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Rédigé par Florence Trocmé le 08 janvier 2013 à 14h57 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Allemand &
mémoire
Remise sur l’établi de l’allemand. Je suis en train de chercher des
méthodes qui soient efficaces pour arriver à enregistrer davantage de
vocabulaire (ne serait-ce que par amour des mots de cette langue !) J’ai
testé en profondeur pendant environ un mois un système de fiches (Quizlet) pour
constater que ce n’est pas efficace et que c’est lourd à mettre en œuvre ;
retour donc au petit carnet manuscrit toujours accessible, sur le bureau, la
table de nuit ou dans le sac. J’ai suffisamment lu Antoine de la Garanderie
pour savoir qu’il y a différentes formes de mémoire, visuelle, auditive, etc. et
qu’il importe que chacun découvre la sienne, véritable. J’essaie lorsque
j’apprends de voir comment arriver à fixer les mots. Je tente une forme de
spatialisation qui me fait penser à la fois aux arts antiques de mémoire et à
Jacques Roubaud apprenant des sonnets !!!!
Hier un mot superbe : Mutlosigkeit,
le découragement…. Mot à mot la perte du courage (Mut), Mut un beau mot
pour s’encourager, allez, nur Mut ma
fille !!!!! (en contrepoint du « Go » si souvent employé par
Brigitte Célérier sur Twitter (@brigetoun)
Les silences musicaux (Colette)
Un peu anecdotique bien sûr, mais tellement plaisante cette citation de
Colette que fait Ariane Dreyfus à propos des silences musicaux : « la
pause, muette hirondelle sur les cinq fils noirs de la portée ; le soupir,
petite hache accrochée aux mêmes fils ; et le point d’orgue, pupille fixe
sous un grand sourcil terrifié » (AD, 23)
→ Cette représentation un tantinet sévère du point d’orgue évoque pour moi cette
suggestion d’une de mes professeurs de musique de m’arrêter net sur une erreur
qui se répétait. Ce que j’avais traduit par un minuscule petit post-it,
toujours fixé sur mes boîtes à partition et par lequel je m’intime : difficulté = arrêt (le tout suivi d’un
gros point d’orgue menaçant) !
Une voix fixe du temps (Antoine Emaz)
Beaucoup moins anecdotique, cette remarque d’Antoine Emaz dans une lettre
privée (qu’il m’a autorisée à reproduire) :
« C'est étrange comme une voix reste intacte à des années de distance et
s'impose à nouveau d'un coup à l'oreille comme familière, bien au-delà de la
mort de la chanteuse ou de notre propre histoire. Callas ou Ferrier, c'est
pareil : une voix fixe du temps, et je ne sais pas si c'est mon temps, celui de
ma vie, ou bien de l'histoire plus large, mais une voix comme une butée de
temps. Pas l'éternité, ou bien une lucarne d'éternité dans mon temps propre,
celui de ma vie. »
→ formule ramassée mais tellement forte : une voix fixe du temps. Il suffit de se remémorer telle ou telle
association avec des scènes parfois bien anciennes de notre vie qu’a pu
susciter l’audition impromptue de telle ou telle chanson. Je modulerai un peu
sur ce propos en faisant remarquer que cette association très forte d’une voix
et d’un temps de notre vie est d’autant plus efficace que nous n’avons plus
écouté cette musique ensuite. Cette façon de fixer le temps opère d’autant plus
que la voix a été enfouie dans le passé, oubliée et qu’elle provoque cette
sorte de flash mémoriel quand elle ressurgit. Une chanson oubliée entendue à l’adolescence
marchera mieux que la rhapsodie de Brahms par
Ferrier ou les derniers lieder de Strauss par Schwarzkopf écoutés tout au long
de la vie.
→ et cet étonnement aussi devant les voix d’autrefois, notamment celles de la
radio et de la télévision, qui semblent aussi datées que les coiffures de l’époque !
Dans les deux cas, oui, un même étonnement que deux éléments qui semblent si
constitutifs de la personne, la voix, l’arrangement des cheveux, puissent être
à ce point conditionnés par l’air du
temps. Et je suis bien obligée de penser, en toute humilité, qu’il en va de
même de notre esprit, conditionné lui aussi bien plus que nous le pensons, par
notre époque.
Du leurre (Note de passage)
La cible est obscure mais cernée de lumières : c’est le principe du leurre.
De l’attente (note de passage)
Ne rien attendre, tout accueillir.
→ Tant de fois, bien trop souvent, s’installer dans l’attente de la répétition
de ce qui a eu lieu. En particulier après un temps de lecture ou de musique
particulièrement fort. Et éprouver une vraie désillusion : la ferveur de
la lecture s’est éteinte, le bonheur musical s’est envolé. Or il se peut que
cette attente et sa sœur jumelle, la déception aient empêché que le roi vienne, pour reprendre la formule
de Michon à propos de l’écriture. Mais ailleurs ou autrement.
