Signalé par la check-list (ce mot là sonne
mal !) du journal le Monde un très amusant (quoiqu’un peu longuet) montage
réalisé à partir de ces charmants sons qu’émet Windows pour signaler
toutes sortes d’évènements, heureux ou malheureux, dans les entrailles de l'ordinateur.
Bien aimé la citation de
John Cage qui est mise en exergue et qui pourrait aussi me servir de guide pour
ma collection de sons : « quand un bruit vous ennuie,
écoutez-le »
Ecouter le montage : Winnoise.
Un petit complémentaire Cagien :
Voix chantent Dix coups de tonnerre de Joyce
transformés
par l’électronique pour remplir enveloppes
de tonnerre réel ; cordes interprètent cartes
du ciel transformées aussi pour remplir
enveloppes de gouttes de pluie réelles (pluie
tombe sur matériels représentant histoire de la
technologie).
(McLuhan) Dernière pluie ne tombe pas
(instruments à vent), i.e. moment présent.
Musique devient nature (Johns).
John Cage, poèmes traduits de l’anglais par christophe
Marchand-Kiss, Textuel, 1998, p. 48.
Résolution : Lire Cage dont on vient de publier une nouvelle version de Silence, Conférences et écrits (chez Contrechamps).
Rédigé par Florence Trocmé le 22 avril 2005 à 09h08 | Lien permanent | Commentaires (2)
Dans le Monde, daté d’aujourd’hui, un article passionnant mais inquiétant de Olivier Ertzscheid
Il y aurait en fait trois espaces mémoire distincts dans
notre vie informatique : « d'un côté le Web public, de l'autre le Web
privé (courriels, forums, listes de diffusion...), enfin notre "monde
informationnel personnel", enfoui dans les mémoires de nos
ordinateurs » .
Or on voit que le principe des moteurs de recherche qui
ratissent le web public est appliqué maintenant pour indexer nos disques durs
personnels et nous aider à y retrouver dans un temps record informations et
fichiers
Ce qui se profile dit Olivier Ertzscheid c’est la
disparition pure et simple de nos disques durs, espaces encore relativement
privés et protégés au profit d’espaces de stockage délocalisés et bien entendu
accessibles aux grands manitous du secteur de l’information qui rêvent de créer
une immense base de données regroupant toutes les connaissances et richesses
culturelles du monde.
"A la fin du XIXe siècle, le bibliographe
belge Paul Otlet souhaitait réunir dans un même lieu, baptisé Mundaneum, toutes
les connaissances du monde. Aujourd'hui, les grands espaces du Web mettent
cette utopie à portée de main. La bibliothèque universelle regroupant tous les
savoirs est pour bientôt. Google, mais aussi Yahoo! s'y emploient, avec leurs
projets pharaoniques de numérisation d'ouvrages de bibliothèques publiques.
Comme viennent de le comprendre les Français, la question n'est plus de savoir
s'il faut en être ou non. Il le faut !
L'inféodation de notre culture à une vision
"américano-googléenne" du monde est, certes, une perspective
alarmante. Mais là n'est pas le danger principal. Plus que la numérisation des
livres, c'est la collecte de nos informations personnelles qui intéresse
Google, Yahoo! et MSN. Avec quelles garanties pour l'internaute ? Et quelles
perspectives pour le Web si la Toile n'est plus qu'une gigantesque base de
données répartie entre les mains de deux ou trois majors ?
Avec l'étroite interpénétration de ces trois sphères,
publique, privée et commerciale, qui décidera des espaces où s'affichera ou non
la publicité ? Comment arbitrer entre les impératifs commerciaux et les
intentions culturelles ? Selon quels critères et sous la responsabilité de qui
? La marchandisation de nos mémoires, non plus documentaires mais intimes, se
profile à l'horizon. Il vaut mieux le savoir."
Bien entendu, bien que ce ne soit pas clairement abordé dans cet article, le phénomène du blog doit être englobé dans cette réflexion.
