Rédigé par Florence Trocmé le 08 février 2013 à 15h41 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Une affaire de
connexions (S.Dehaene)
Je m’apprêtais à survoler rapidement la fin du livre de Stanislas Dehaene (Les Neurones de la lecture) pensant que
l’essentiel était dit. Mais voilà que le dernier chapitre révèle des hypothèses
tout à fait passionnantes et éclairantes, qui dépassent le seul cadre de la
lecture. En gros : ce qui distinguerait le cerveau de l’homme de celui des
autres primates, c’est que s’ils ont bien une même structure modulaire avec des
zones allouées à des fonctions précises, se seraient développés de façon très
importante chez l’homme de puissants faisceaux de connexion entre ces éléments
modulaires.
La grosse différence d’aspect réside dans l’importance du lobe frontal qui est « de
20 à 40 fois plus grand chez l’homme que chez le singe macaque. La plus notable
des adaptations humaines est l’expansion des faisceaux de connexions qui
forment la substance blanche sous-jacente au cortex frontal ». (412)
En fait S. Dehaene termine son livre sur cette idée très forte que la lecture n’est
qu’un exemple de « l’extraordinaire inventivité humaine, la seule qui
réussisse à réutiliser ses circuits corticaux pour des activités culturelles
nouvelles » et il ajoute que « l’idée aristotélicienne d’un “sens
commun”, où la fusion des cinq sens est associée à l’imagination et à l’invention,
trouve comme un écho dans la découverte de vastes faisceaux de connexions [...]
qui rassemblent et recombinent de façon flexible les informations issues des
différentes aires cérébrales. » (413)
Des pensées fugitives (à partir de S. Dehaene)
Il y a en fait une sorte d’activité endogène spontanée du cerveau et si l’on
fait un examen d’imagerie sur un sujet au repos, à qui on ne demande rien de
précis, on voit s’allumer « d’un moment à l’autre différents secteurs du
cortex frontal ». C’est même une des caractéristiques de l’état de veille
consciente chez l’homme.
→ et cela éclaire très bien, je
trouve, l’expérience de ces pensées fugitives qui semblent s’allumer puis s’éteindre
dans notre cerveau, lorsque nous nous reposons, que nous ne sommes pas
concentrés sur une tâche déterminée. Ces pensées dont les grands maîtres de
méditation disent qu’il faut simplement les laisser passer. En fait plus
précisément les laisser s’allumer et s’éteindre en quelque sorte.
Quasiment du Valéry !
Il y a donc le cortex, modulable, subdivisé en multiples territoires
spécialisés mais aussi dans l’espèce humaine un ensemble de connexions
transversales qui « brise la modularité cérébrale » : il s’agit
de « rassembler, confronter, recombiner, synthétiser » (414) dit
Stanislas Dehaene, propos que je ne peux pas ne pas rapprocher de cette
citation de Valéry : « Retenir, noter, comprendre, combiner,
prolonger, préciser.
Nettoyer la place - Rompre.
Revenir à ses références absolues – se rassembler."
(Les Cahiers, 1922, U, IX, 47 et dans le tome 1 des Cahiers dans
La Pléiade, p.344.). Laquelle citation est l’exergue de l’ensemble de ce flotoir ! Ce qui s’appelle « être
sur zone » !
Préscience d’Avicenne
Stanislas Dehaene évoque l’association par Avicenne de trois propriétés qu’il
suppose présentes chez l’animal, mais étendues chez l’homme : la synthèse des cinq sens ; la mémoire qui maintient cette synthèse en
ligne ; et l’imagination, qui
permet d’enrichir la perception et, couplée à la raison, de projeter des
solutions nouvelles pour atteindre un but. » (415)
En fait, Avicenne, autour du Xème siècle, anticipe ainsi trois découvertes
majeures des neurosciences du lobe frontal ! : les cellules du cortex
préfrontal sont multimodales, elles sont capables de rester en activité même
après la disparition de l’objet perçu et elles présentent une activité
spontanée et fluctuante. « L’activité spontanée du cortex explore en
permanence les diverses possibilités de rapprochement entre les contenus des
processeurs cérébraux » et par ailleurs cela ne se fait pas tout à fait au
hasard, car à l’échelle des sociétés comme à celle des individus, nous
sélectionnerions les « combinaisons les plus intéressantes » (pp. 415
à 417)
→ tous propos qui ne peuvent que retenir quelqu’un comme moi qui suis tellement
frappée par la capacité associative de l’esprit et qui cherche à travailler en m’appuyant
sur cette capacité ! Et qui ignorais jusqu’à présent que je ne faisais que
suivre en cela l’activité naturelle de ma petite cervelle ! : « le
cerveau de notre espèce serait un spécialiste de la recombinaison mentale »
(418). L’archéologue Steven Milthen propose même cette belle métaphore : « le
succès de notre espèce résulte d’une mutation qui aurait permis aux multiples “chapelles”
d’intelligence spécialisée de notre esprit de fusionner en une seule vaste “cathédrale”
où les pensées circulent avec fluidité. »
→ une incitation peut-être aussi à tous les chercheurs à sortir de leur pré
carré, de leur territoire limité pour aller investiguer ailleurs, à tous les
spécialistes d’oser aller voir chez le voisin, aux disciplines de se croiser, s’interconnecter ?
