Rédigé par Florence Trocmé le 01 janvier 2006 à 11h21 | Lien permanent | Commentaires (0)
Proposé par mon amie C. qui l'a trouvé dans un petit livre publié par Folle Avoine intitulé Essai sur la permanence du haïku de Alain Kervern
"Malgré le givre
la vaillance des herbes
De la plaine toujours bleue"
de Shôji Nakamura, modeste amateur à qui on demande ce qu'est un haïku "C'est le plus petit poème qui soit. En 17 syllabes, il contient le ciel, la terre, les hommes, les saisons, la neige et la lune, les fleurs et l'eau, les arbres, l'herbe et les nuages et puis le cœur humain et la pluie" et Basho "il faut exprimer immédiatement toute vérité qui se révèle avant que sa lumière ne s'éteigne" (p. 11)
C. a rendu le livre à la bibliothèque, je transcris ces notes plusieurs jours après, au coin du feu, en Bretagne, feu qui craque tentant de venir à bout d'une énorme bûche d'un de nos deux eucalyptus défaits par la tempête de 1999 et dont il va venir à bout, au terme peut-être d'une nuit entière, - l'eucalyptus brûle lentement mais complètement -, et en écoutant un quatuor de Mendelssohn diffusé par France Musique. Télescopage des temps, des sensations, parfois des sentiments.
Mais accord complet avec cette note de Basho que je veux inscrire sur mes carnets, car cette captation immédiate est aussi la raison d'être des carnets et les carnets sont la seule et unique méthode, si simple et si valable, pour cette captation.
Tenter d'entrer en soi, aller au fond, tranquillement, s'y installer pour trouver les mots qui sont là, pour tenter de dire ce que l'on ressent. Fusion de la musique, de la pénombre, du chuintements et des craquements du feu (je lisais hier soir une belle note d'Yves Leclair sur le feu et les nuages, "je contemple le rougeoiement du feu dans l'âtre. Le feu me fascine depuis toujours, m'absorbe totalement, m'arrache de mes autres lectures. La danse des flammes, leur crépitement, leur grondement derrière, presque imperceptible, le gouffre. Les yeux sont envoûtés, ma respiration est changée elle aussi, elle se fait plus lente, plus intérieure, plus profonde. Le feu et les nuages." Manuel de contemplation en montagne, p. 98.
La bûche d'eucalyptus, imposante, est devenue une sorte de monstre
domestique, mystérieux, dieu lare qui habite l'âtre et fait signe, tête à la
fois bonhomme et inquiétante, aux orbites rougeoyantes.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 30 décembre 2005 à 18h27 | Lien permanent | Commentaires (0)
Bonheur
d'entendre à l'instant sur France Musique JC Malgoire qui explique ce qu'il
pense du disque. Et je comprends mieux, mais je le savais, pourquoi tant et
tant de disques me déçoivent, me laissent indifférente alors même qu'ils sont
dédiés à des musiques immenses : ce sont des "petits pois en boite de
conserve", collection de mini-prises additionnées car "les techniciens vous font reprendre pour un "pet de lapin", il n'y a "pas de
danger", rien de vivant, c'est de la musique morte, dixit Malgoire (depuis
10 ans il n'accepte plus que les disques à partir de prises live).
Je ressens la
même chose souvent entre musique ou émissions enregistrées sur cassettes et
direct : il y a une sorte de bruissement, de bruit de fond à la radio (ce n'est
pas qu'une allusion aux parasites !) qui la rendent vivante, alors que souvent
je me sens isolée, enfermée avec l'enregistrement.