Lire l’article du Monde (consultation gratuite de quelques jours seulement après parution)
Rédigé par Florence Trocmé le 21 avril 2005 à 21h07 | Lien permanent | Commentaires (1)
"Les qualités intimes, la géométrie spécifique du minéral,
cessent désormais d’intéresser d’abord. [...] Un dessin apparaît, ou un profil
insolite. Le rêveur se plaît à y reconnaître le calque imprévisible et, à cette
place, étonnant, presque scandaleux, d’une réalité étrangère ".
Roger Caillois, L ’écriture des pierres, Skira –
Les sentiers de la création, Champs/Flammarion, 1970/1981, p. 9.
Rédigé par Florence Trocmé le 21 avril 2005 à 11h35 dans cailloux-têtes | Lien permanent | Commentaires (1)
Cet enfant qui parle avec son père, en attendant
l’ascenseur, surgis tous les deux du fin fond du parking, leur voix qui
s’approchent en un babil (Babel) incompréhensible. Le débit accéléré de
l’enfant. Irrésistible impression d’un jeu. L’enfant joue avec la langue.
Se
souvenir de l’impression produite par certains mots, de leur ressassement
étonné et délectable dans l’enfance, noms propres, lieux-dits, mots pas encore
intégrés au vocabulaire. La donne des mots, chez l’enfant. Le fondement de
l’amour de sa langue. Le bonheur des langues étrangères, celles que l’on
connaît un peu, et comme aujourd’hui celles qui sont vraiment étrangères.
Sentiment d’étrangeté à voir l’autre parler sa langue (comment peut-on
être persan ?), jalousie parfois de le sentir la posséder, d’en être
exclue. D’être étrangère à cet langue-là.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 21 avril 2005 à 11h12 | Lien permanent | Commentaires (0)
Elle
a « du chien » mais elle est triste :
cheveux courts d’excellente coupe, grand manteau matelassé marron glacé. Elle
ne lève pas les yeux un seul instant de son livre, durant les quelques stations
où nous voyageons ensemble. Le livre est très épais, mais aucun titre sur les
pages intérieures. Elle est si absorbée que j’ai renoncé, déjà, à découvrir ce qu'elle lit et donc à faire son portrait. Lorsque soudain, elle ferme le pavé, le laisse à
découvert un instant sur ses genoux, puis disparaît en un instant de la rame.
Titre ? La conspiration des ténèbres
de Théodore Roszak : après avoir lu cette courte présentation, je
comprends mieux l’absence au monde de la jeune femme
Lui
est en gris. Veste élégante grise en tweed, chemise gris
pâle à col ouvert, pantalon gris,
cartable style « sac à dépêches » en cuir noir, de bonne facture.
Visage poupin, cheveux gris-blanc à la coupe récente, l’ensemble très classique
avec une toute, toute petite note de fantaisie, la monture bleue des lunettes.
Lui aussi est tout à son livre : Le murmure des
fantômes de Boris Cyrulnik (livre emprunté à une bibliothèque) et je ne
peux m’empêcher de me demander si c’est un pro du psy, un lecteur défricheur du
champ sciences humaines ou un homme parti en quête de ses propres fantômes.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 20 avril 2005 à 10h48 | Lien permanent | Commentaires (1)
Hier soir, 19h28 :
Il y a ce soir plusieurs étages, plusieurs strates dans le
ciel. Au couchant, frange de lumière enguirlandée de gros nuages cotonneux
gonflant comme œufs en neige sous le fouet. Puis une bande gris jaune, pâle,
« floutée » sur les bords, sans doute par de petites ondées trop
légères pour se laisser couler jusqu’au sol. Encore plus haut, en remontant de
l’horizon vers la voûte, une autre bande plus épaisse, aux bordures effilochées
comme d’un vieux tapis. Les cloches sonnent, tout le monde sait pourquoi. J’ai
la faiblesse de croire qu’il est plus utile de recenser les ciels et que ce
théâtre-là vaut toutes les pourpres et pompes.
NB : j’aime les cloches à la folie mais surtout quand
elle sonnent l’ordinaire des jours et des saisons.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 20 avril 2005 à 10h36 | Lien permanent | Commentaires (0)
Métro, ce matin, une voix d’enfant, un peu nasillarde.