Les cinquante ans de la New York review
of Books
Article du Monde sur la New York Review of Books (qu’on envie
bien aux Américains !), à l’occasion de ses cinquante ans.
Réponse du cofondateur de la Review,
Bob Silvers, à la question « qu’est-ce qu’un bon éditeur ? » :
« Il faut d’abord admirer et rechercher les esprits originaux, sans
exclusive ni a priori et savoir acheminer leur travail vers un public. Ensuite
la réactivité instinctive -discerner rapidement la qualité et la nouveauté de l’absence
de profondeur- est primordiale. Il faut aussi s’engager quand on sent une
urgence. Enfin éditer c’est travailler la texture de l’écrit. »
→ deux points importants à retenir : savoir discerner la vraie originalité
et la profondeur et faire un travail éditorial sur le texte. Le terme de texture (propos traduits ?) me
parait mal choisi mais les exemples donnés ensuite sont sans ambiguïté, il s’agit
de faire en sorte que le texte évite au maximum toutes les approximations car « la
clarté de la langue est primordiale ». (Il faut rappeler qu’on parle
essentiellement ici de critique et de l’édition d’une revue de critique et de
réflexion). Le concept de la revue a « d’emblée consisté à réinsérer le
rapport à l’écriture et à la culture dans leur environnement
politico-socio-économique, ensuite à promouvoir la valeur intrinsèque du texte
critique. » (Le Monde des livres,
daté vendredi 8 février 2013)
Deux immenses chantiers donc, qu’on aimerait aussi voir abordés résolument en France.
De l’étoile jaune (V. Klemperer)
Le début du chapitre 25 de LTI,
le livre de Victor Klemperer sur la langue du IIIème Reich, est terrible. Pour
lui, mais aussi pour tous les autres Juifs qu’il a pu interroger, le jour le plus difficile dans ces douze années
d’enfer fut le 19 septembre 1941 : à partir de cette date il fallut
porter l’étoile jaune, « le chiffon de couleur jaune qui signifie, aujourd’hui
encore, peste et quarantaine et qui, au Moyen Age, était la couleur distinctive
des Juifs, la couleur de la jalousie et du fiel dans le sang, la couleur du mal
qu’il faut éviter. ».
→ j’ai beau savoir, un peu mais plus que d’autres parfois, les trois ou quatre
pages qui suivent m’ont fait prendre conscience de ce que c’est qu’une
discrimination, une mise au ban de cette nature : les injures dans la rue,
la voiture qui ralentit et le conducteur qui éructe par la fenêtre : « Tu
es encore en vie, espèce de sale porc ?... on n’en revient pas (expression
à prendre ici au sens fort) et alors même qu’on croyait savoir. Force
incroyable des exemples concrets, de ceux de la vie de tous les jours. Force
aussi parce qu’ils sont transposables dans notre imagination, alors que ce qui
a été vécu dans les camps ne l’est pas. Le danger, permanent, omniprésent :
votre veste s’est retournée à cause du vent, vous n’avez pas vu que votre
étoile était masquée, vous croisez un fonctionnaire de la Gestapo, arrestation
et « trois mois après, au plus tard, la communauté reçoit un certificat
réglementaire de décès en provenance de Ravensbrück ou d’Auschwitz. »
Et cette remarque, terrible : « Chaque juif à étoile portait son ghetto
avec lui comme l'escargot sa coquille. » (223).
Réification, personnification (une
lettre de Françoise Ascal)
Françoise Ascal, lectrice de ce flotoir,
m’écrit ce matin :
« Lisant ce matin ce qui touche à la "mécanisation de la
personne" je suis frappée par l'existence d'un mouvement simultané,
presque en miroir (ou comme un transvasement qui dépossède encore plus) qui
consiste à prêter des qualités humaines aux objets. (Ainsi cette poubelle
qualifiée d' "intelligente" dans les rayons du super marché voisin,
dont j'avais parlé dans Un rêve de
verticalité). »
→ et l’on peut craindre en effet que ces deux mouvements convergent dans un
seul et même but d’asservissement, plus tant peut-être (mais la vigilance ne
devrait jamais se relâcher) du fait d’une dictature, mais des fameuses lois du marché. Les pouvoirs, politiques
ou économiques, aiment ce qui se modèle, se manie facilement, docilement. Ce
qui se programme. Poubelle intelligente qui saura qui
jette quoi et comment et le fera payer cher, êtres humains réduits à du temps de cerveau à louer.
