Le Jardin ouvrier
Le jardin ouvrier (revue) : petits carrés cultivés, apparence modeste mais
textes goûteux, malins, tenaces.
Passé encore un long moment dans ce magnifique jardin ; éclairée par un intelligent
article de Laurent Albarracin. Et on a vraiment l’impression de se promener
au milieu de petites parcelles, impression renforcée bien sûr par le jeu de la
typographie et cette régularité au cordeau induite par le vers justifié
(exemplaire suite sur l’Abbé Lemire, le créateur des jardins ouvriers, par
Lucien Suel) ou par les vers à nombre de mots déterminé et identique. On retrouve
le protéiforme Ch’Vavar, mais aussi Tarkos qui donne de numéro en numéro des
textes étonnamment différents et très variés, on se régale des textes en picard
avec l’envie même d’apprendre certaines tournures par cœur, tant elles sont
savoureuses : Vaù ennè rablantchie
(voilà une éclaircie)[on aimerait bien] ….
Celia, Mingus
thème au piano, soutien à la batterie, en moins de cinq secondes toute l’atmosphère
de la pièce autour de ce peu de piano et cette batterie en pulsation de poulpe.
Au piano le thème est là mais en même temps il se cherche ! Volutes des
saxos [passe le souvenir de Piccolo, saxo et cie…], éperdus sans pathos,
trompettes, accord parfait | tempo lent, méditatif, ruptures douces (l’oxymore
serait-il une marque de fabrique de Mingus ?). Le saxo semble à la fois
dehors et dedans et cet art des raccords déjà noté dans Tijuana Moods, on
arrive soudain sur une autre pulsation sans savoir comment…. Pas idiot de
tenter les mots sur la musique mais à une condition : ensuite les oublier.
J’ai souvent remarqué que l’écoute était affutée par l’attention portée, une
fois, à certaines figures rythmiques ou mélodiques, comme si ces nœuds structuraient
ensuite la pièce, servaient de points de repères à partir desquels pousser plus
avant l’écoute.
Trou noir
tout se passe comme si cellule énuclée. Il y a tout l’appareil autour du noyau
manquant qui serait le texte poétique. Il y a le flotoir, les notes de travail,
la correspondance, la recherche critique mais au centre, rien, trou noir du
texte. Est-il potentiel ou mort-né, that
is the question !
Double ciel
Hier soir, 17 heures, spectacle sur grand écran (à la fenêtre) : ciel
noir, lumière jaune soufre, double arc-en-ciel total serrant entre ses deux
orbes le Dôme des Invalides, irréel. Profusion
de nuages, d’éclairages, drames à tous les étages.
Puis extinction,
grand balayage de vents. Dix minutes plus tard, à la fenêtre, ne pas comprendre
que c’est bien le même paysage, ce gris-chape.
©florence trocmé