→ Et juste après avoir noté cette remarque, ce beau contrepoint sur le site de
Christine Jeanney : « on enchaîne les prévisions, les listes de
travaux à faire, les rendez-vous, on anticipe ce qui se dira, se fera, on
prépare le terrain pour qu'un moment se place, pièce de puzzle, dans des
structures qu'on pense viables et contrôlables, et ça s'échappe, joli, cruel,
inattendu. » (source)
Relire (Relevés)
Relevé en ligne, sur le site du traducteur Claro, cette remarque sur la relecture.
Je note qu'il écrit cela dans le contexte d’une attente, celle d’un possible
nouveau livre de Pynchon, dont la rumeur enfle ces jours-ci. Pour tempérer l’impatience,
il suggère de relire les livres de Pynchon déjà parus :
« [...] relire, c'est un peu fabriquer, à la force de ses yeux, une
nouveauté. Eh oui, quand la nouveauté tarde à paraître, renouveler la lecture
permet de faire disparaître l'ancien lecteur au profit d'un nouveau, d'un autre
recommencé. La lecture, en s'effaçant dans nos mémoires, nous efface également
à nous-même, et c'est en y replongeant qu'on se redécouvre à la fois même et
autre, ancien et nouveau. Rien de nouveau sous le soleil hormis notre ombre
méconnaissable, en perpétuelle errance. [...] » Claro, (source)
→ la relecture comme une balade recommencée, une visite renouvelée à un oublié,
un enfoui, un retour sur traces ou pas, et en effet, souvent cette double
évidence du même et de l’autre, le
mystère de ce noyau stable qui nous fait retrouver dans la lecture ancienne (et
en particulier lorsqu’on a la manie de souligner ses livres) des
préoccupations, des émerveillements, des questions qui nous sont encore
tellement contemporains et que l’on n’imaginait pas avoir déjà vécus il y a trente,
quarante ans. Type de réflexion qui me ramène toujours à l’entreprise du Temps immobile de Claude Mauriac, avec
son montage si particulier d’extraits de son journal, datés de périodes extrêmement
éloignées dans le temps parfois et qui parlent de la même chose, parfois même
avec les mêmes mots. On le sait, on l’a vécu, mais on en est toujours aussi
surpris.
De l’utopie (Deguy)
Non utopie n’est pas un gros mot,
en tous cas ce n’est pas comme ça que l’entend Deguy qui prône un retour de l’utopie
dans son livre Écologiques.
Il s’agit pour lui de « redonner sens à l’utopie, non pas comme à la fenêtre
du “rêve de l’impossible”, de la contrée “imaginaire” du meilleur des mondes,
mais comme à la puissance “imaginative” (Dante) du possible, c’est-à-dire du comme. Le possible et l’impossible ne
retombent pas de part et d’autre, pour l’agrément et la connivence du réaliste
et du somnambule, son repoussoir : mais puisqu’“à l’impossible tout est
tenu” (Derrida) c’est du côté de l’impossible que le possible cherche à être
frayé, accouché. [...] D’un mot, si l’utopie reprend de l’avenir au présent, c’est
en se faisant écologique. L’utopie c’est l’écologie. L’écologie est une
poétique ; ou, plus calmement, s’adosse et s’articule à une logique
poétique » (110)
→ Soyons donc et réaliste et somnambule et autour de cette belle équation -utopie=écologie articulée à une logique
poétique-, suivons l’appel de Deguy à un soulèvement écologique qui doit déborder le politique, et même le
sociétal pour infiltrer, envahir,
inonder... tout. (111)
→ et regardant au JT un reportage sur « Marseille capitale culturelle »
et voyant ce qui est montré comme « culturel », soit ici un atelier
de rap, des photos de dockers et la fabrication de petits gâteaux navettes…je
pensais à Deguy en me disant qu’il me faudrait approfondir sa réflexion sur le « culturel »
que je sais n’avoir pas encore comprise. (Mais qu’il soit bien clair que je n’ai
pas de mépris pour les sujets cités, simplement que je m’interroge sur ce qu’est
le culturel, sans doute aiguillée en
cela par Deguy).
Rédigé par Florence Trocmé le 08 janvier 2013 à 14h49 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 07 janvier 2013 à 13h50 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
De
l’écriture et du silence (Relevés)
Je note cette belle réflexion sur le site d’Isabelle
Pariente-Butterlin :
« Quelle peut être la possibilité d'écrire sur ce qu'on écrit quand on a
le sentiment de n'avoir encore rien écrit ?
Et quand on sait que jamais cette impression ne cessera. Elle ne passera
jamais. Seul compte le mouvement de la recherche. Il n'y a pas de fin. Elle n'a
pas de fin. L'arrêt du mouvement sera, mais pur accident de soi qui aurait pu
n'être pas.
Il est toujours possible, après une ligne d'écriture, de retourner à la ligne.
De poursuivre la ligne suivante sur la ligne suivante.
Je n'ai encore rien écrit. Presque rien de ce que je voulais. Et rien qui
soit » (source)
→ Totale proximité avec ce dire. Je ne peux écrire que le flotoir, je ne peux même en extraire la matière d’un livre, je ne
peux avancer que dans son flux. Sans doute parce que seul compte le mouvement de la recherche. Laquelle est peut-être
comme la bouteille d’oxygène sur le dos du plongeur, cela qui permet d’y aller,
encore et encore. Malgré les doutes, malgré l’échéance évidente.
