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Rédigé par Florence Trocmé le 17 juin 2013 à 17h13 dans photomontages | Lien permanent
De Françoise Clédat à
Liliane Giraudon
Je passe de la lecture de F. Clédat à celle de L. Giraudon (Madame Himself) et j'éprouve le
sentiment de ne pas être dépaysée. Je n'avais pas à ce jour opéré le moindre
rapprochement entre ces deux œuvres que je suis attentivement, l’une et l’autre
et voilà que soudain ce rapprochement se fait. Il en va je crois d'un rapport original
au corps et à l'identité. Qui parle ?
écrivais-je hier à propos de Françoise Clédat et aujourd'hui reprenant en route
le livre de Liliane Giraudon, je pose la même question (et je relis la très
belle note d'Anne Malaprade.) : on sent
une même capacité par les seuls moyens de l'écriture d'aller fouiller les
questions de la féminité, de la maladie, de la sexualité, de la mort. Par
créatures à peine interposées, princesse
Bambine chez Clédat et Melle Pierrette Davignon chez Giraudon. Même liberté
d'usage d'un matériel thématique très vaste allant de la mythologie au
contemporain en pure anachronie. Ce qui est clair c'est qu’en moi, lectrice,
les deux écritures viennent se rencontrer et s'entretenir. Situation pas si fréquente
il faut le dire. « La vie retournée comme le doigt d'un gant » dit Liliane
Giraudon (44) alors que j'employais hier la même image à propos de l'usage du
conte chez Françoise Clédat.
Je note aussi cette allusion autobiographique de Liliane Giraudon : « Melle Davignon ne possède pas une
vision claire de l'usage qu'elle fait des mots. C'est pourquoi elle dessine. »(55)
Rencontres des œuvres via le lecteur
Une conscience de lecteur serait ainsi comme un lieu où se rencontrent les
auteurs. Il y a donc un autre niveau d’échange possible induit par la
lecture, non seulement d’auteur à lecteur, mais chez le lecteur hospitalier, échanges entre auteurs.
Schubert, Winterreise
Projet d’été, travailler l’allemand aussi avec le lied. Commencer par
Schubert bien sûr, puisqu’il se trouve que j’ai depuis longtemps cet autre
projet, prendre le temps d’entrer vraiment dans ses grands cycles de lieder. Je
voudrais commencer par le Voyage d’hiver.
Pour cela, j’ai téléchargé la partition, sorti le livre-disque paru à la
Dogana, avec un essai introductif de Jean Bollack et une interprétation de
Stephan Genz et Michel Dalberto et choisit en premier lieu dans la discothèque
Qobuz la version Dietrich Fischer Dieskau avec Gérald Moore.
J’aimerais tenir journal de ce travail de découverte, ici, dans le Flotoir.
Schubert, Winterreise, Gute Nacht,
bonne nuit…
Première écoute, très, trop rapide, du premier lied du cycle, Gute Nacht, bonne nuit, mais avec la
partition sous les yeux. En fait, ce lied, je le connais presque par cœur, mais
ce qui me retient, c’est la tristesse qui s’établit d’emblée, avec quelque
chose de doucement, tendrement répétitif dans la musique, essentiellement basée
sur des accords dans lesquels est inscrite la mélodie, descendante, du lied. Le
climat est là et la raison de ce climat se découvre petit à petit : un
homme s’en va qui aimait d’un amour impossible une jeune fille (elle parlait d’amour, sa mère plutôt de
mariage, dit le poème de Wilhelm Müller). Il s’en va donc et souhaite à la
jeune fille, en son absence, une bonne nuit. Le premier vers, déjà, précise :
« Étranger je suis venu, Fremd bin
ich eingezogen / Étranger je repars, Fremd
zieh ich wieder aus » avec ce double verbe si typique de l’allemand,
einziehen, ausziehen, le mouvement inverse, venir, partir, posé là, au seuil de
l’œuvre. Et la répétition en début de vers du mot Fremd, étranger…Évocation aussi du cycle des saisons, le voyageur
étranger était arrivé au mois de mai, il repart alors que le monde est devenu
terne (trübe) et que le chemin est
recouvert de neige, avec la dérision de la rime entre Eh’ le mariage et Schnee,
la neige…. (le livre-disque de la Dogana propose une traduction de Frédéric
Wandelère. Selon une petite note du livre, il semblerait qu’il ait eu comme
prédécesseur rien moins que Gustave Roud et Jean-Pierre Lefebvre (et aussi
Pierre Balascheff, Arlette de Grouchy et Catherine Godin, sans parler de tous
les traducteurs publiés dans les livrets de disques ou de CD).