S’exprimant en langue étrangère. Je ne distingue pas cet enfant, là où je suis.
Mais très brièvement, comme par une erreur d’accommodation, j’attribue cette
voix à une jeune femme que j’aperçois un peu plus loin. Cette perception, fausse, mais non reconnue comme
telle, engendre immédiatement une sensation d’étrangeté absolue….. le décalage
entre cette voix-là et ce corps-là, entre le monde de l’enfant et celui de la
femme crée un trouble profond, déstabilisant. Y aurait-il un phénomène de cet
ordre quand on écoute un haute-contre ou un contre-ténor d’aujourd’hui ?
N’était-ce pas aussi cela, le fond de la jouissance, décrite comme extrême,
qu’éprouvaient les auditeurs du passé lorsqu’ils entendaient un castrat ?
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 19 avril 2005 à 18h12 | Lien permanent | Commentaires (1)
Hier soir, après avoir rédigé ma petite note de lumière sur
la pensée noire et évoqué la tulipe noire, quel étonnement de voir au journal
télévisé un reportage sur l’éclosion des tulipes dans les jardins de Villandry.
Et d’apprendre que des virus (si j’ai bien compris, je regardais les images et
n’ai pas tout saisi du commentaire) pouvaient faire muter les tulipes, donnant
par exemple ces fleurs au calice jaune à l’intérieur et rouge à l’extérieur.
J’ai aussi retrouvé ma note sur la tulipe noire dans le flotoir
qui n’avait pas encore de version blog à l’époque !
note du 1er juin 2000 :
J'avais en effet été très frappée par cette émission de
radio (voir le Flotoir de mai 2000) consacrée à l'histoire de la tulipe : émission au cours de laquelle j'avais appris que la tulipe avait été en
Hollande au XVIIème siècle je crois, un intense objet de spéculation. Et voilà
que je retrouve ce fait, cité dans un article du Monde daté de ce jour, et
consacré au Nasdaq, l'indice des valeurs technologiques de la Bourse américaine : "si les titres ont été soustraits à tout principe de réalité, c'est
sans doute pour cette raison simple qu'ils servent pour l'essentiel à
s'échanger entre eux. On peut parler ici de « e-money » : à
la manière d'une banque centrale folle, la Bourse des valeurs de haute
technologie a créé de la monnaie de singe avec laquelle les opérateurs
s'achètent les uns les autres, ajoutant au passage un zéro ou deux selon
l'humeur du moment. L'histoire financière abonde de tels épisodes
tragi-comiques où s'exprime la passion maniaque des investisseurs et dont
l'exemple le plus célèbre est celui du bulbe de tulipe qui, un beau matin de
1637, a valu plus de 24 tonnes de blé avant de retomber en un printemps à
quelques kilos…" (Daniel Cohen).
Toujours en balade sur le net (il faudrait écrire un voyage
autour du net sans bouger de ma chambre !), je découvre l’existence du
jardin de Pralormo, en Italie
« A Pralormo, le paysagiste a su tirer profit du cadre
naturel de la chaîne de montagnes qui constitue un fond magnifique et proposer
des ouvertures savantes qui, entre les arbres, offrent des vues particulières
lors des promenades dans le parc.
Dans ce cadre extraordinaire, plus de cinquante mille
tulipes fleurissent chaque printemps : variétés perroquets, laciniées en 10
couleurs, doubles et à fleurs de pivoine, tulipes multiflores et variétés
rares, grandes plates-bandes d'espèces étoilées ou à fleur de lys, la tulipe
parfumée, la tulipe que les Hollandais dédièrent à la comtesse Pralormo….. lire
la suite
Je me souviens alors (ces enchaînements ne me lassent pas)
de la vision de l’ile de Mainau (photo) sur le lac de Constance, au printemps 2002 et ces
tulipes jaunes et rouges par milliers dévalant littéralement les pentes jusqu’au
lac. Inoubliable.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 19 avril 2005 à 17h57 | Lien permanent | Commentaires (0)