"Dans tous les inachèvements,
je trouve des têtes"
(Henri Michaux, in Emergences-Résurgences, Skira,1972 )
©florence trocmé
"Dans tous les inachèvements,
je trouve des têtes"
(Henri Michaux, in Emergences-Résurgences, Skira,1972 )
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 13 avril 2005 à 10h31 dans cailloux-têtes | Lien permanent | Commentaires (0)
Hier soir, par les trouées des nuages, de grands rayons
lumineux en stries, du ciel vers la terre. Ces rayons lumineux que l’on a si
souvent utilisés pour symboliser le divin (combien d’illustrations dans les
livres de prière ou de catéchisme, avec nuées tourmentées et cascades de
lumière !).
Plus prosaïquement l’un d’entre eux, l’espace d’une poignée
de secondes, a frappé directement le grand panache de vapeur qu’émet
continuellement l’incinérateur d’Issy-les-Moulineaux, lui donnant, brièvement,
quelque chose de surréel (chassez le divin, il revient au galop….)
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 13 avril 2005 à 10h15 | Lien permanent | Commentaires (2)
Quelle profondeur dans l’expression « énergie du désespoir » (serait-ce parce qu’elle contient un paradoxe ?). Il n’est que de regarder l’énorme Quarto abritant l’œuvre de Cioran ou de consulter la bibliographie d’Elfried Jelinek (on peut lire à ce sujet des propos peu amènes mais à la fois percutants et désopilants de Nancy Huston dans Professeurs de désespoir).
A mon sens, nombre de nos blogs témoignent aussi de cette
énergie du désespoir, comme autant de bouteilles sur l’océan gris
du non-sens. Tout journal n’est-il pas le journal d’un condamné, tentant de
laisser derrière lui une petite traînée de bave, comme l’escargot ?
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 13 avril 2005 à 09h12 | Lien permanent | Commentaires (2)
Feu en plein jour, feu contre feu, feu au cœur du feu : l’épiphanie d’un embrasement.
Un bouquet de tulipes, rouge-orangé, veinées de vert, à la corolle composée, exposées aux rayons presque horizontaux de ce soleil déclinant qui se répand, chaque soir de lumière, dans cette grande pièce orientée à l’Ouest.
Et le désir, profane, imbécile mais irrésistible de figer cette splendeur, d’en garder trace tangible par la photographie – qui sera immanquablement, essentiellement, en deçà de l’événement. Ou plus précisément qui n’aura rien à voir avec sa réalité.
Les photos cependant sont impressionnantes, même si elles dénaturent la nature de cette flambée instantanée, gratuite, éphémère, née éphémère. Et l’acte photographique (passage à l’acte ?) amplifie, poursuit la contemplation
Arrêter l’instant en mots, en images, illusion ? Ne
garde-t-on de ce qui a été qu’un petit tas de cendres ? Ou une fumée fragile, émouvante.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 12 avril 2005 à 17h07 | Lien permanent | Commentaires (0)
Pourquoi la faïence est-elle beaucoup plus bruyante que la
porcelaine ? Réflexion que je me suis faite en tentant de ranger, sans faire de
bruit, une vaisselle en faïence. Mon intuition était que la faïence contenait
du métal. Est-elle confirmée par le fait que céramique à pâte argileuse, elle
est recouverte d’un enduit imperméable contenant de l’oxyde d’étain ?
©FT
Rédigé par Florence Trocmé le 12 avril 2005 à 15h33 | Lien permanent | Commentaires (0)
Cette voix d’enfant comme venue du fin fond de la mémoire,
du fond du temps, à l’instant, à la seconde où j’ouvre France Musiques….
"Des enfants
De ce monde ou bien de l'autre
Chantaient de ces rondes
Aux paroles absurdes et lyriques
Qui sans doute sont les restes
Des plus anciens monuments poétiques
De l'humanité
(Apollinaire, La maison des morts, in Alcools)
et
enclenché immédiatement tout un processus intérieur d’une infinie complexité,
qu’aucune IRM ne sait encore décrypter (mais j’imagine Paul Valéry l’analysant
dans ses Cahiers) : le
processus d’identification. Comme si se présentaient subitement à la conscience
toute une liasse de possibilités, ici elles furent le songe d’une nuit d’été,
d’autres idées se sont comme esquissées mais sans prendre corps, autrement dit
nom presque tout de suite attaquées par l’hypothèse Orff ; tâtonnements, écoute poussée un peu plus
avant, test de l’hypothèseOrff, adhésion presque totale à l’hypothèse. Et cette
certitude que de plus c’est cette version-là que je connais/reconnais. Gagné
sur toute la ligne : c’est bien Orff, les Carmina Burana, avec
Gundula Janowitz et les Petits chanteurs de Schöneberg, sous la direction
d’Eugen Jochum. (je retrouve le vinyle 33 tours dans ma discothèque,
l’enregistrement n’est pas daté mais en cherchant un peu sur le net, j’en
retrouve la date, 1968).