Cendrars
Préparant la publication de quelques poèmes de Cendrars pour l’anthologie
permanente de Poezibao, je m’aperçois
que dans l’index du site, j’ai écrit (et laissé depuis fort longtemps) la
mention Balise Cendrars, ce qui me semble assez approprié finalement pour cet
immense voyageur et qui est assez ironique, car j’ai choisi comme premier poème
un texte de Feuilles de route qui s’appelle
précisément « Coquilles » : « Les fautes d’orthographe et
les coquilles font mon bonheur. »
Rédigé par Florence Trocmé le 17 juin 2013 à 17h11 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Rédigé par Florence Trocmé le 14 juin 2013 à 19h09 dans photomontages | Lien permanent
Françoise Clédat, journal de lecture, 2 et fin
L’érotisme affleure souvent dans les pages du livre de
Françoise Clédat, -Fantasque Fatrasie
(une suggestion de défaite)- voire même
s’impose comme thème dominant à tel ou tel moment. Exploration des sensations
par les mots, tour à tour presque crus ou plus abstraits, géométriques presque.
Exploration aussi de jouissances nouvelles, différentes, autres. Et toujours le
jeu entre le rêve et la réalité. Qui parle ? Fille, garçon, femme, homme vieux,
jeune ?
Sans cesse de phrase en phrase, parfois même sur un empan plus petit, on change
de genre, de lieu, de registre : « Nous sommes éternels dit fée la
forêt n'être/ Centre de rien/ Cercle que rien ne centre/ Centre que rien ne
cercle. » (46)
Incluse dans le livre, donc, filigrane ou motif franc, une sorte de rêverie
érotique. Mais une rêverie hantée par la vieillesse vécue ici d'une façon
étrangement positive tout en étant habitée par la mort : comme une
continuation de l'amour, une ode à l'amant mort : « L’amant aimé s’absente.
L’amante se voit se perdre en aimant. L’amant mort est réciproque. » (61) C’est
une très belle méditation sur la mort, sur l’absence, la perte de la relation
physique et en même temps la possibilité et la nécessité de continuer l’amour,
autrement, différemment : « L’aimé s’absente : il rend possible
et nécessaire la diversité des amants, amants de légèreté, amants de dire. »
(61)
Voici ensuite une étrange session où se mêlent description architecturale et
organique imbriquées Est-ce un corps ou une église que l'on explore et visite ? :
« Narthex obscur (col), s’efface dès que franchi pour s’ouvrir aux
dimensions d’une nef disproportionnées, grotte ou déambulatoire. » (68)
En trame de fond l'histoire de la fée Bambine et large recours au répertoire
des contes mais comme retournés à la manière d’un gant et de ce fait montrant
leur vraie nature, qui est érotique.
Sentiment de brasser un matériau en partie réel, en partie fantasmatique, mais
de toutes façons passé par la centrifugeuse de l'inconscient. Comme un compost
où se serait déposée, au fil du temps, la matière vécue et imaginée du jour,
avec une bonne pelletée de nuit et tout cela en fermentation, source des
poèmes. Ce matériau, on le reconnaît en quelque sorte et c'est peut être bien
du fait de sa décomposition qu'on peut se l'approprier. Comme si ce livre
mimait, montrait la façon dont se construisent les récits des origines,
individuels et collectifs. Par brassage et métissage de sources certes
nombreuses mais en même temps universalisées par leur récurrence et leur
contrepoint.