Rédigé par Florence Trocmé le 08 février 2013 à 15h39 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Novalis et Barnum
(Klemperer)
Klemperer (in LTI) consacre tout
un chapitre au terme Weltanschauung,
bien connu des philosophes ! (Welt,
monde, racine schauen, regarder, Anschauung, idée, façon de voir).
« le verbe schauen dont il est
question ici [représente] la vision mécanisée d’un œil fasciné et manipulé,
aveuglé par une lumière trop vive. Le romantisme et le business à grand renfort publicitaire. Novalis et Barnum, l’Allemagne
et l’Amérique : dans la Schau et
la Weltanschauung de la LTI, les deux
coexistent et sont aussi indissolublement mêlés que la mystique et le faste
dans la messe catholique. » (195)
→ comment ne pas penser à l’œil dans Orange
Mécanique (comment ne pas entendre
la violence de ce titre aussi). Et aussi à tous les développements à venir (au
moment où Klemperer écrit) de la société du spectacle, avec ses mélanges
contre-nature.
Du littéraire au linguistique
Étonnante cette remarque de Klemperer : « Je me souviens très exactement
de l’instant et du mot qui ont fait que mon intérêt philologique s’est étendu –
ou devrait-je dire restreint ? – du littéraire au linguistique. Soudain,
le contexte littéraire devient sans importance et se perd, on fixe son
attention sur un mot ou sur une forme isolée. Car, sous le mot isolé, c’est la
pensée d’une époque qu’on découvre. » (199)
→ Sans avoir aucune envie de quitter le champ littéraire, je me rends compte
que c’est cette oreille linguistique, capable soudain d’entendre un mot donné, que la lecture de Klemperer a réveillée et
que je souhaite travailler et renforcer tout comme je souhaite travailler mon
oreille musicale. Et pour cette dernière, bien obligée de commencer par le plus
petit niveau, la reconnaissance spontanée des intervalles ! Je comprends
aussi le recours du philologue ou du linguiste au carnet, qui lui permet de
relever, au fur et à mesure, dans les livres, les journaux, sur les affiches,
dans la rue, des termes, des tournures.
→ il s’agirait peut-être ainsi d’enrichir le domaine de la connaissance (et de
la jouissance !) esthétique avec une analyse plus historique et
sociologique. Faire ce mouvement toujours très difficile pour moi du
particulier, de l’individu(el) vers le collectif, le social, l’historique, la « grande
échelle ».
Tellement actuel (Klemperer)
Car en effet, en plus d’être un témoignage essentiel sur la période nazie,
le livre de Klemperer me semble souvent d’une brûlante actualité.
Ainsi de toute la réflexion développée dans le chapitre 23 autour de l’idée
de la réification de la personne et autour des termes des communiqués annonçant
des actions guerrières couronnées de succès, tous ennemis et opposants « liquidés » :
« quand les êtres humains sont “liquidés”, c’est qu’ils sont “expédiés” ou
“achevés” comme des choses matérielles. » (201)
→ il faudrait faire à partir de cette idée-là, une analyse de l’usage du
vocabulaire économique contemporain pour parler de la personne. En particulier
autour de ce qui a trait aux licenciements. Les hommes comme « variable d’ajustement »,
par exemple. Et entendre le dire de
ceux qui sont concernés, qui se voient par exemple traités « comme de
vieux kleenex qu’on jette après usage ».
De la mécanisation de la personne
(Klemperer)
Grand développement sur l’ouverture du champ lexical à tout le vocabulaire
issu de la technique. Processus engagé en Allemagne dès la République de
Weimar. Mais dit Klemperer « la mécanisation flagrante de l’être humain
reste l’apanage de la LTI » (206)
→ Il y eut d’abord la mécanisation de l’être humain, il y a aujourd’hui une
étape supplémentaire dans sa réification, le fait qu’il soit pris désormais
pour une marchandise. Même plus agent (moteur) mais produit, bien, à vendre,
échanger, détruire, recycler, trafiquer, écouler, receler, etc.
Des formes aux mots (S. Dehaene)
Dans Les Neurones de la lecture
de S. Dehaene, bon résumé de son propos, que je reprends ici à titre de
synthèse.