→ Et pensée vers Opalka et son mouvement d’écriture ininterrompu de la suite
des nombres, dont il savait bien qu’un jour la ligne serait brisée, arrêtée. Qui
ne pouvait être ailleurs que dans ce flux-là, cette continuation des détails.
Roubaud (Intuition)
Terminant le livre de Bernard Noël sur Opalka, lisant des considérations
sur la marche, surgit soudain le nom de Jacques Roubaud. Plus à ce moment-là
pour la marche que pour les nombres et les chiffres. Recherche instantanée et
je découvre que Roubaud, ce que je crois que je ne savais pas, a bel et bien
écrit un livre sur…Opalka avec… Bernard Noël.
Manque de sommeil, perte de soi
Ce qui devrait inciter à beaucoup d’humilité et à se souvenir de la nature
en partie chimique de notre fonctionnement cérébral : un simple manque de
sommeil et voilà que tout est plat et mou et que l’on rencontre l’échec dans
tous les domaines : travail du piano, tentative de réaliser des montages
photographiques, d’aligner quelques mots dans le flotoir. Tout fout le camp, se dérobe et me nargue !
Musique
Pars à la découverte de l’intégrale de l’enregistrement de la musique d’orgue
de Messiaen, par Olivier Latry, à l’orgue de Notre Dame de Paris. Un monument !
Pour la petite histoire, coffret acheté via Amazon Espagne, où il était deux
fois meilleur marché que sur Amazon France. Arrivé en un temps record de surcroît.
Antoine Emaz, le poème
Je commence, avec un sentiment de joie et de gratitude profond, la
publication d’un nouveau feuilleton, des notes d’Antoine Emaz. Et première
rencontre avec ces notes :
« Ou bien on ne peut pas dire, ou bien on ne veut pas dire, ou bien on ne
doit pas dire… mais il faut dire, sinon on ne sort plus du bouleversement. D’où
le jeu chat/souris entre poésie et narration pour dire sans dire un noyau
d’énergie émotionnelle qui non-dite, ferait exploser, et dite, ruinerait. Il
faut quand même beaucoup payer pour en arriver là. »
Autoportrait ? (Relevés)
« Les chemins que je suis ne sont pas balisés, les rencontres que j'y
fais ne sont pas toujours fortuites, l'itinéraire tient autant de la discipline
que de l'abandon, et les chemins de traverse y sont monnaie courante. La
sérendipité est reine ou cendrillon, elle file les sentiers du web mais aime
tout autant s'attarder dans les replis des librairies, elle flirte avec les démons de l'analogie, elle fait son miel des présents des
êtres chers quand elle ne butine pas dans les médiathèques » (source)
Trois mémoires (Relevés)
Butinage aussi en ligne, par exemple sur le beau site de Christian Fauré avec
cet article « De Léonard de Vinci
à Stiegler, en passant par Descartes, Husserl et Derrida » : « [la]consignation,
grâce à l’écriture, est ce que Stiegler appelle la troisième mémoire, et qu’il conceptualise à la fois comme rétention tertiaire quand il se place
dans le champ husserlien (cf les rétentions primaires et secondaires de Husserl), soit comme épiphylogenèse quand il se place dans
une perspective anthropologique (ce n’est plus une mémoire génétique, ni
une mémoire nerveuse mais une mémoire externe et artificielle –
c’est à dire à la fois une mémoire technique et une technique de mémoire). (source)
→ propos que je verse à l’immense dossier permanent : « Mémoire et
oubli ». J’en retiens l’idée de cette autre mémoire, celle de ce qui est
consigné dans les écrits. Troisième mémoire qui est aussi bien collective,
celle des bibliothèques, qu’éventuellement individuelle, celle de ce que nous
retenons dans nos écrits (sans que soit ici prise en compte la dimension littéraire
de ces écrits, il peut s’agir d’agendas, de notes factuelles, etc.)
De l’écologie (Michel Deguy)
Deguy : il a une vraie belle profonde pensée de l'écologie. Nécessaire antidote
contre l’image de l’écologie politique, qui trop souvent blesse les convictions
intimes. Il montre que l'écologie
pensante est une vision globale du monde et de l'homme, de l'habitabilité du monde, il montre que
c'est une question ontologique qui touche le cœur même de l'humain et non pas
une préoccupation purement et bien trop minimalement environnementale.
Cela dit sa propension sans retenue à la digression le rend souvent difficile à
suivre. Synthèse pas évidente même si localement beaucoup de jouissance devant
ce feu d'artifice. Et ici aussi pensé à Roubaud maître es digression qui me
semble ici presque dépassé ! Dans l'Ode
à la ligne 29 des autobus parisiens,
Roubaud admet et matérialise par retraits et couleurs au moins neuf niveaux de
digression (à vérifier mais c'est de cet ordre-là, je me demande s'il serait
possible de hiérarchiser de la même manière les digressions de Deguy.). Mais
chez Roubaud le processus fait surtout penser à une forme de polyphonies, peut-être
parce qu’avant de lire le livre, j’ai écouté
la production radiophonique de ses deux premiers chants ?