Après le conte, voici en effet le récit mythique et toute la fin du livre tourne
autour d'Hélène. C’est un livre d'amour qui efface les frontières (entre l’amante
et la putain notamment, entre le conte, le récit érotique et l’antienne), un
livre où amour et mort s’affrontent en une bagarre vitale et singulièrement
vivante ! Nulle complaisance ici dans la perte, mais une sorte de transgression
nécessaire, jamais provocante ni choquante et qui est entée sur la mort de l’aimé.
Mais il n'empêche qu'on passe aussi de l'amour au carnage et à l'horreur de la
guerre, guerre antique et massacres
contemporains.
Le livre brasse ainsi en une langue singulière, hachée, éclatée même parfois,
profondément travaillée (dans les deux sens du mot !) tous les grands
thèmes de façon puissante et en un anachronisme fécond. Il s’agit bien de « faire
surgir l'étrange /d'impossible réponse à/ impossible question. » (132)
Et trouble il y a, oui. : « étrange étrange/ évidence/ De ne se
saisir que par son trouble. » (134).
Et voici la chute surprenante elle aussi (ce livre ne cesse de
surprendre le lecteur) mais si cohérente : « laissera-t-on à l'anachronique la
patience de son auto-effondrement, ou pour raison de sécurité choisira-t-on de
l'anticiper ? (139).
Construction très particulière de ce livre dont je ne sais si elle est fatrasique mais qui parvient à brasser
et unifier un matériau extrêmement riche sur le plan imaginaire et symbolique :
le pseudo conte avec sa fée autobiographique Princesse Bambine, Le piano
humain qui relève plutôt de la critique poétique, un récit érotique
convoquant fugitivement de grands prédécesseurs, des fragments de récit
mythique autour d'Hélène et de Troie (L’Épopée
virile, mes Grecs, I et II). Et tout cela, fatrasique, fantasque, fantasme
et fantastique, lié par des éléments autobiographiques ou des faits
contemporains qui viennent arrimer le lecteur au récit, lui donner vie et humaniser
tout ce magnifique fatras.
Rédigé par Florence Trocmé le 14 juin 2013 à 19h04 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Rédigé par Florence Trocmé le 13 juin 2013 à 10h45 dans photomontages | Lien permanent
Musique, dans la suite d’Espinosa,
Une réaction d’Ivar Ch’Vavar, une de Marc Dugardin et cet article :
« At the end of the
1990s, cognitive psychologist Steven Pinker infamously characterized music as
“auditory cheesecake”: a delightful dessert but, from an evolutionary
perspective, no more than a by-product of language. But Pinker was probably
right when he wrote: “I suspect music is auditory cheesecake, an exquisite
confection crafted to tickle the sensitive spots of...our mental faculties.”