« Si la lecture parvient à prendre possession de notre cerveau, jusqu’à
devenir un trait essentiel de notre culture “lettrée”, c’est qu’elle possède
une niche cérébrale dans la région occipito-temporale ventrale. La capacité de
cette région à reconnaître les mots résultent d’une double évolution :
– au cours de la phylogénèse, donc à l’échelle de millions d’années, évolution
de cette région corticale pour la reconnaissance invariante des objets visuels ;
– au cours de notre histoire culturelle des deniers cinq milliers d’années,
évolution des écritures afin de s’adapter, le plus étroitement possible, à
cette niche corticale. » (203)
Et donc les formes élémentaires que cette région de notre cerveau sait reconnaître
depuis la nuit des temps, ont été
exploitées et découvertes bien plus près de nous par et pour nos systèmes d’écriture.
Il y a là un cas d’adaptabilité et de plasticité du cerveau assez stupéfiant. L’idée
aussi peut-être qu’un système pas trop étroitement spécialisé, a une plus
grande capacité de se remodeler pour accueillir une nouvelle donne et plus fort
encore, que ce qui va être mis en place petit à petit sera constitué de façon à
tenir compte de la capacité cérébrale.
La chance de savoir lire (S. Dehaene et
V. Nabokov)
On pense bien sûr au combat actuel pour leur éducation des petites
indiennes ou pakistanaises en lisant cette merveilleuse citation de Nabokov :
« Il faudrait que vous vous émerveilliez non seulement de ce que vous
lisez, mais du miracle que ce soit lisible. » (in Feu pâle, cité p. 261). Et au-delà du sort de ceux qui ne savent
pas lire, on pense à ceux qui ne peuvent plus lire, soit en raison de la cécité
ou de la dégénérescence maculaire liée à l’âge, soit parce qu’ils sont devenus alexiques après une atteinte à cette
région du cerveau, toute petite et très localisée, qui permet la lecture.
→ Et tout au long de ce livre, on s’observe lisant et on s’émerveille de
pouvoir le faire, dans la conscience nouvelle de la complexité des réseaux mis
en jeu, depuis la perception du mot sur le support jusqu’à l’émergence de son
sens ! Et merci à Georges Guillain pour m'avoir recommandé cet ouvrage !
Rédigé par Florence Trocmé le 07 février 2013 à 16h45 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 05 février 2013 à 21h10 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Ce cerveau si
flexible (S. Dehaene)
Le livre de Stanislas Dehaene (Les
Neurones de la lecture) est passionnant et rend très humble, car au fond il
suffit de peu de choses pour que ces beaux circuits cérébraux ne fonctionnent
plus et pour que l’on devienne devant la page imprimée aussi démuni que le
pauvre immigré qui ne sait pas lire (alexie). En même temps, incroyable
solidité de ces mécanismes, précisément quand on se rend compte de la
complexité inouïe des circuits.
Dehaene explique que les circuits en question et la spécialisation d’une zone
du cerveau dans la tâche de lire ne peuvent avoir été mis en place par
l’évolution naturelle, la lecture et l’écriture étant bien trop récentes dans
l’histoire humaine mais que le cerveau humain a su recycler une de ses parties, dévolue à la reconnaissance des
formes, pour la spécialiser dans la lecture. Là aussi étonnement et admiration
+ humilité…. Ces performances qui font parfois notre fierté, à quoi
tiennent-elles ? Il faudrait plutôt avoir un sentiment de reconnaissance
d’avoir hérité de ce cerveau si flexible. Seule part active peut-être,
l’entretenir, le faire travailler, le pousser à… Je tiens d’ailleurs que le
commencement de la fin pour les personnes âgées ou très âgées, c’est quand
elles commencent à désinvestir tous les champs qu’elles exploraient
précédemment.
Son et sens se font la course (S. Dehaene)
Stanislas Dehaene met en évidence la sorte de concurrence que se font la
voie phonologique et la voie sémantique dans la lecture. « L’imagerie
cérébrale permet de répondre à l’une des questions fondamentales de la psychologie
de la lecture : doit-on toujours prononcer les mots mentalement avant de
les comprendre ? Ou bien peut-on passer directement des lettres à la
signification des mots sans qu’il soit nécessaire d’en recouvrer la
prononciation. » (161) Et la réponse est : « Ces deux voies de
lecture coexistent et se font la course [...] Les mots fréquents ou irréguliers
accèdent en droite ligne aux régions sémantiques du lobe temporal [...] d’autres
mots, qu’ils soit rares, réguliers, ou tout simplement inconnus, sont d’abord
prononcés mentalement dans les aires auditives du lobe temporal supérieur [...] »
→ Ce qui me renvoie à la double articulation de la poésie selon Valéry, son et
sens : Le poème - cette hésitation
prolongée entre le son et le sens.
Mais il s’agit d’une simple association dont je peine à extraire quelque chose
et dont je ne sais pas si elle a la moindre pertinence !