Pour en revenir à l’écologie, Deguy dit que c’est une « grandeur où
exister pour les êtres pensifs que nous sommes. »(97)
Pessimisme de Deguy
Êtres pensifs, êtres pensant peut-être mais ce pessimisme de Deguy : « le
monde de l'être au monde s'exorbite de ses parenthèses lettrées, philosophiques,
sages, cultivées, artistiques. (98)
Écologie et poésie
Sous cet intitulé un paragraphe crucial du deuxième chapitre d’Écologiques, passionnant et où on
retrouve l’écriture quasi lyrique du poète. « Les voyants sont rouges,
multiples, terrifiants – comme le tsunami ou l’empoissement du golfe mexicain,
la multiplication des déluges ; effrayants comme les famines, les tueries
aveugles, les oppressions forcenées des peuples ; glauques comme les
méduses de la mer du Japon [...] (103)
Mais « l’écologie est affine à ce qu’on appelle la poésie. Elle fait voir.
Son sens du monde, le sens de monde
pour elle est différent de celui de la “mondialisation”. C’est un autre monde…
mais précisément c’est notre monde, confié à l’attachement soigneux des
humains, à l’art, à la philosophie et à la poésie [...] si l’écologie n’entretient
pas sa relation avec la poésie et la pensée, elle cesse d’être radicale. »
(103)
→ d’où l’importance de ce livre, d’où peut-être aussi sa présence dans ce flotoir, d’où le nom de Deguy comme
aiguillon pour l’aborder.
Et page 104, Deguy poursuit une sorte de synthèse brillante et très importante
à bien comprendre : il semble lier en botte mille faits perçus ayant sans
doute intuitivement généré des alertes (questions, étonnements, malaise,
angoisse sont autant de signaux d’alerte lors d’une lecture, parole du ventre à
lier au travail des yeux) mais non rapprochées. Autour notamment de ce signe « voyant »de « la
formidable mutation » qu’il « néologise en globenglish : la screenisation de la vie » (104)
Et Deguy de ne cesser de lier le plus contemporain, trivial même souvent, qui
atteste de son immense présence au monde, de son information permanente et
profonde dans le domaine politique, international mais aussi des petits faits
de la vie quotidienne, des polémiques, à propos de ceux qui interviennent dans
l’espace public (pages assez méchantes sur Allègre ou Atlan et c’est bon cette
méchanceté, celle-là est nécessaire, c’est la méchanceté critique, drôle et
bien trop absente des médias qui ne connaissent qu’encensement sot ou
éreintement stupide, mais plus la méchanceté caustique de la vraie critique,
qui tape juste et profond). Et cette connaissance-là il la lie avec son savoir
historique, linguistique et littéraire, très informé de l’Antiquité, grecque
notamment.
Bien aimé l’idée de « la bonne volonté cherchant à arrêter un TGV avec un
plumeau. ». Mais finalement n’est-ce pas ce que tente Deguy mais non pas
avec un plumeau mais une plume ? (106)
Ce que fait la lecture (Ariane Dreyfus)
J’ouvre le livre d’Ariane Dreyfus, au si beau titre La Lampe allumée si souvent dans l’ombre et tout de suite m’est
sensible le mélange de ferveur et de modestie qui la caractérise : « j’aimerais
que ce livre soit lu comme le seul roman familial que je donnerais jamais, fait
de ma tendresse pour ceux qui m’ont aidée à respirer mieux, à être là s’ils sont
là » (12)
Et elle enchaîne sur Colette et sur ce que lui fait l’auteur : elle la console et lui donne de l’énergie !
« Quand vivre me pèse ou me désole, je n’hésite plus, je relis Colette ».
La lecture qui dit-elle aide à « assumer la vie en faisant l'économie de
toute transcendance. » (19)
Et recopiant cela impression d'avoir sorti une braise du feu et qu'elle
s'éteint tant ici le contexte et sa ferveur sont l'oxygène du propos.
→ cette idée donc sans cesse reprise et creusée de l’action sur nous de la
lecture, bien explorée par Marielle Macé dans Façons de lire, manières d’être.
→ cette autre idée que nos lectures nous révèlent et on se dit, abordant ce
livre, qu’il va être aussi une voie pour mieux comprendre l’art poétique d’Ariane
Dreyfus.
Rédigé par Florence Trocmé le 07 janvier 2013 à 13h49 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
La musique écrite
dans les camps
Hier soir, lu un article du Monde
racontant l’histoire d’un italien, Francesco Lotoro, qui s’est assigné pour tâche
dans la vie de collecter tout ce qu’il est possible de retrouver en matière de
musique écrite dans les camps. Et s’il a commencé à travailler sur les camps
nazis, il a désormais élargi sa recherche à tous les goulags, prisons, lieux d’enfermement.
Il aurait déjà rassemblé environ 4000 partitions. Ses parents étaient
catholiques mais très tôt il a été saisi de la certitude qu’il était juif. Il
pense descendre d’une famille juive convertie pendant l’Inquisition en Espagne.