Or, to express his idea less graphically: music affects our brains at specific
places, thereby stimulating the production of unique substances that have a
pleasurable effect on our mood. However, rather than a by-product of evolution,
music or more precisely musicality is likely to be a characteristic that
survived natural selection in order to stimulate and develop our mental
faculties » (source) (tickle,
chatouiller)
Ivar Ch’Vavar de son côté m’écrit : « Je suis d’accord à 98,2% avec le
radicalisme d’Espinosa. [...] mais je laisse tout de même 1,8% – à quoi
?... Eh bien disons à l’histoire de la musique dans la musique, à l’histoire du
compositeur aussi, et même à l’histoire de l’œuvre, et pourquoi pas l’histoire
des interprètes, et des interprétations ! On ne peut (même dans l’écoute
profonde) faire fi de tout cela. C’est comme pour la peinture, une toile de
Cézanne EST une surface colorée, et tout l’effort du peintre est de nous le
montrer ; mais... même empaumé dans la contemplation de cette toile, eh bien ce
qu’on sait de la vie de Cézanne est là, le bruit de l’époque, aussi, tout près
et plus loin, il est là. Même “quelque chose” du paysage d’avant Cézanne reste
encore là, dans cette toile, en dépit de la transformation incroyable que lui a
fait subir Cézanne (et avant lui l’Impression), pour qu’en regardant ce tableau
on voit enfin le réel. – Évidemment, tout cela là, sur cette surface colorée du tableau, exprimé par
la peinture de Cézanne, ne l’excédant pas. Mais, tout de même... »
Quant à Marc Dugardin, il écrit :
« Quelle magnifique formule, la musique comme joie, liée à "l'écoute
hospitalière du réel" ! Voilà qui me semble toucher au plus juste de
ce qu'il en est, et je suis troublé et ému par ce mot "hospitalier"
car il me renvoie à l'intuition que je t'ai déjà exprimée, et qui t'avait
frappée: on écoute et on est écouté [par
la musique](hospitalier se rattache à "hôte", ce mot qui en français
renvoie à la fois à celui qui accueille et à celui qui est accueilli).
Mathieu Brosseau
Je n’ai pas inclus pour l’instant dans ce Flotoir les notes que j’ai prises en lisant le livre de Mathieu
Brosseau, Ici dans ça… Lecture forte.
Je dois maintenant avec ce matériel tenter de composer un entretien. Une
lecture du livre doit être donnée le 20 juin, par un comédien professionnel, à
la bibliothèque Marguerite Duras.
Il y a dans ce très beau livre une scansion, une scansion que je pense fondée
sur une forme d’urgence et une manière de fuite en avant, de fuite dans le
noir. Il parle du chant, mais pour moi c’est un peu le chant d’un enfant dans
le noir…mais en partie seulement, car il y a une véritable trajectoire, la
scansion n’est pas celle de l’enfant autiste, elle a une dynamique qui porte
vers l’avant.
Françoise Clédat
J'ouvre le livre de Francoise Clédat avec son étrange titre à deux étages première
partie barrée Fantasque Fatrasie
suivi de (une suggestion de défaite)
Et les deux citations placés en exergue montre bien que le livre va avoir à
voir avec le genre de la fatrasie.
Première stupeur de taille et merveilleuse, celle d'´une langue très étrange et
d'une sorte de dépaysement. Où sommes-nous et quand ? Je dis stupeur merveilleuse, car c’est au fond
très rare, cette impression en ouvrant un livre, d’avoir à faire à une langue
aussi différente et d’emblée aussi intéressante ! Il semble y avoir là des
éléments quasi légendaires ou en rapport avec les contes, mais entrelacés à
d’autres de la vie personnelle et contemporaine, par brefs flashs. « Chaque
jour herborise/ sa répétition d'horloge sédentaire » (17).
→ Bel oxymore très représentatif de la manière de Françoise Clédat que cette horloge sédentaire, le temps passe mais
il tourne en boucle ! D’où peut-être ce tissu mêlé d’éléments légendaires
et de faits contemporains.
Il y a aussi cette attente de la « caresse de l'enfantin » (18), les
éclats de conte l'avait déjà laissé deviner et on retrouve le jeu du
va-et-vient dans le temps. Je me souviens que dans l’avant-propos d’Etnaxios (L’Amourier, 2008), Françoise
Clédat parlait d’incessante anachronie.
Et l’on décelait déjà dans ce titre cette propension, non gratuite, il faut y
insister, à jouer avec les mots, Etnaxios
étant entre autres, le renversement de soixante).(Lire cette note
à propos d’Etnaxios)
Il y a comme un changement de pied constant, qui est fatras. Fatras et
fatrasie, ces modes littéraires très anciens, où le son l’emporte souvent sur
le sens, où le jeu est partout, sur les mots, sur le sens… le modèle que suit
librement Françoise Clédat ici ?
