Creeley
Extrait d’une belle note sur le poète américain Robert Creeley, donnée
par Stéphane Bouquet pour Poezibao et
publiée hier :
« Avec le temps, la solitude va devenir la note dominante et lugubre de l’œuvre,
et le langage occupera le devant de la scène, moins parce que Creeley a viré
avant-garde linguistique que parce que le langage est notre dernier recours, et
notre seul refuge. »
rabelais
« Que l’on me vieigne ratisser et tabuster le cerveau » (Pantagruel,
57)
lecture électronique
Je poursuis aussi mes expériences avec l’iPod et la liseuse Sony, l’un
plutôt pour la lecture de toutes les informations recherchées via les fils RSS
(domaines littéraire, technologique, scientifique, Internet, encre électronique
et avenir du livre, nouveaux enjeux culturels…), l’autre pour la lecture de
textes, souvent des classiques, cf. Rabelais ! Textes que l’on peut
désirer avoir facilement sous la main, comme en une sorte de bibliothèque
portative, minuscule, aussi grande qu’on peut le souhaiter puisqu’avec carte
mémoire on peut stocker au moins 10 000 livres…. pour l’instant aucun
achat si ce n’est un fichier sur publie.net
Cixous et l’usage d’un mot
Les pages de Ciguë sur l’usage du mot
« avant » dans le vocabulaire de la mère : apparition du mot et son
étrange double pouvoir puisqu’il sert à marquer l’irréversible et en même temps
à masquer ce qui est arrivé. Accomplissement et écran en même temps. Force du
langage, cotte de mailles parfois, plus impénétrable qu’armure. Et plus les
mots sont simples, usuels, plus on peut les habiter comme un château-fort !
Pour nier l’évidence, dans une logique de pur déni.
Il semble que Cixous explore ces pouvoirs « magiques » (au vrai sens
du mot) de la langue. La façon dont sa mère use des mots. Elle, Hélène, de son
côté, explore conjointement ce que lui disent les mots, souvent les mêmes que
ceux de sa mère. Ceux par exemple qui comme « avant » apparaissent à
un certain moment : la langue devient comme la peau de la mère en proie à
cette terrible maladie dermatologique, la pemphigoïde. La peau, immense
métaphore, avant la mort (et c’est terrifiant) du processus de la décomposition :
« Grâce à ″avant″ et comme avant, ma mère a recommencé à acheter avec Eri,
peu de temps ″après″ » (Ciguë, 126)
Cixous encore, langue toujours
« Retenir la mer dans un filet, c’est une idée fixe, fixeuse »(129)
(et il y a bien sûr un jeu sur le mot mer/mère puisque tout le contexte porte
sur l’idée de la mort à venir de la mère, tant redoutée)
Cette remarque n’est-elle aussi une somptueuse description de la
tentative-écriture, celle de n’importe lequel de ceux ou celles qui écrivent. Infinie
combinatoire de la langue, indigente pauvreté de nos moyens : pleins de
trous, incapables de retenir la moindre goutte, tout au plus un peu de sel à
lécher sur les cordages.
Passages
Tout fuit si vite sur l’eau, il faudrait pouvoir jeter l'encre.
A flanc, le vide
A flanc, le vide, agrandi par le bruit, ouvert, en coupe, abyssal –
écarte lèvres du silence et révèle le gouffre – toute ville pans de vide à
perte de vue – blocs de silence doublant, insus, blocs de verre, de pierre, de
mots – mots vrombissant comme mouches en été, s’écrasent sur la transparence –
le vide oscille sur lui-même, vent des hauteurs, petite prise – le bruit
ausculte et sculpte le vide.
Cixous, rêve(s)
Une part de l’art de Cixous est d’entremêler complètement le récit du « réel »
(réflexions, anecdotes ou ce qui passe pour anecdotes) et les récits de rêves,
assemblage tellement naturel (épanchement
du songe dans la vie réelle ?) qu’on ne voit pas la suture, qu’on ne
se rend pas compte qu’on est passé de la terre ferme à l’eau : on continue
à avancer et on marche sur l’eau !
→ et quand par chance très brièvement on « écrit », même phénomène :
on marche sur l’eau. Mais si l’on en prend conscience, c’est fini, c’est le
bouillon ou la noyade.
Cixous, page-fantôme
« il y a bien toujours une page-fantôme », dit-elle (Ciguë, 151)
Et si c’était là une part de la force de ses livres, toutes leurs pages-fantômes
qui comme tous les fantômes sont là, mais ne sont pas là, sont l’attente, sont
latentes, images à révéler sur le papier, dans le bain du rêve sous-jacent à la
lecture.