du sel sur la queue, tenter de saisir le réel avec des mots. Éprouver la « clôture concrète / d’un inaccessible vivant horizon » (52).
La faim (Françoise Clédat)
Un thème semble courir en filigrane dans le livre, celui de la faim, évoquée bien sûr à travers deux figures de femmes résistant à l’oppression par une grève de la faim, mais aussi de façon plus générale, comme vide, comme manque : « endurer la faim en conséquence / évide » (ici terribles échos avec les textes de Robert Antelme et le livre d’Herta Müller, autour de la déportation en Union Soviétique d’Oscar Pastior à l’adolescence).
Une forme de légèreté (Françoise Clédat)
Mais au milieu de poèmes très sombres sur l’écriture, sur le monde, quelques scènes comme prises sur le vif, attestation une fois encore de l’inscription incarnée de l’auteur dans la réalité : elle vit, elle regarde, elle s’intéresse aux autres, s’interroge sur eux, avec souvent une touche de drôlerie.
Comme un chat (Françoise Clédat)
Et ce merveilleux, tragique, surprenant : « je voudrais que quelqu’un me prenne par la nuque / comme se prennent / les chats » (pddm, 60)
Suite en quatre
chaotique chronologie, illogique déroulé, éboulé rembobiné : on déplie aplatit repasse, on remballe, odeur de renfermé, dégâts collatéraux
dans la vase, petits crabes et vieilles cochonneries, décomposition
mais le boson détecté, le faiseur de masse, énergie faite matière, pièce manquante
aplatissement par mots, creux et vide au pinacle : dérisoires fétus dans l’ouragan, destin de balayés broyés plans, projets, promesses et baratin.
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