On a aussi le sentiment que la langue est sans cesse coupée avant terme. Cela bifurque
ou croise le fer comme avec une autre baguette dans le vrac d’un mikado. Fatras toujours l'inclusion de journaux,
en tout petits fragments versés au poème. Il y a un climat très particulier
dans ces premières pages. Fatrasique et
fantastique, ce qu’annonçait le
titre. À quoi joue-t-on ? se demande le lecteur ou bien que se passe-t-il ?
On décèle aussi quelque chose de théâtral. Une sorte de monstration, fondée sur un mixte de scène théâtrale et d’installation (dans le sens donné à ce
mot par l’art contemporain). Où sont conviés enfants, clowns et sans doute
marionnettes. Et il se pourrait que comme au théâtre, l'intrigue, ici poétique,
se dévoile petit à petit ? Quant aux allusions à l’art, elles sont légion
dans l’œuvre de Françoise Clédat : son beau travail autour de Turner
notamment et sa fréquentation des artistes avec lesquels elle travaille.
Rédigé par Florence Trocmé le 13 juin 2013 à 10h31 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Rédigé par Florence Trocmé le 04 juin 2013 à 18h28 dans photomontages | Lien permanent
Du
livre (Vincent Eggericx)
« Un livre ne résout pas les problèmes, n’est pas “efficace”, mais a
une dimension aporétique essentielle au sens où, dans le monde pulsionnel de la
technique, régi par l’efficacité, il est un court-circuit, une “bombe”, une
singularité. »
(Dans un entretien avec Pierre Vinclair pour Poezibao)
Du temps s’écoulant au présent
À la fin de son beau livre, L’inexpressif
musical, Santiago Espinosa rebrasse un peu toute sa thématique en une conclusion
nette et d'une belle clarté. « La musique est d’un autre monde : elle
est un réel à part entière. Elle est du temps à l’état pur, du temps s’écoulant
toujours au présent, nunc stans. Elle
ressemble en cela encore une fois à la vie. L’amour de la musique ne peut être
qu’une approbation de ce qu’elle est réellement – et c’est cette approbation
(des choses, du temps, de l’existence au sens large) approbation avertie des
prérogatives du réel, qui est susceptible, chez l’auditeur qui tend une oreille
attentive, d’éveiller la joie de vivre. » (170)
« Cette idée illusoire que l’art exprime “quelque chose” relève d’une
certaine considération du langage selon laquelle celui-ci non seulement est
censé procurer une image du réel (le faire “apparaître”, mais en outre pouvoir
s’y substituer (le “représenter”). C’est en grande partie parce qu’on octroie
au langage ce rôle qu’il n’a nullement qu’on attribue un rôle similaire, mais
également à tort, au langage musical – et à tout langage artistique en général
(celui d’exprimer quelque chose). » (172)
Clément Rosset
… complète de quelques pages le livre d’Espinosa.
Il dit que la thèse d'Espinosa « prend à rebours la quasi-totalité des
conceptions » sur la musique et dénonce lui aussi une conception superfétatoire de la musique (182). Il souligne la vive
résistance à la thèse d'Espinosa fondée sur le dire de Stravinsky. Et pense que
cela renvoie à deux erreurs.
La première étant que la tendance à penser que tout ce qui peut être évoqué à l’occasion de la musique l’est en
réalité par la musique. Car s’il est
indéniable que la musique fait surgir au gré de chacun des émotions, des
sentiments, des souvenirs (et cela d’autant plus qu’elle a une forte capacité à
réactiver le passé personnel), il n’y a pourtant aucun rapport entre ces évocations personnelles et la musique.
La seconde erreur consiste à considérer qu’il
n’existe pas d’expressivité spécifiquement et uniquement musicale. (185)
→ Et il pointe bien l'aporie que j'ai ressentie tout au long du livre et
parfois tenté d’exprimer et qu’Espinosa combat pied à pied et je dirai avec
courage, un peu, j'y reviens une fois encore, comme Nicolas Pesquès se bat avec
Juliau et le jaune.