Rédigé par Florence Trocmé le 30 décembre 2005 à 13h46 | Lien permanent | Commentaires (0)
Lisant Claude Vigée
Claude Vigée aux
USA, où il s'établit pour fuir le nazisme, le Waste Land, le pays vain, dit-il reprenant l'expression
de TS Eliot qu'il traduit :
"J'écrirai ici
mon judan, - la parole qui surgit intacte et nue de
mon présent sur cette terre" (Claude Vigée, La lune
d'hiver, p. 353, cité par Anne
Mounic, La poésie de Claude Vigée, L'Harmattan, 2005, p. 82)
et encore et
surtout :
" On m'a voulu
dès le début ce que je ne suis pas, et malheur à moi si je tardais à m' y
conformer ! J'ai souvent biaisé, louvoyé, mais finalement je n'ai pas joué
votre jeu, je n'ai pas plié pour de bon, je ne me suis pas suicidé pour vous
faire plaisir. J'ai maintenu debout, quoique meurtri, ce moi inassimilable, ce
feu vivant réfractaire aux éteignoirs, ce brasier rebelle aux camisoles de
force familiales, scolaires, sociales, professionnelles, que l'on préparait de
tous côtés pour mon bien personnel. Quelle sollicitude le monde entier ne me
témoigne-t-il pas quand il s'agir de me faire rentrer dans ses rangs, de me
réduire à la commune servitude ! Et bien non, j'ai fait rouage à part, je ne me
suis pas résigné. Je n'ai jamais
fonctionné dans votre usine de morts-vivants, en y mettant le zèle et l'acharnement suicidaires à la besogne dont
toutes les créatures domestiquées sont capables".
(Claude Vigée, La Lune d'hiver, p. 352, cité Anne Mounic, 83)
→ C'est inouï comme
toute parole -et les citations sont omniprésentes par bonheur dans l'essai
d'Anne Mounic-, toutes les citations de Claude Vigée me touchent me concernent
(et quand ce n'est pas moi ce sont "les miens", Marilyn Hacker, Alain
Marc, Angèle Paoli.pour n'en citer que quelques-uns). Quelle force, ici, autour de ces deux expressions clés,
faire rouage à part, ce qui implique bien d'être lié à quelque chose, de n'être
pas dans un comportement autiste, replié, nu et seul mais d'être ailleurs, de
ne pas participer à la grande machinerie à broyer toute personnalité, toute
différence, toute individualité. Cette usine des morts-vivants, oui, cette
seconde expression qui fait mouche dans ce texte de Claude Vigée. On l'entend
presque tourner, grincer, cliqueter, cette usine qui évoque Jérôme Bosch surtout en ces périodes où la consommation
devient une obligation, quels que soient les moyens réels, la pauvreté
incommensurable de certains.
→ "En lisant Claude Vigée", ce n'est pas tout à fait ça puisqu'en réalité je lis l'essai d'Anne Mounic consacré à la poésie de Claude Vigée, moyen que le hasard (qui est sans doute ici plutôt une nécessité) m'a offert pour répondre dans un premier temps aux signaux répétés que cette œuvre m'envoie depuis plusieurs mois.
Rédigé par Florence Trocmé le 14 décembre 2005 à 09h04 | Lien permanent | Commentaires (0)
Pourquoi parfois dans l'épaisseur du tissu musical de
l'œuvre un thème souvent à peine esquissé deux notes répétées un embryon
d'ostinato viennent sonner comme un glas un gong quelque chose qui happe
attache envoûte. Ces deux notes dans le grave 5e symphonie de Chostakovitch
fin du premier mouvement, Moderato.Allegro non troppo, vers 16'23 dans
l'enregistrement de Kurt Sanderling. La/ré si je ne me trompe pas, donc dominante/tonique à la toute fin de ce
mouvement en ré mineur. Comme un appel un n'oublie pas ce que tu es où tu vas
ceux qui ne sont plus là oui glas glas plusieurs fois répété lancinant.Et qui
termine le mouvement, en suspens sur le vide. Et comme toujours avec la musique
le manquement des mots leur incapacité à dire qui rend la musique si nécessaire et tellement sœur
de la poésie.