Sa recherche est née du hasard un concours de piano (F. Lotoro est pianiste
concertiste) où il devait jouer une pièce de Gideon Klein composée à
Terezin. Il se documente sur l’histoire de cette sonate et de son auteur,
découvre que de Terezin il a été transféré à Auschwitz puis dans les mines de
charbon à Fürstengrube où il est mort. Le pianiste se met alors en quête de ses
partitions, part à Prague où une bibliothécaire lui demande pourquoi il se
limiterait aux musiciens juifs. Il n’a pas restreint non plus sa recherche à la
musique classique mais a trouvé des chansons, du blues, du jazz. Cette musique
il veut la jouer et l’offrir. Il a déjà enregistré plus de 400 pièces qui font
l’objet d’une collection de CD, KZ Musik : « partout où l’homme est
en captivité, la musique naît. Ma vie sera trop courte pour l’expliquer »
(Le Monde, daté vendredi 4 janvier
2012, p. 13)
Écoute
Cherché alors et trouvé facilement (vive le streaming !) des œuvres de
Gideon Klein, notamment un beau trio à cordes, de 1944, qui fut la dernière œuvre
qu’il écrivit à Auschwitz (on se demande comment ce fut possible…). Interprétation
du Goldberg Trio de Bonn.
Écouté aussi des œuvres de Jacques Lenot, attirée par un article du site Res Musica : « Son
univers repose sur un primordial trio de poètes (Rainer-Maria Rilke, Friedrich
Hölderlin et Philippe Jaccottet, par ailleurs jamais mis en musique), que
rejoignent des figures tels le peintre Marc Rothko et le poète Paul Celan. Le
complètent quelques compositeurs pleinement ressentis (Bach, Debussy,
Szymanowski, Webern) et un frère en mélancolie et en écriture de soi, Robert
Schumann. De beaux préludes pour piano, joués par Winston Choi. On pense à Feldman
et à Debussy par moments (un
giugno mesto)
Écologie, une distinction fondamentale (Deguy)
Poursuivre la lecture d’Écologiques
c’est se rendre compte à quel point la question de l’écologie est essentielle
pour Michel Deguy et c’est donc d’une certaine façon poser le rapport de cette
question à la poésie. (Le chapitre II du livre s’intitule : « Écologie,
Philosophie, Poésie »)
Pour avancer, il faut comprendre cette distinction essentielle : l’homme
politique « ne peut pas ne pas demeurer environnementaliste alors que l’écologie pensante repose sur la
distinction de l’environnement et du monde (Umwelt/Welt) ».
Et Deguy de souligner « l’évidence, lentement acquise puis clairvoyante,
qu’il faut penser (oui : penser) “monde” et non pas “environnement” pour
entrer dans le souci écologique qui absorbe tout
– et le tout. » (Écologiques,
67)
→ Énorme bénéfice de la lecture, on ne le dira jamais assez, de nous permettre
de préciser ce qui peut-être restait intuition et de ce fait de résoudre
certains malaises. Celui par exemple que l’on peut avoir devant le spectacle
désolant de la plupart des partis écologiques. Et cette idée, que l’écologie,
cela embrasse toute la manière d’être au monde et pas seulement l’économie d’énergie
ou la nourriture bio…. c’est bien plus radical en fait, et invivable pour la
plupart d’entre nous ! Comprendre qu’ici aussi, il y a d’énormes
confusions donc certaines pourraient bien être volontaires. Car le souci
écologique est immanquablement une remise en cause de tous les fonctionnements
en place et en vigueur (que trop, en vigueur !).
Lecture enfin qui permet de gagner du temps, celui qu’a dû prendre l’auteur
pour en venir à cette évidence très opérante pour son lecteur.
De l’oubli
Nombreuses réflexions en cours sur cette question après la lecture du livre
de Bernard Noël. Question la plus centrale peut-être, celle que je me pose devant
l’énormité du vécu, du senti, du traversé, du perçu, même
subliminalement : est-ce que tout est conservé ou pas, ou bien y a-t-il un
vrai oubli, complet, irréversible ?
Ce serait un peu la fameuse question de la mémoire de l’eau !
Quid de l’éventuelle métamorphose de tout ce matériau. Très frappée hier dans
une émission sur le plancton, êtres minuscules mais pullulant, dont les
cadavres tombent au fond des océans, comme
une tempête de neige permanente précisait le reportage, pour devenir la
plupart du temps plateformes de sédiments calcaires mais dans certains cas se
décomposer en pétrole.
Et avant-hier, roulant en voiture dans des coins de banlieue que je ne
connaissais pas, à plusieurs reprises j’ai senti s’interposer d’autres lieux,
que je pouvais parfois à peu près géo
localisés, parfois pas du tout. Et je me suis demandé de ce qu’il en était
de ces sortes de « patterns » car c’est un peu de cela qu’il
s’agissait…. Ce qu’il me disait du fonctionnement de la mémoire, cette fois :
stocke-t-elle des images brutes ou bien des images traitées en vue d’un
classement ? Alors même que j’aurais pensé que ces sensations éprouvées
précédemment et très subliminales avaient été englouties dans l’oubli le plus
total.
Sur la lecture (Relevés)
Lisant un article intitulé « notre
cerveau à l’heure des nouvelles lectures », titre qu’au demeurant je
trouve problématique, car je me demande en quoi un éventuel changement de
support modifie(rait) le processus de la lecture, je note ce passage qui m’enchante !