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 11 avril 2005 à 19h59 | Lien permanent | Commentaires (0)
Le jeu des reflets. Ce n’est pas un palimpseste au sens
strict qui suppose qu’aient été effacées les couches antérieures mais cela
équivaut à palimpseste en ce sens que la conscience privilégie le premier
niveau, admet parfois le second mais tolère rarement plus profond. Or aujourd’hui dans le métro au moins trois niveaux
de superpositions, d’images intriquées : le visage un peu énigmatique de
la toute jeune fille qui est assise en face de moi, son reflet dans la vitre en
dame de cœur horizontale et au fond du reflet les moniteurs de contrôle à
l’entrée du tunnel avec toute une foule bariolée montant et descendant de la
rame. Aucun doute que l’image ainsi formée contenait encore bien d’autres
éléments, reflets d’autres personnes dans la rame et hors de la rame, reflets
de reflets, etc. C’est un rêve depuis toujours de photographier de telles
superpositions……Je rêve aussi du pantoum
que composerait sur une telle image l’auteur de la
rue Palimpseste.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 11 avril 2005 à 19h55 | Lien permanent | Commentaires (0)
En ce dimanche matin, la qualité
de l’ambiance sonore. Pas le silence, existe-t-il jamais en ville (les mois qui
viennent le diront peut-être…) mais au moins quelque chose qui y fait penser,
par l’absence relative du bruit d’un matin ordinaire, agité, sonore. Silence
rendu plus évident, palpable par le ronronnement d’un hélicoptère, insolite.
Mais je me souviens que c’est aujourd’hui marathon. Je superpose en un instant
le flot des coureurs sur les Champs-Elysées et celui, spectaculaire, des New Yorkais
sur
le pont de Verrazano, je pense aux tours jumelles, je pense à Tours
promises, le livre d’Hélène Cixous lu très récemment.
Et je me dis que ce serait intéressant, amusant, difficile
sans doute de tenter de construire les descriptions de sons quotidiens en sorte
de marabout de souvenirs ou d’associations.
©ft
Rédigé par Florence Trocmé le 10 avril 2005 à 18h33 | Lien permanent | Commentaires (0)
Les jeux de la lumière et de l’ombre sur cette ligne de
métro. Splendeur de ce matin glacial d’avril. Nous roulons à contre jour :
découpe des arbres aux feuilles toutes fraîches é-moulues de leurs bourgeons,
transparence des verrières des stations, reflet (rare, je le note soudain) de
la rame entière dans les vitres de la station Saint Jacques, éclat métallique
du soleil sur les rails à perte de vue, alternance des tronçons aériens et des
tronçons souterrains qui n’en paraissent que plus sombres, obscurs, noirs. La
rame est toujours violemment secouée dans cette descente au noir et mon crayon
fait des embardées. Privilège du conducteur (?) sur cette ligne 6 de
quitter si souvent l’antre sombre.
©ft
Rédigé par Florence Trocmé le 10 avril 2005 à 18h15 | Lien permanent | Commentaires (1)
Tenter de transcrire, noter des lumières, des ombres, des
couleurs et des sons, chaque jour (il y aurait aussi les parfums mais c’est
encore plus difficile) : une sorte d’exercice spirituel. Se rendre
attentive, par cette pratique de recollection et d’attention au monde tel qu’il
est donné, gratuitement, à chaque instant et que nous ne voyons pas ou plus.
C’est une sorte de cadrage intérieur, mental, un prélèvement non agressif, pas une prédation puisqu’on ne prend rien, ne
tue rien, n’enlève rien, dans l’incommensurable richesse du réel donné à chaque
instant.
©florence trocmé
Rédigé par Florence Trocmé le 10 avril 2005 à 14h33 | Lien permanent | Commentaires (0)