Faire du neuf avec du vieux (S. Dehaene)
Cette spécialisation du cerveau ne peut pas être inscrite dans le génome,
car lecture et écriture sont bien trop récentes. En fait « on ne
comprendra les circuits de la lecture qu’en les rapprochant des réseaux de
neurones qui chez les autres primates, servent à la vision. Ces réseaux ne sont
pas fondamentalement différents chez l’homme. Mais nous les recyclons en vue d’un autre usage. L’apprentissage
de la lecture fait du neuf avec du vieux. Les mêmes régions cérébrales sont à l’œuvre
lorsque nous lisons et lorsque nous reconnaissons un objet » (170)
Dehaene développe alors cette hypothèse de façon très détaillée jusqu’à
esquisser l’idée de formes, qu’il nomme les protolettres,
et qui sont les formes préférées par les
neurones et qui ressemblent étroitement aux lettres ou aux bases sur
lesquelles sont bâtis les alphabets. Il démontrera plus loin qu’il semblerait
bien que ce ne soit pas le cerveau qui se soit adapté aux lettres mais plutôt
les lettres qui se soient créées puis qui ont évolué pour correspondre aux
dispositions cérébrales !
Garder, archiver, au coeur des plis
« Trier sa mémoire les papiers conservés le débordement de liens
entassés les dossiers désordonnées les mélanges de strates [...] organiser sa
mémoire future
car conserver archiver c’est ordonner le futur
garder, contre le temps, contre la mort, pour créer des retours possibles
des possibilités de réactivation
dans, au cœur de plis
(Note d’Hortense Gauthier. Source)
→ il y aurait dans une entreprise comme celle du flotoir plusieurs fonctions : un tri (plus ou moins sélectif,
avec l’idée que le vrai tri se fera plus tard, quand du temps aura passé et
aura déterminé ce qui a de l’intérêt et ce qui en a moins, voire pas) puis un
archivage.
Tout travail de ce type est aussi une entreprise désespérée contre l’oubli, l’effacement,
une sorte de digue très illusoire contre le dépérissement et la mort.
Ces fonctions de tri, de sauvegarde ne prennent pas en compte celles qui sont
plus spécifiquement liées à une forme de recherche. Où il s’agit de mettre en
présence des matériaux pour tenter de penser et d’utiliser l’écriture comme une
sonde, une antenne, un foret…
Terrible raccourci (Cédric Demangeot)
« Il n’y a pas si longtemps encore, on nous rappelait tout au long
d’une vie qu’il fallait se racheter. On nous explique aujourd’hui qu’il
est préférable de savoir se vendre. » (Cédric Demangeot cité dans
un bel article
de Patrice Beray)
→ on est passé en effet d’une contrainte effrayante qui a écrasé des
générations entières, celle induite par le « péché originel » prêché
par le christianisme, péché dont il fallait passer sa vie à se laver, en
sachant que c’était impossible (double injonction, de celles qui rendent les
enfants fous) à celle de se faire valoir, de se vendre comme une vulgaire
marchandise, en suivant les recettes d’un manuel de marketing (triste
sentiment, parfois, en recevant certains courriels accompagnés de textes proposés
à Poezibao)
Du célesta (Bartók)
Pensant à cette merveille, que j’écoute depuis l’adolescence, La Musique pour cordes, percussions et
célesta de Bartók, j’éprouve un sentiment spatial. Le célesta me semble ouvrir la musique et le tissu orchestral
un peu comme la découverte de la perspective a ouvert, à la Renaissance, les
tableaux vers le fond, l’arrière, l’arrière-pays, l’outre-monde.
L’article de Wikipédia
sur l’instrument me donne peut-être quelques pistes pour comprendre cet effet :
il parle d’un effet boite à musique dans
les aigus, ce qui pourrait induire des réminiscences du temps perdu, mais aussi
dans les sons plus graves, d’effets de
cloche qui me donnent toujours un sentiment d’espace, de spatialisation,
celui justement que j’évoquais.
Culturomics et histoire des mots
« Culturomics is a form of computational
lexicology that studies human behavior and cultural trends through the quantitative
analysis of digitized texts. Researchers data mine large digital archives to
investigate cultural phenomena reflected in language and word usage. The term
is an American neologism first described in a 2010 Science article
called Quantitative Analysis of Culture Using Millions of Digitized Books,
co-authored by Harvard researchers Jean-Baptiste Michel and Erez Lieberman
Aiden. Michel and Aiden
helped create the Google Labs project Google Ngram Viewer which uses n-gram's
to analyze the Google Book digital library for cultural patterns in language
use over time. (source) »
→ et en effet on imagine les potentialités de ce système qui permet d’analyser l'histoire d’un mot donné (mais uniquement dans la base de données,
considérable, des livres numérisés par Google. On peut faire par exemple le test avec le mot "gérer" qui "flambe" à partir des années 70 !).