« Ce qui stimule le plus notre cerveau, selon l’imagerie médicale, c’est
d’abord jouer une pièce au piano puis lire un poème très difficile, explique
Maryanne Wolf. Car la lecture profonde nécessite une forme de concentration
experte. Comme le souligne Proust dans Sur la lecture : « Nous sentons très bien que notre sagesse
commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des
réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. Et ces
désirs, il ne peut les éveiller en nous qu’en nous faisant contempler la beauté
suprême à laquelle le dernier effort de son art lui a permis d’atteindre. Mais
par une loi singulière et d’ailleurs providentielle de l’optique des esprits
(loi qui signifie peut-être que nous ne pouvons recevoir la vérité de personne,
et que nous devons la créer nous-mêmes), ce qui est le terme de leur sagesse ne
nous apparaît que comme le commencement de la nôtre, de sorte que c’est au
moment où ils nous ont dit tout ce qu’ils pouvaient nous dire qu’ils font
naître en nous le sentiment qu’ils ne nous ont encore rien dit. » (source)
→ ce sentiment une fois encore de découvrir quelque chose qui m’explique un peu
ma démarche du flotoir, accéder au livre, à l’œuvre musicale mais ne pas
me contenter d’un accueil passif. Les couver en quelque sorte ! Laisser
éclore la part d’eux qui est susceptible de me parler, de se nouer à des
entités déjà présentes en moi. Faire en sorte que ce que l’œuvre aurait à me
dire, selon Proust, puisse se dire.
Rédigé par Florence Trocmé le 04 janvier 2013 à 21h01 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
France Musique, l’Oreille sensible et le flotoir
Joie très profonde ce matin à la découverte de l’émission de
L’Oreille sensible qui m’a été
consacrée aujourd’hui par David Christoffel sur France Musique (autre
lien). Autour du flotoir plus
précisément, aux liens et résonances que j’y établis entre la musique et la
littérature en particulier. Une approche d’une grande subtilité et profondeur avec plusieurs citations ! Et en complément la sonate "Les Adieux" de Beethoven par Murray Perahia.
L’intelligence lettrée commune (Deguy et
sa méthode)
Continuant donc le feuilletage, le survol, l’approfondissement local de
telle ou telle page d’Écologiques de
Michel Deguy, ce passage qui éclaire bien sa façon de procéder et sa méthode
(avec là encore quelques analogies, modestes, avec la façon d’œuvrer du flotoir, en tous cas pour ce qui est, ici
de la permission que je me donne de m’emparer de telle ou telle écriture, ou pensée,
ou musique et d’en dire ce qu’elles me font) :
« Je me sers de la philosophie,
dit Deguy, [...] je cherche à lui emprunter des concepts techniques (ou, disons
plus calmement, des notions lourdes, chargées par des générations de reprises
entre philosophes) avec légèreté, c’est-à-dire en reversant leur littéralité,
dépouillée des bibliothèques de commentaires, presque naïvement auscultée,
comme la première fois, à l’intelligence lettrée commune, en “littérature”, en
vue de parler des choses plus intensément et plus rigoureusement. » (Écologiques, p. 52)
→ reconnaissance ici à Michel Deguy pour cette intelligence lettrée commune, avec l’idée que chacun devrait oser,
au-delà de l’intimidation qui émane trop souvent des savants, s’approprier les
livres, les œuvres, en vue d’y trouver quelque chose qui le nourrisse. Idéalement
il ne devrait pas y avoir plus d’intimidation à entrer dans un livre prétendu
difficile que dans une librairie ou dans une grande exposition. On prétend que les liseuses permettent de
lire des ouvrages érotiques en toute discrétion, on peut rêver qu’elles
permettent aussi de lire littérature, poésie ou essais en toute liberté (peut-être un
peu ce quePoezibao voudrait permettre…)
Deguy, amende honorable
Je dois tempérer mon propos sur Deguy et sa pensée qui serait trop souvent arrêtée en vol. Non pas parce que je la
juge irrespectueuse mais parce que la suite du livre, que je prends la peine de
faire plus que feuilleter, me démontre le contraire. Il la creuse sa question
de l’écologie ! Et par des biais successifs, à petits coups certes mais de poignard,
avec une verve langagière formidable, qui donnerait envie de recopier des
paragraphes entiers. Ainsi l’homme ne serait aujourd’hui rien « d’autre qu’un
roseau sentant, un corps-à-jouir, un
vibrojouisseur, un appareil à sensations, un je-le-vaux-bien, comme la
publicité, “effrayante” dans ses effets, le lui enjoint ».