Le plaisir musical
Rosset tente de rendre compte du plaisir musical. Un plaisir d’ordre physique
en premier lieu : « la jouissance musicale est d'abord matérielle,
comparable à la nutrition ou à la boisson »
Mais tout à coup alors qu'on pensait avoir à portée une bonne explication de la
nature du plaisir musical, ça tourne court lors de la tourne qui mène tout
simplement à la dernière page du livre et à cette conclusion formidable en ce
sens qu'elle est parfaitement cohérente avec le propos des deux auteurs : « la
musique est résolument indéchiffrable. »
→ Il suffit donc de l'écouter mais j'ai la conviction que cette lecture aura modifié
cette écoute dans un sens favorable à la joie.
« La musique a son secret et elle le garde », dit Rosset !
→ Et c'est sans doute pour cela que certains d'entre nous la chérissent à ce
point !!!
Énigme
donc de la musique et ce mot d’énigme est le titre d’un poème de Denis
Rigal, in Terrestres, que je lis juste après avoir fermé le livre d’Espinosa.
il est
ce qui frémit vers,
ce qui tend et projette
il vient d’avant
et n’a souci de se nommer,
ne dit rien,
n’enseigne rien.
il est tout dans le flot
et les figures,
dans la gambade
le toucher terre et puis l’envol
une fois, pourtant,
sera dernière.
bientôt.
le sait.
→ hors la strophe de chute, je trouve que ce poème pourrait donner une juste
image de l’écoute musicale, telle que la préconisent Espinosa et Rosset. Une
écoute qui n’a souci de se nommer.
Rédigé par Florence Trocmé le 04 juin 2013 à 18h04 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent
Rédigé par Florence Trocmé le 01 juin 2013 à 15h22 dans photomontages | Lien permanent
De la lecture
(Richard Powers)
« Une intervention artistique ou philosophique ne peut pas changer le
monde mais l'acte de lire, oui. Il permet de prendre la mesure de la complexité
des choses, de voir que le monde nous appelle. »
In « arrêter les pendules le temps d’un roman », Le Monde, article
à propos des Assises du roman à la villa Gillet à Lyon.
Grand père n’était pas un nazi
Découvert via un article du Monde des
livres l’essayiste allemand Harald Welzer, spécialiste de psychologie
sociale (né en 1958) très réputé en Allemagne mais quasi inconnu en France. Il
travaille à la fois sur la mémoire du
passé nazi et de l’autre sur la
perception de la crise et des conflits engendrés par le changement climatique.
(Le
Monde des livres, 29 mai 2013)
« Je m'intéresse depuis les années 1980 et 1990 à la violence radicale et
à la criminalité collective. Le problème est de savoir ce qu'il en est de notre
société. Peut-elle prendre une voie totalitaire ? On croit qu'elle va demeurer
stable pour la simple raison qu'elle l'est depuis deux générations. Mais bien
sûr c'est une illusion.
En Allemagne, nous proclamons et érigeons en norme le "plus jamais
ça". Au niveau des émotions, c'est une autre histoire. Je l'ai constaté
lors d'un séminaire à l'université sur la question des exécuteurs nazis. A ce
séminaire participaient aussi des retraités. Ceux-ci se montraient très
informés en matière de faits historiques. Mais ces docteurs Jekyll se
transformaient en Mr Hyde dès lors qu'ils se mettaient à évoquer leur histoire
personnelle. L'émotion se faisait tout d'un coup palpable. De leur côté, les
étudiants trouvaient cela simplement intéressant.