Écoute et lecture
L’écoute et la lecture, deux grands thèmes récurrents du Flotoir.
→ il y aurait une analogie forte entre l’écoute et la lecture, une même tension
vers ce qui émane du livre comme de la personne, au point qu’ils se confondent
souvent. Le livre comme une personne, la personne comme un livre. Dans les deux
cas, ouvrir une possibilité d’accueil de ce qui se dit, là. Et pour la musique,
qu’en est-il ? Quelles analogies entre l’écoute musicale et la lecture. On
peut entendre la musique en lisant la partition, au point que les musiciens
chevronnés, je le lisais récemment à propos d’un chef d’orchestre, Boulez peut-être,
préfèrent lire la partition plutôt qu’écouter un disque. Lire la partition
permet d’entendre la musique comme on l’entend
et non pas telle que la veut celui qui l’interprète. Comment l’entendez-vous ? questionnait autrefois et assez merveilleusement
Claude Maupomé sur France Musique.
La fleur et l’ortie (Klemperer)
Dans LTI, Klemperer, dont il faut
une fois encore souligner à quel point il est présent, vivant, proche dans la
rédaction de cet ouvrage fondamental, fait une sorte d’aparté pour dit-il,
répéter que « sur la même prairie poussent la fleur et l'ortie. »
→ un des aspects les plus intéressants de son livre et aussi une des plus
fortes incitations à la vigilance, à cette écoute linguistique fine qui
permettrait de détecter dans la langue utilisée par les pouvoirs de toutes
natures des dérives latentes.
Rédigé par Florence Trocmé le 05 février 2013 à 21h07 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 03 février 2013 à 19h35 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Lecture
Je comptais juste le feuilleter, le survoler mais ce livre est passionnant
et beaucoup plus accessible que je ne le pensais : il s’agit des Neurones de la lecture de Stanislas
Dehaene.
De la lecture (Manguel)
Cité par Stanislas Dehaene dans son livre Les neurones de la lecture : « L’existence du texte est
silencieuse jusqu’à ce qu’un lecteur le lise [...] tout écrit dépend de la
générosité du lecteur. » (in Une
histoire de la lecture, cité p. 35
Comment lisons-nous ? (Stanislas
Dehaene)
Ce titre qui trouve si bien sa place dans le flotoir est en fait le titre du premier chapitre du livre de S.
Dehaene. Il décortique un peu les phénomènes qui se produisent au cours de la
lecture. J’en retiens deux points essentiels, le travail en parallèle de
plusieurs instances et le fait que la lecture suppose un double recours au son
et au sens.
→ et en effet si on s’écoute et se regarde lire, on se rend très bien compte
que l’on formule les mots en soi, qu’on entend des sons. Mais qu’il y a aussi
une sorte de saisie à la volée qui fait qu’on identifie très vite un mot, et
cela sans doute d’autant plus vite que l’on est un lecteur expérimenté sinon
expert et que l’on possède un important lexique.
Sur cette question du lexique précisément et pour éviter le recours à la
comparaison inopérante avec le fonctionnement d’un ordinateur, Stanislas
Dehaene reprend une image très convaincante inventée en 1959 par un chercheur
nommé Oliver Selfridge, celle d’un pandemonium,
soit une assemblée, très importante, de petits démons dont chacun
représenterait un mot. Lorsque le signal d’un nouveau mot est envoyé dans le
système, plusieurs petits démons vont se manifester, non seulement celui du mot
donné mais aussi ceux des mots proches et chacun va essayer de faire le
tintamarre maximum pour être retenu. Le lexique mental donc comme « un
immense hémicycle ».
Idées centrales : un fonctionnement en parallèle (tous les démons
travaillent en même temps), simplicité (chaque démon accomplit un travail
élémentaire), compétition et robustesse (les démons se disputent le droit de
représenter le mot correct et le pandemonium
s’adapte automatiquement au niveau de difficulté, d’où une grande flexibilité.
Le boulot ne sera pas le même pour un mot rare même avec une erreur
d’orthographe (exemple donné, astrqlabe) que pour un mot comme lien (voisin de
tien, sien, mien, rien, lion, lier…).
Et explique S. Dehaene, tout l’intérêt de la métaphore c’est que les propriétés
du pandemonium correspondent
parfaitement aux caractéristiques de notre système nerveux. (pages 74 et 75)
→ Je n’ai pas toujours été très élogieuse pour les livres de vulgarisation chez
Odile Jacob, dont certains sont mal conçus et mal écrits. Mais il me semble que
le livre du Pr. Dehaene est remarquable : style impeccable et très vivant,
explications très claires, plan du livre donné en début de l’ouvrage.