Encore un peu ? « Maintenant et en même temps : l’humain en
grégarité, l’humanité grégarigène, en masses, en ethnies, en corps social ou
communautés, en monstres froids ou chauds (selon le mot de Charles de Gaulle)
ou États, ne cherchant que sa survie ou son expansion (Thucydide), “déborde”
par “grands nombres” en écrasant son terrier (ethos, dans le grec d’Héraclite) et sorte que si démon (“daïmon”) est le prédicat d’anthropos,
dans la sentence fameuse, ce démon qui détruit sa niche bien plus profonde que
fiscale a fini par être le démoniaque. »
→ citer un peu longuement permet de mieux comprendre l’enracinement multidirectionnel
de la pensée de Deguy, racines à la fois pivotantes (en profondeur), fasciculées
(sur toute la surface), traçantes (s’étendant horizontalement) ! Solidement
innervées en Antiquité, grecque surtout mais branchées sur le monde le plus contemporain. À cheval sur les
temporalités, à cheval sur les disciplines, en grand écart. Et si la formule
choc peut parfois irriter, il suffit de lire et relire une phrase de ce type
pour voir combien de trappes elle ouvre ! (Elle révèle accessoirement les
trous de sa propre connaissance mais chez Deguy il ne me semble pas que ce soit
excluant, rejetant…)
Rédigé par Florence Trocmé le 03 janvier 2013 à 16h59 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé par Florence Trocmé le 02 janvier 2013 à 20h57 dans photomontages | Lien permanent | Commentaires (0)
Le
chat de Schrödinger et Hamlet revisité (relevés)
Curieux mais peut-être pas tant que ça d’ouvrir cette nouvelle année du flotoir et ce Cahier 1 du flotoir 2013 avec le chat de
Schrödinger !
« Le chat de Schrödinger, qui donne son titre au nouveau roman de Philippe
Forest, est ce qu'on appelle une expérience de pensée — une image, une fable,
dont l'objectif est d'illustrer, de façon métaphorique, une théorie
scientifique trop abstraite pour que l'esprit humain puisse se la représenter.
Erwin Schrödinger (1887-1961) est en l'occurrence un des pères de la physique
quantique et, pour simplifier, disons que l'expérience du chat, qu'il a
imaginée, illustre l'hypothèse, qui défie tout ensemble la physique classique
et le bon sens, mais a valeur de loi dans la mécanique quantique, selon
laquelle « toute chose existe simultanément sous des formes opposées au
sein de la réalité ». Certes, c'est difficile à avaler, mais c'est
ainsi, partons du principe “qu'une chose puisse à la fois être et ne
pas être, exister simultanément sous différentes formes pourtant incompatibles
les unes avec les autres, qu'ainsi être ou ne pas être cesse
soudainement d'être la question”». (source)
Sur la photo et l’image-fente
(Relevés)
À verser au chapitre toujours ouvert des réflexions sur la
photographie :
« Comme la lettre volée de Poe revisitée par Lacan, elle était sous mes
yeux depuis des années et je ne l’avais pas vue… C’est pourtant une très belle image-fente.
Elle trône à l’avant de La chambre claire de Barthes [...] Quelle
révélation ! Dès l’ouverture du livre, le lecteur découvre cette image posée en
guise d’épigraphe [...] Tout y est déjà formulé visuellement, en bonne
épigraphe, elle couvre de son spectre sémantique incertain l’ensemble d’un
essai qui lie intimement la quête d’une présence de l’objet dans sa
représentation photographique, que Barthes résout dans l’expression d’un “ça a
été” qu’il propose comme noème de la photographie, et la question du deuil de
la mère, de la disparition de l’objet d’une affection particulière que seule la
photographie serait à même de contester partiellement. Ne montrant rien qu’un
rideau qui cache, en apparence, elle offre en fait une petite fente, fine et
discrète, laissant entrer le jour dans une pièce sombre, où l’on aperçoit un
lit… le lit d’une gisante ? Une pièce endeuillée ? C’est en tout cas une
chambre obscure pour inaugurer La chambre claire, un paradoxe, un
négatif plutôt, mais un négatif rayé, fendu, qui laisse passer le jour, et qui,
littéralement, s’entr’ouvre sur le texte. L’image y est sombre, le texte qui
suit, comme ce petit jour qui point au cœur de l’image, va semble-t-il
l’éclairer… La fente laisse entrer la lumière du verbe qui se cache et va venir
faire de la photographie l’empreinte d’un objet présent qui est entré dans une
chambre obscure sous la forme des photons qui en émanent... » (Olivier
Beuvelet, source
avec image)
→ à rapprocher de cette fente qu’est l’ouverture des pages d’un livre et
peut-être alors du feuilletage de Thomas Bernhard
Du réel et de la méthode (Michel Deguy)
Dans le feuilletage, donc, à vue, à l'estime, à l'envi, légitimé par Thomas
Bernhard.
Feuilletage ce lundi soir, du livre Écologiques
(Hermann, 2012) de Michel Deguy : « nous regardons ce qu’on appelle
les images – les images, donc, de la catastrophe. Je médite, c’est-à-dire que
je les fixe et fais venir en mots, en phrases, des pensées attentives, en
relation avec les faits, le montré, le monstre, et avec toute l’époque et le
changement d’époque qui se précipite. » (8)
→ je suis très sensible à cette attention
qu’il porte à notre monde, en croisant souvent ses compétences de poète et de
philosophe. Touchée par ce propos et cette tentative de méditation (et de
médiation) sur les images reçues : les
faire venir en mots. Je suis souvent gênée il est vrai parce qu’il me
semble que trop souvent Michel Deguy ne va pas au bout de ses raisonnements et donne
le sentiment de multiplier les formules et les ouvertures et de puiser sans
retenue dans son immense culture, sans que cela fasse toujours avancer les
choses. C’est brillant, parfois éblouissant, souvent grisant mais donne trop
souvent le sentiment de s’arrêter en vol.
