De
la musique (Alexis Pelletier)
Ouvert le livre d’Alexis Pelletier, comment
ça s’appelle pour recopier un extrait pour l’anthologie permanente
d’aujourd’hui.
Je relève :
« Et d’où cela naît
de rien au début de la Cinquième
Symphonie
de Bruckner cela vient d’une descente presque
chromatique des cordes pendant un peu plus
d’une minute et puis sans transition
l’orchestre explose
mais combien de sonorités insues
m’avaient formé avant le moindre
souvenir conscient d’un chant » (9)
→ intime conviction de l’importance de ces perceptions utérines puis de celles
des premiers temps, d’autant plus prégnantes que le petit enfant ne dispose pas
encore de mots, ne fait donc pas barrière, via l’analyse, à ses perceptions.
Du piano (Catherine David)
Fini le petit livre de Catherine David, Crescendo,
chez Actes Sud. Paradoxe : je ne trouve pas que Crescendo soit un bon livre, notamment en raison de son écriture
(beaucoup de clichés, de facilités, d’envolées lyriques mal contrôlées), mais
je l’ai lu d’une seule traite avec ce plaisir trop oublié du livre qui s’impose
à vous et semble vous appeler tout le temps où l’on s’en tient éloigné ! Il
est largement autobiographique, n’enseigne pas grand-chose sur la pratique du
piano pour l’amateur, mais décrit la passion pour la piano avec laquelle je ne
peux qu’être très en phase. Il aurait un effet stimulant, si l’on en avait
besoin ce qui n’est pas le cas !
« La pratique d’un instrument est un privilège insensé dans notre nef des
fous » (96)
et cela, qui peut constituer un véritable enseignement : « Ne jamais
concevoir une note ou une séquence comme isolée, considérer la partition comme
un tissu vivant. » (233)
→ où l’on rejoint l’enseignement de Celibidache, la musique comme un tout, où
chaque partie contient l’ensemble ; et cette nécessité en jouant la
première note de savoir ce qu’elle porte en elle de développement jusqu’à la
fin de la pièce.
Catherine David évoque la disciple de Liszt, Marie Jaëll, déjà évoquée
récemment dans ce flotoir (en raison notamment de sa présence, via des objets
lui ayant appartenu, au Musée de Wissembourg).
Planche (Antoine Emaz & Paul Valéry)
Préparant la mise en ligne de l’épisode
12 du feuilleton d’Antoine Emaz, je relève :
« Planche. Avoir du pain sur la planche. Planche, impératif de plancher,
travailler. Faire la planche. Planche à billets, ne rêvons pas. Planche à
dessin. Planche de salut : il y a bien de cela dans la note comme substitut
du poème. »
Et me revient immédiatement, comme un contrepoint, l’ancien en-tête du flotoir
« Retenir, noter, comprendre, combiner, prolonger, préciser.
Nettoyer la place - Rompre.
Revenir à ses références absolues — se rassembler. »
(Paul Valéry).
→ et cette idée de contrepoint, la concrétiser en « montant « ensemble
des choses qui se parlent
Simple et efficace (De la critique,
Antoine Emaz)
« Distinguer, autant que possible, entre “ce boulot est inintéressant”,
dans l’absolu, et “ce boulot n’est pas intéressant, pour moi ». (source)
Pour le boulot de critique, pour la
question des critères de jugement. Parfois c’est évident, il n’y a rien dans ce
livre, parfois c’est plus complexe, cela ne me touche pas, ne me parle pas, me
rebute, m’ennuie, ne me concerne pas mais ce n’est pas rien. Nettement pas
rien !
→ Lucidité et courage. Lucidité, douter de son jugement, et courage, savoir
exprimer que l’on n’a pas la capacité d’entrer dans ce travail-là.
De l’effacement et du brouillon (Isabelle Pariente & Jean-Pascal
Dubost)
« Toute phrase est provisoire. Toute phrase est, n'est que, la
pointe ultime de notre avancée dans le monde. Elle n'a de sens que si elle
prépare, rend possible, appelle, attend la prochaine, elle n'a de sens que si
elle nous ouvre une perspective sur la phrase à venir. Je ne cherche pas le
point final. Il n'y a pas de point final. » (source)
me renvoie à :
« Nulle chose est faite et
parfaite. Je fais du brouillon continué une idée douce de l’humilité : je
travaille à réduire ma vanité. »
(Jean-Pascal Dubost in note
de lecture de son dernier livre Nouveau
Fatrassier, par Pierre Drogi)
→ je trouve ces deux citations apaisantes. D’autant plus qu’Isabelle Pariente-Butterlin
articule cette pensée à la pratique d’Internet, si souvent et parfois
superficiellement décriée. Ne vaudraient que l’écriture à la main, que le livre
papier. On peut dire oui à l’écriture manuscrite et au livre papier (j’ai vu
des carnets manuscrits d’Isabelle Pariente et elle a publié plusieurs livres)
mais aussi penser avec elle qu’ « il est possible que l'écriture sur
internet, sur site, sur blog comme on voudra, libère les phrases écrites [du]
rapport à l'enregistrement. Il n'est pas impossible qu'elle les rende à la
dynamique de la parole lancée à travers le monde et à travers le silence, et
les libère du lien avec la mort. [...] écrire et effacer, se donner la
possibilité de l'effacement dans le geste de l'écriture. Ne pas inscrire le
geste de l'écriture dans l'enregistrement. On n'enregistre rien. On avance. On
continue d'avancer et pour avancer et pour avancer il faut parfois revenir sur
ses pas. (source)
Charlotte Delbo
Sur France Culture, émission la Grande Table, une évocation très prenante de Charlotte Delbo. A l’occasion
du centenaire de sa naissance et de la publication d’une biographie (Charlotte Delbo de Violaine Gelly et
Paul Gradvohl, Fayard). Avec Geneviève Brisac, Christophe Prochasson et
Catherine Clément. On a pu entendre notamment des extraits d’un entretien avec
Charlotte Delbo et découvrir sa voix tout à fait particulière que les personnes
présentes sur le plateau ont comparée à celle d’Arletty. Il y a aussi dans
l’émission une brève intervention enregistrée et très émouvante de Rithy Panh.