©ft
Rédigé par Florence Trocmé le 09 décembre 2005 à 09h48 | Lien permanent | Commentaires (1)
Beromunster ! Hier soir entendu ce mot quelque part et soudain, flash-back éclair, les
radios d'antan, ces énormes meubles qui comprenaient la radio, le tourne-disque
avec quelquefois l'étrange dispositif qui permettait d'empiler plusieurs microsillons, deux gros haut parleurs, excellents au demeurant et l'indicateur de
réglage avec ses deux bandes lumineuses vertes qui devaient se rapprocher, se toucher, attestant que la réception du signal était parfaite. Les marques, Telefunken, Grundig, Schaub-Lorenz. Et tous ces noms étranges sur le cadran et
le gros bouton que l'on tournait et l'aiguille qui cherchait la radio suisse
normande, la süddeutsche West rundfunk et les concerts retransmis… les
premiers émerveillements musicaux, l'odeur même de l'appareil, son acajou pas joli
joli qui jurait un peu dans l'appartement familial… et cette autre magie, celle
des mots celle déjà des toponymes. Je donnerais cher pour revoir un de ces
cadrans couverts de tous ces noms qui me paraissaient tellement exotiques. On me souffle le nom de Sottens (commentaires bienvenus sur ce sujet !). Je pense qu'il devait s'agir des ondes moyennes, la modulation de fréquence était encore peu fréquentée ; je ne me souviens plus des noms des stations nationales mais je me souviens qu'elles terminaient leurs émissions à minuit tapante et toujours par la Marseillaise ! J'étais une petite fille et je découvrais la musique et la radio. Je ne m'en suis pas remise.
Rédigé par Florence Trocmé le 06 décembre 2005 à 19h50 | Lien permanent | Commentaires (1)
Une photo est faite de points un poème est fait de
mots pixels d'un poème haute ou basse définition si étrange de penser qu'une
succession collection de points peut former un visage un paysage que chaque
point n'est rien que plusieurs points ne sont rien qu'il faut des milliers de
points des millions de points anonymes mais qui se trouvent là pour former
cette image-là
Notre visage est fait d'atomes noyaux séparés de leurs électrons et vide
immense.
Un grand texte est aussi rare qu'une grande photo mêmes micro-composants mots
ici points là. Mais la loi est l'insignifiance le non-nécessaire le vide où
rien ne vibre
©ft
photo prise à l'espace Boris Vian, à Paris.
Rédigé par Florence Trocmé le 06 décembre 2005 à 17h25 | Lien permanent | Commentaires (1)
aube longue pluie froid
angoisse
face
sa face sa face nouvelle
face à face la face de l’autre la morte cérébrale sa face découpée au scalpel
congelée sa face nez bouche menton découpée avec soin découper une face comment
découper un nez une oreille une bouche où couper et les nerfs les vaisseaux
comment rabouter rabouter sur l’autre face et ta face déjà le vieillissement
imperceptible au jour le jour micro changements et ta face à toi changée en
quelques heures es-tu ta face la face de l’autre se caresser le nez c’est nez
d’autre de mort est ce tolérable est-ce supportable ?
notes de lecture
dans le
flotoir, pas dans poezibao, transplanter les notes de lecture en cours. Emprunt
à Alain Marc, cette technique du en lisant. Reporter mes notes pour continuer la lecture noter ce que la future note
de lecture classique un peu formelle ne pourra prendre en compte, les éclats de
texte qui ouvrent des chemins des
pentes des ascensions.
Monticelli dit Bribes, Ancet dit Chutes, je dirais volontiers Laisses (de mer)
En Lisant Henri Droguet
justement
sa lettre d'hier : "tout y est ou presque" dit-il à
propos de ma note de lecture soulignant dans une simple parenthèse ce que je n’ai
pas vu la dimension spirituelle des textes : un dieu bien caché - comme dans
son nom ? Avis de passage titre qui est
emblématique car à la fois légère dérision, le facteur vous a laissé un colis
en instance avec un petit papier jaune pour vous le dire (ces services de
presse aux critiques institutionnels dont il parle avec une certaine amertume
dans sa lettre) livre en souffrance, repris par personne reçu par personne et avis de passage quelque chose de métaphysique je suis là je ne
fais que passer mon temps est compté vous l’oubliez nous l’oublions si
facilement pensant à ce matin froid cette pluie comme si tout le temps était à
disposition alors même que le sablier se vide inexorablement ; cette nuit que tu as éprouvée mauvaise, le
sablier s’est vidé, quelques-uns de ses
milliards de grains corpusculaires sont passés de l’autre côté, de l’autre côté
de l’autre côté un à un, à jamais vécu
ce temps irrécupérable non reproductible passé (non ! ne pas dire consommé ce mot est devenu imprononçable aujourd’hui)
les blocs
Fascinée oui mais ne pas
imiter faire ce qui t’est à toi nécessaire dans l'instant présent de ton
écriture fascinée par l’écriture en blocs compacts de plus en plus souvent à
l’œuvre chez un François Bon, chez un Fred Griot ,chez un Jean Pascal Dubost,
textes comme pierres de taille d’achoppement d’angle, textes comme blocs
compacts fermés sur eux-mêmes textes à tailler textes où l’on ne peut pas
toujours pénétrer textes durs à angles vifs pour dire ce monde là, je ne sais.