Nous avions donc deux modes d'approche de l'histoire : celle qui est enseignée,
fondée sur la science historique, et celle qui est racontée et transmise au
sein des cercles familiaux ou amicaux. Les relations entre les deux restent
obscures et c'est pourquoi j'ai entrepris l'étude qui a abouti à "Grand-père
n'était pas un nazi". »
Le plaisir musical
suite de la lecture du livre de Santiago Espinosa, L’inexpressif musical : « le plaisir musical est un
plaisir essentiellement sensible, et les émotions que nous ressentons en
écoutant de la musique sont le produit immédiat de l’écoute des arrangements
musicaux. Plus cet arrangement est élaboré, plus nous sommes habitués à y
porter toute notre attention, plus le plaisir musical s’accroît. » (142)
→ Et voilà, enfin, la joie ! Le terme inexpressif
aurait pu laisser croire à une remise en cause du plaisir et de la joie donnés
par la musique. Il n'en est rien et presqu'au terme désormais de cette lecture,
je dirais que bien au contraire le plaisir de la musique est ce qui passe au
premier plan une fois qu'elle a été comme débarrassée de ces scories romantiques. « La musique n'exprime
rien mais son écoute suscite des émotions et singulièrement la joie. » (145)
Pourquoi ? Et là une réponse au fond assez sidérante : parce qu'elle est une écoute
hospitalière du réel. « Aimer la musique est une façon d'aimer les
choses telles qu'elles sont (et en ce sens aimer la vie telle qu'elle se
présente ». (146)
La vraie écoute musicale est une écoute qualitative,
une attention au réel (149)
Vient ensuite un développement complexe sur désir et joie. « Tout
se passe comme si l'objet réel débordait toujours l'objet imaginaire. (153)
« Ce que la musique nous procure est la contemplation du spectacle de
l’existence comme réjouissant, indépendant de nos espoirs et de nos attentes. En
tant qu'analogon du réel et non en tant que mimesis, elle
nous procure l'intuition de la vie et nous la fait désirer. » (154)
Et se souvenir que « le réel a toujours lieu en infirmant ce que nous
avions imaginé comme possible parce qu'il est toujours nouveau. »
→ ici une interrogation personnelle : j’ai remarqué récemment que mes
interlocuteurs mélomanes les plus compétents et les plus actifs, véritablement,
dans le domaine de l’écoute mais aussi de la connaissance sont tous des hommes.
Je ne les citerai pas ici par discrétion, mais je remarque aussi que si leur
niveau de compétence diffère, certains étant vraiment très calés, à des titres
divers aussi, ils ont un même type d’approche exigeante et très informée. Est-ce
le seul fait du hasard, telle est la question que je me pose… ? Je
remarque aussi que parmi ces amis, deux s’intéressent de très près à la musique
contemporaine ce qui est rarissime. Il y a sans doute encore moins d’amateurs
de musique contemporaine non professionnels que de connaisseurs de poésie non
poètes !
De la perception
« Chaque fois que durant la perception d’une chose, nous nous
adressons à la conscience pour comprendre cette chose, donc à la mémoire de ce
que nous connaissons, chaque fois nous nous éloignons de la réalité de la chose
pour la remplacer par son image. » (155)
→ remarque importante à verser au dossier de la réflexion en cours sur le
conditionnement non seulement de la pensée mais aussi de la perception. Pour
des raisons neurologiques, mais pas uniquement. Nous sommes tellement habitués
à voir ce que nous voyons, que nous ne savons plus le voir, dans sa réalité. Seule,
parfois, fugitivement, la démarche photographique fait un peu bouger les lignes !
De l’effet
temporel de la musique
« [...] effet temporel de la
musique : elle est absolue et rien n’existe en dehors d’elle. C’est
pourquoi entendre ou faire de la musique [...] est une activité qui paraît
entraîner le sujet, auditeur, compositeur ou exécutant, dans un ailleurs absolu
– où la notion même de sujet semble par ailleurs s’évanouir. »(167)
→ Explication de ce phénomène vécu en concert lorsque l'écoute est totale.
Impression que le temps et soi-même ont disparu. Sans doute aussi ce que vit
l’interprète qui a réussi à dépasser toutes les difficultés techniques, mais
surtout de compréhension et d’interprétation, et qui est entièrement dans la
musique. Qui est devenu tout simplement musique et flux de la musique.