Un même circuit cérébral
Une des idées clés du livre de S. Dehaene est que nous lisons tous avec le
même circuit cérébral et que la reconnaissance des lettres se fait pour tout le
monde, chinois, japonais, européens et cela malgré l’énorme différence des
écritures, via la même zone, précise et limitée, du cerveau (partie arrière
gauche, en termes plus précis la région
occipito-temporale gauche.)
Les images du livre et les techniques décrites sont fascinantes, et fascinants
aussi la complexité du système, les voies empruntées, les circuits intracérébraux.
De l’interprétation (Musique)
Toujours cette même question de la fidélité par rapport à l’époque, avec ce
que cela inclut de suppositions sur les volontés du compositeur et les usages
du temps. Double exemple très concret : comment jouer les Variations en fa mineur de Haydn, plutôt
comme Anne Queffelec ou plutôt comme Brendel, approche plus « romantique »
peut-être dans un cas, plus distante sans doute, plus analytique dans l’autre.
Il faut jouer cette musique-là le plus simplement possible, me dit S. Mais
cette simplicité est un vrai graal, et c’est sans doute la raison pour laquelle
on dit souvent que Mozart est plus difficile à jouer que des compositeurs plus
tardifs. Peut-être aussi que nous sommes empreints de romantisme et qu’il nous
est difficile de simplement concevoir l’esprit des temps qui l’ont précédé. J’écoute
en ce moment un disque d’œuvres de Couperin, joués au piano par le jeune
pianiste israélien Iddo Bar-Shaï : là aussi une approche avec pédale, très
sensible. Trop, diraient peut-être certains. Et alors ? Les grandes œuvres
ne sont-elles pas faites pour être traduites de multiples façons et la voie n’est-elle
pas de chercher à entendre et comprendre la pluralité des approches, un peu
comme on aimerait lire parfois plusieurs traductions d’un même texte avec si
possible référence à l’original ? Chaque écoute ou chaque lecture pouvant
enrichir, parfois considérablement, la connaissance que nous avons de l’œuvre en
en mettant en évidence des aspects différents ?
Du pivotement et de la modulation
Lisant un texte
de Christine Jeanney où, partie d’éléments très concrets (les couleurs de
signalisation dans les gaines techniques), elle pivote tout à coup pour dévider
à partir d’autres couleurs une dimension imaginaire.
Il y a ce rapport réel/imaginaire, la bascule à l’intérieur d’un texte, ou sur
un mot ; on change de direction, cette pelote-là a été assez dévidée, pas
de système svp (ce qu’une Valérie Rouzeau maitrise magnifiquement.) C’est au
fond, j’en prends conscience soudain, un peu le même principe que celui de la
modulation en musique ; laquelle souvent se sert, pour changer de monde,
de couleur, d’un accord qui appartient aux deux tonalités, celle que l’on veut
quitter, celle vers laquelle on veut aller… tout l’art est dans la subtilité de
ce mouvement qui trop abrupt choque l’oreille, trop étalé l’ennuie ou la noie.
Rédigé par Florence Trocmé le 03 février 2013 à 19h32 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 01 février 2013 à 18h41 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
De
la musique (Alexis Pelletier)
Ouvert le livre d’Alexis Pelletier, comment
ça s’appelle pour recopier un extrait pour l’anthologie permanente
d’aujourd’hui.
Je relève :
« Et d’où cela naît
de rien au début de la Cinquième
Symphonie
de Bruckner cela vient d’une descente presque
chromatique des cordes pendant un peu plus
d’une minute et puis sans transition
l’orchestre explose
mais combien de sonorités insues
m’avaient formé avant le moindre
souvenir conscient d’un chant » (9)
→ intime conviction de l’importance de ces perceptions utérines puis de celles
des premiers temps, d’autant plus prégnantes que le petit enfant ne dispose pas
encore de mots, ne fait donc pas barrière, via l’analyse, à ses perceptions.
Du piano (Catherine David)
Fini le petit livre de Catherine David, Crescendo,
chez Actes Sud. Paradoxe : je ne trouve pas que Crescendo soit un bon livre, notamment en raison de son écriture
(beaucoup de clichés, de facilités, d’envolées lyriques mal contrôlées), mais
je l’ai lu d’une seule traite avec ce plaisir trop oublié du livre qui s’impose
à vous et semble vous appeler tout le temps où l’on s’en tient éloigné ! Il
est largement autobiographique, n’enseigne pas grand-chose sur la pratique du
piano pour l’amateur, mais décrit la passion pour la piano avec laquelle je ne
peux qu’être très en phase. Il aurait un effet stimulant, si l’on en avait
besoin ce qui n’est pas le cas !