suspens
Fascinée oui mais ne pas
imiter faire ce qui t’est à toi nécessaire dans l’instant présent de ton
écriture fascinée par le suspens que t’a enseigné Alain Marc. Devenu si nécessaire
et pas seulement dans la correspondance avec lui. Arrêter la phrase sur un de ou un à la
laisser ouverte en suspens dans le les possibles.
A toi de forger ta
matière avec tout cela comme sont à toi ces enchaînements de presque synonymes
dont souvent tu as besoin pas tant sans doute pour préciser que pour insister
enfoncer le clou. mais au fond si peut-être aussi préciser dire avec trois mots
trois angles de vues un peu différents qui sont tous présents te semble-t-il
dans ce que tu veux dire.
Inter
tu t’interroges
interroges interdit inter rogatoire commission interdit inter dit
avec l’autre interrogation et inter dit tu t’interroges sur l’interdit
l’interruption volontaire l’ivée le suspens le vide ouvrir le vide là soudain au
cœur de la phrase parce que le vide est partout entre les atomes tu es faite de
plus de vide que de plein de plus de vide que de déliés écriture entre les mots
le vide entre les atomes presque anagramme de mot le vide le vide qui fait
tenir le vide et le plein des chinois peut-être tu devrais regarder ce que dit
Cheng dans le livre prêté par C.
Rédigé par Florence Trocmé le 03 décembre 2005 à 11h07 | Lien permanent | Commentaires (1)
Bach
Le bonheur d'un accord final chez Bach. Éprouvé hier matin,
alors même que je ne faisais pas très attention à la musique. Soudain cette
impression de résolution, n'est-ce pas d'ailleurs l'admirable mot
qu'emploie la musique pour dire que tout ce qui harmoniquement s'est passé
avant se résout, se détend dans l'accord final, selon tout un jeu de lois de
composition.
Je pense aussi à la merveilleuse tierce picarde, tierce majeure dans un accord final qui devrait normalement être mineur, deux notes qui soudain ouvrent la fenêtre comme me le dit souvent mon professeur de
piano. Car de quoi s'agit-il : de terminer en majeur un morceau qui est en
mineur. Et oui, on a alors vraiment l'impression de ces trouées de lumière qui
soudain se font dans un ciel sombre. Comme si Bach ne pouvait se résoudre à
finir dans le sombre, le sans espoir, le triste, la non-espérance.
Rédigé par Florence Trocmé le 01 décembre 2005 à 18h11 | Lien permanent | Commentaires (0)
16h03
Un soleil seul perce boule ronde sans franges soudain comme une bille sur le sable au milieu de la masse noire "convois cois" des nuages épaisse béchamel grise ouverte de boutonnières par lesquelles filtre la lumière. Deux trous une fente un visage grotesque et terrifiant mais ailleurs une autre bouche deux lèvres d'infinie tendresse. Remaniements glissements éboulements perpétuels
17h02
Rose-orange à profusion dans un chaos d'ouates
grises. Jaillissant sourdant de l'horizon bandé de noir sombre la lie du
couchant diffuse infuse la masse cotonneuse. Orange encore là-bas puis tirant
de plus en plus vers le rose indien en attaquant le nuage par dessous de telle
sorte que le rose semble former croûtes sur le gris croûtes écaillées de
blessures à peine cicatrisées ou de plaies béantes. Percées vertigineuses vers
le bleu infini qu'un tunnel creusé à même le flanc bosselé laisse entrevoir. Et
là où le soleil a disparu comme une fontaine de plumes de voiles
d'effilochements en éventail.
17h40
Rédigé par Florence Trocmé le 28 novembre 2005 à 21h09 | Lien permanent | Commentaires (2)