→ se trouve ici aussi posé le très difficile problème de l’écriture du fait
contemporain. On oscille entre poncif et émotion un peu téléguidée,
superficielle. Ne tenant pas toujours compte assez de la singularité et de la
complexité de la situation, parce que celle-ci la plupart du temps est filtrée
par les médias qui n’ont pas le temps et les moyens d’approfondir : moins
cher de faire un radiotrottoir au pied des studios qu’un reportage dans le fin
fond de la Russie ou d’un pays africain. Il faut toujours se souvenir que l’idée
que nous nous faisons des choses passe par là, qu’elle est incomplète,
partielle, parfois partiale et toujours orientée. (le but secret de l’écrasante
majorité des médias n’étant pas d’informer justement mais de vendre des écrans
et pages de pub)
Il va donc être intéressant de voit comment Michel Deguy, si informé et
notamment de la langue, aborde cette difficulté.
Sortie
de tous les modes vernaculaires de l’exister millénaire (Michel Deguy)
« Est-ce que le traitement scientifico-technique de la “condition
humaine” maintenant prédominant, irréversible [...] a déjà déterrestré l’humain [...] au point que la sortie a déjà eu lieu, ou “mutation” : sortie de tous les modes vernaculaires de l’exister millénaire, en
toute civilisation ». (2&)
→Michel Deguy qui souligne comme il est impropre de parler de sauver la planète. Cette dernière « astre
errant, bolide cosmique » (22) n’a pas besoin de nous et a encore de beaux
jours devant elle… c’est plutôt la terre qui est en question, « la terre et
ses habitants, nous, qui ne savons plus comment l’habiter bien…
Nous n'habitons plus poétiquement la
terre. Michel Deguy cite Hölderlin :
« Dichterisch aber wohnet der Mensch ». Il le cite encore : « un
autre leitmotiv romantique [...] venu de Hölderlin par le soin heideggérien,
peut-il nous aider qui se traduisit longtemps par “Ce qui demeure les poètes le
fondent” (“Was bleibet aber stiften die
Dichter”) et que notre temps [...] nous oblige à lire ainsi “les restes, l’art
les rejoue” ; mieux encore à entendre : ce qui nous reste, les reliques,
est-il possible que les artistes, ceux qui œuvrent en langue, philosophes et
écrivains avec tous ceux qui œuvrent en autres “arts”, y compris tous ceux que
la technique a ajoutés, les relancent ? » (23)
Avec me semble-t-il, une opposition au « contre-courant funèbre, le
complot du destin, affliction et nuisance, la conspiration de la perte, voici
la morition des proches, la contagion des maux, l’acerbe érosion, la calomnie
générale, l’abréviation de la vie, l’encombre, la terre périmée, l’extermination
du passé, le périr. » (27, on peut lire tout ce passage ici)
La mort comme outil de l’œuvre (Opalka
et Bernard Noël)
Car je n’en ai pas tout à fait fini avec Opalka !
« À partir de 1965 j'ai défini quelque chose qui se dynamise de façon
constante et qui ne cesse de s'approfondir de se développer l'imaginaire se
dynamise constamment c'est dû au fait d'avoir utilisé la mort comme outil de
l'œuvre » (143)
→ important de souligner plusieurs fois la dynamique, car le processus chaque
fois que j’en parle et le décris à ceux qui ne connaissent pas l’œuvre suscite
une totale incompréhension, le sentiment qu’il s’agit d’une non-œuvre qui
générerait un ennui insupportable.
Alors qu’Opalka revient sur les premiers pas, la pose du premier nombre, le un :
« il venait d’y avoir naissance genèse genèse d’une vie [...] une mise en
corps avant même de poser le signe un [...] c’est la mise en corps qui fait
qu'un objet se développe avec une force grandissante. » (145)
Et le sfumato de nouveau
sur lequel j’étais passée un peu vite l’autre jour et par chance voilà que
le duo y revient, citant Léonard de Vinci, magistral : « le premier
degré de l’ombre ce sont les ténèbres et le dernier la lumière tu feras donc
peindre l’ombre la plus noire près de sa cause et que son extrémité se convertisse
en lumière c’est-à-dire qu’elle paraisse sans limites » (152) et Opalka de
dire « toute ma démarche vers la rencontre du blanc ne veut pas dire la disparition
de ce qui a été peint [...] je peins le sfumato d’une existence c’est en quoi
je peins la peinture ».
→ je ne suis pas tout à fait sûre d’ailleurs que le sfumato soit vraiment la
manière de traiter les ombres…
Note de passage
Savoir qu'on ne sait pas mais ne pas s'appesantir ce n'est pas un plomb
pour couler à pic mais un ressort à bander comme celui d'une montre donc avec
la conscience du temps.
Rédigé par Florence Trocmé le 02 janvier 2013 à 19h44 dans Bribes de Flotoir | Lien permanent | Commentaires (0)