Ciel
Très beau temps, fraîcheur et lumière, une quinzaine de degrés. Hier énormément de pluie, des bourrasques, d’immenses voiles gris arrivant de l’horizon ouest et se déchaînant en averses.
Musique
Quatuors de Mozart, notamment le 15ème en ré mineur. Par les Alban Berg. Et surtout l’allegretto ma non troppo… comme danse esquissée aux bords des mondes, au bord du désastre, de l’abîme.
Lectures
Wolfgang Borchert (en allemand), Nachts schlaffen die Raten doch, une très sombre histoire écrite au lendemain de la guerre, quatre pages impressionnantes – trois nouvelles histoires philosophiques de Casati et Varzi – un amusant petit bouquin de Jean Foucauld, Éloge de la betterave – Dominique Fourcade, manque puis le fameux chapitre de Don Quichotte où il cherche à étriper un moulin à vent. Le Monde aussi.
Citation
« La conscience est un phénomène très labile, une écume sur la profondeur océanique de l’esprit » (Roberto Casati et Achille Varzi, 39 petites histoires philosophiques d’une redoutable simplicité, Albin Michel, p. 28)
Borchert
Nachts schlaffen die Raten doch, une très sombre histoire écrite au lendemain de la guerre, quatre pages impressionnantes lues avec mon jeune correspondant allemand (le livre m’a été offert par sa mère). Vocabulaire un peu difficile mais récit facile à comprendre. Plus difficile à saisir, le sens de cette histoire. Un jeune garçon de neuf ans, sur un tas de ruines, seul, attend. Vient un vieil homme aux jambes tordues, avec un panier, un couteau et de la terre sous les ongles. Il demande au petit garçon ce qu’il fait là, ce dernier se refuse à le dire puis finalement, devant le vieillard qui lui parle de ses petits lapins et lui propose de venir les voir, il consent à dire qu’il surveille les rats. Pourquoi lui demande l’homme. Parce que son petit frère, mort, est enseveli sous les décombres de leur maison et que les rats sont réputés manger les corps des morts. Le vieillard alors lui demande qui lui a dit ça. Le professeur, répond l’enfant. Le vieillard trouve alors une superbe parade, « les rats dorment la nuit », dit-il à l’enfant et il s’en va sur une note d’espoir, il va pouvoir revenir, le soir et emmener l’enfant se nourrir chez ses parents et voir ses lapins, il lui en donnera même un.
Récit écrit au lendemain de la guerre, en 47, peu avant la mort de Borchert qui n’a vécu que 26 ans. Longuement lu aussi en ligne, sur Wikipédia, notamment un grand article en allemand sur ce très beau et impressionnant récit, que j’ai presque envie de traduire.
Suite en huit
Dès premières heures, la question pourquoi ? – pourquoi la question ? – la question pourquoi jusqu’à la dernière heure.
L’enfant, la ruine, le corps mort du petit frère, les rats // le visiteur, son panier, ses lapins – oreilles mouvantes du lapin, ligne de vie du petit.
Qui veille et pourquoi ? – le mort, aux rats ou à la flamme – faire ce qu’il y a à faire, affaire de cran (d’arrêt ?)
L’ornement, sur ou avant la note de basse ? Pirouette superficielle ou profond massage ?
Séquences à quantifier, justifier, compter ? Pourquoi ? Mimétisme ou nécessité profonde ?
Pulsation profonde, pouls superficiel, ce qui pousse et déhanche, corps à l’affût, longue portée.
Mozart, quinzième quatuor en ré mineur, l’élan vital, l’étale vivante, pulsatile, la mer recommencée inverse du temps
Canon, foudre, pluies et repluies, processions de gouttes pressées, outre protocole, flamme vive, les rouges, les ors, le gris.
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