« La pratique d’un instrument est un privilège insensé dans notre nef des
fous » (96)
et cela, qui peut constituer un véritable enseignement : « Ne jamais
concevoir une note ou une séquence comme isolée, considérer la partition comme
un tissu vivant. » (233)
→ où l’on rejoint l’enseignement de Celibidache, la musique comme un tout, où
chaque partie contient l’ensemble ; et cette nécessité en jouant la
première note de savoir ce qu’elle porte en elle de développement jusqu’à la
fin de la pièce.
Catherine David évoque la disciple de Liszt, Marie Jaëll, déjà évoquée
récemment dans ce flotoir (en raison notamment de sa présence, via des objets
lui ayant appartenu, au Musée de Wissembourg).
Planche (Antoine Emaz & Paul Valéry)
Préparant la mise en ligne de l’épisode
12 du feuilleton d’Antoine Emaz, je relève :
« Planche. Avoir du pain sur la planche. Planche, impératif de plancher,
travailler. Faire la planche. Planche à billets, ne rêvons pas. Planche à
dessin. Planche de salut : il y a bien de cela dans la note comme substitut
du poème. »
Et me revient immédiatement, comme un contrepoint, l’ancien en-tête du flotoir
« Retenir, noter, comprendre, combiner, prolonger, préciser.
Nettoyer la place - Rompre.
Revenir à ses références absolues — se rassembler. »
(Paul Valéry).
→ et cette idée de contrepoint, la concrétiser en « montant « ensemble
des choses qui se parlent
Simple et efficace (De la critique,
Antoine Emaz)
« Distinguer, autant que possible, entre “ce boulot est inintéressant”,
dans l’absolu, et “ce boulot n’est pas intéressant, pour moi ». (source)
Pour le boulot de critique, pour la
question des critères de jugement. Parfois c’est évident, il n’y a rien dans ce
livre, parfois c’est plus complexe, cela ne me touche pas, ne me parle pas, me
rebute, m’ennuie, ne me concerne pas mais ce n’est pas rien. Nettement pas
rien !
→ Lucidité et courage. Lucidité, douter de son jugement, et courage, savoir
exprimer que l’on n’a pas la capacité d’entrer dans ce travail-là.
De l’effacement et du brouillon (Isabelle Pariente & Jean-Pascal
Dubost)
« Toute phrase est provisoire. Toute phrase est, n'est que, la
pointe ultime de notre avancée dans le monde. Elle n'a de sens que si elle
prépare, rend possible, appelle, attend la prochaine, elle n'a de sens que si
elle nous ouvre une perspective sur la phrase à venir. Je ne cherche pas le
point final. Il n'y a pas de point final. » (source)
me renvoie à :
« Nulle chose est faite et
parfaite. Je fais du brouillon continué une idée douce de l’humilité : je
travaille à réduire ma vanité. »
(Jean-Pascal Dubost in note
de lecture de son dernier livre Nouveau
Fatrassier, par Pierre Drogi)
→ je trouve ces deux citations apaisantes. D’autant plus qu’Isabelle Pariente-Butterlin
articule cette pensée à la pratique d’Internet, si souvent et parfois
superficiellement décriée. Ne vaudraient que l’écriture à la main, que le livre
papier. On peut dire oui à l’écriture manuscrite et au livre papier (j’ai vu
des carnets manuscrits d’Isabelle Pariente et elle a publié plusieurs livres)
mais aussi penser avec elle qu’ « il est possible que l'écriture sur
internet, sur site, sur blog comme on voudra, libère les phrases écrites [du]
rapport à l'enregistrement. Il n'est pas impossible qu'elle les rende à la
dynamique de la parole lancée à travers le monde et à travers le silence, et
les libère du lien avec la mort. [...] écrire et effacer, se donner la
possibilité de l'effacement dans le geste de l'écriture. Ne pas inscrire le
geste de l'écriture dans l'enregistrement. On n'enregistre rien. On avance. On
continue d'avancer et pour avancer et pour avancer il faut parfois revenir sur
ses pas. (source)
Charlotte Delbo
Sur France Culture, émission la Grande Table, une évocation très prenante de Charlotte Delbo. A l’occasion
du centenaire de sa naissance et de la publication d’une biographie (Charlotte Delbo de Violaine Gelly et
Paul Gradvohl, Fayard). Avec Geneviève Brisac, Christophe Prochasson et
Catherine Clément. On a pu entendre notamment des extraits d’un entretien avec
Charlotte Delbo et découvrir sa voix tout à fait particulière que les personnes
présentes sur le plateau ont comparée à celle d’Arletty. Il y a aussi dans
l’émission une brève intervention enregistrée et très émouvante de Rithy Panh.
Rédigé par Florence Trocmé le 01 février 2013 à 18h38 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 30 janvier 2013 à 11h39 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)