Benoît Casas
me donne l’idée d’inclure une section nouvelle dans ce flotoir. Un relevé de phrases lues ou entendues au fil du jour.
Datées et référencées. Mais parfois très elliptiques et fragmentaires. Il
faudra que la phrase m’ait retenue à un titre ou à un autre.( trois entités,
corps, cœur, esprit)
Une expérience (quelque chose me dit qu’elle sera éphémère)….
Voici un extrait de la quatrième de couverture de L’Ordre du jour de Benoît Casas, publié
hier dans Poezibao.
« L'Ordre du jour est le journal
d'une année, du premier janvier au 31 décembre. [...] L'Ordre
du jour est aussi une traversée de la bibliothèque. Le livre est en effet
construit à partir du traitement d'un immense corpus de phrases datées. Les
phrases qui composent chaque texte titré d'une date du calendrier proviennent
toutes de textes (journaux-poèmes-lettres. (les auteurs sont multiples)) datés
eux-mêmes de ce jour ».
→ Cela pourrait donner une sorte de centon…. un précipité verbal du jour… en
toute reconnaissance de dette à Benoît Casas, mais aussi à tous les grands
compilateurs et noteurs.
L’idée serait aussi de rendre compte un peu de tout cette langue, ce flux permanent, vu, lu, entendu, assimilé ou non….
et la variante que cela introduirait, c’est que cela se ferait dans tous les
registres.
Herbier 310513
(J’ai toutes les références, les tiens à disposition des lecteurs le cas
échéant mais les efface ici)
L’alphabet
est juste parce qu’il est beau.
La critique est ainsi à concevoir comme un lieu d’accueil et d’écho de
l’œuvre.
Il vaut mieux qu'il pleuve aujourd'hui plutôt qu'un jour où il fait beau
De la connectique neuronale !
Cours d’allemand difficile hier, je manquais de punch, les neurones
connectaient un peu lentement. Cela m’a fait prendre conscience, subitement, de
ce que doit vivre un élève lent dans
une classe…. ! Les choses viennent, elles sont là, mais elles demandent un
tout petit temps de latence pour se manifester. La mémoire est bien remplie,
mais le temps de transfert est allongé…. c’est sans doute aussi cela vieillir.
La pensée n’est pas affectée, elle est toujours aussi vive, me semble-t-il et
sans prétention, ce sont plutôt les autres mécanismes qui sont affectés par ces
fatigues passagères. Nous n’étions que quatre, de plus, donc très sollicités,
par une professeur qui nous parle comme si nous étions de langue maternelle
allemande !
Et cela alors que je découvre dans un article de Pour la Science qu’en un certain point du cerveau, chargé du
traitement du son, une seule synapse géante remplace 10 000 synapses
minuscules, précisément pour éviter d’infimes décalages temporels dans le
traitement du son, décalages qui pourraient induire des erreurs d’appréciation.
Juste appréciation cruciale pour nos très lointains ancêtres vivant dans un
milieu dangereux, ce qui explique cette structure particulière de cette zone du
cerveau. (article)
Herbier 010613
L’idée de l’herbier de phrases (ici souvenir du titre de Michel Volkovitch,
Verbier) m’intéresse, mais je me
rends compte que celle d’en faire une sorte de création littéraire, beaucoup
moins ! Collecte oui, potage non.
Gardons le principe d’un possible ramassage de citations, d’extraits de
lettres, de conversations…. de préférence très brèves. Expérimentons quelques
jours : toutes les expériences non pertinentes s’arrêtent d’elles-mêmes.
Mars est comme les archives de la Terre
Entre le Marteau et l’écume
Définies au départ pour dénombrer /la
croissance des populations de lapins/les suites de leonardo fibonacci / se
trouvent partout dans la nature
Registre des déchets sortants pour votre
conformité
Rédigé par Florence Trocmé le 01 juin 2013 à 15h19 | Lien permanent