Ciel
De la lumière ce matin, mais elle doit se frayer un chemin à travers une couche nuageuse peu engageante, plate et dure – il fait assez froid, 4,5°
De la bronche à la branche (MC Bancquart)
Il y a chez Marie-Claire Bancquart (Violente vie) comme une porosité des règnes. On passe de l’un à l’autre, souvent insensiblement, du corps à la plante, de l’os à la pierre
Dans ma colonne vertébrale
je me retire
je l’habite
os après os
infiniment seule et blessable
mais parfois
c’est vraiment beau
c’est la seconde rattrapée
d’une vie d’herbe entre les pierres
(103)
et un peu plus loin, elle parle d’ « une terre / d’une profonde identité / avec notre peau. » (105).
Dans la dernière partie du livre il y a de nombreuses allusions à son enfance détruite par la maladie osseuse et par l’abandon des adultes. Avec cette petite scène campée, où au mot joie prononcé, le chœur répond enfance et elle, en contresujet : Tue / l’enfance tuée / cale bien sa pierre tombale - // La joie ? depuis. » (123)
Quel parcours, quelle force, en une poignée de vers sans concession ! Et quelle admiration suscite cette attitude à l’heure du ressassement psychologisant sans fin des blessures enfantines, souvent autant de prétextes à ne pas avancer, grandir, se prendre sinon en main plutôt par la main.
C’est un très beau livre, avec un renouvellement de page en page, de parties en parties (six en tout) (j’ai été moins sensible à celle formée de poèmes autour de tableaux).
Il y a dans ces pages un mélange de souffle et de grandeur mais dans la plus absolue simplicité, pour ne pas dire une forme d’humilité. On pourrait dire une juste, très juste place (au sens musical) dans le monde, par rapport à l’écriture. Et cette singularité étonnante qui caractérise cette œuvre, cette façon d’envisager le corps, éprouvé si douloureusement dans ses moindres dimensions dans l’enfance, pendant les années à ne pas marcher, à être allongée, immobilisée dans une coque, infiniment seule. D’où sans doute cette sorte d’osmose qui caractérise la perception de Marie-Claire Bancquart, ce que je tente de figurer en parlant de porosité entre les règnes : de la peau à l’herbe, de la bronche à la branche… !
Elle explique bien son projet sur la quatrième de couverture du livre « je dis qu’il ne faut pas laisser passer sa vieillesse. Je reprends ici ces mots "Violente vie" comme une affirmation contre l’usure, et contre la perspective de la mort : comme un défi. C’est le refus de refuser qui l’emporte. Grâce à la poésie nous inventons sans cesse notre vie, en appelant à nous un rapport intime avec les profondeurs de notre corps, et une relation positive avec les éléments du monde ; »
Là aussi, salutaire singularité de l’attitude, dans un monde qui nous met en contact permanent avec la déchéance de la vieillesse et qui pour le dire de façon un peu caricaturale, a substitué à l’image de la grand-mère tricotant et racontant des histoires au coin du feu au milieu des siens, celle de la mémé édentée, tête de traviole, regard mort dans son fauteuil roulant à la cantine de la maison de retraite ! Avec Marie-Claire Bancquart, on peut se permettre de penser l’allongement de la durée de la vie comme une chance et non une promesse de calvaire. Mais nous dit-elle aussi, il me semble, ce n’est pas gagné, et qui sait (même si elle ne le formule pas, car chez elle jamais rien de moralisant), ça se gagne ! Violente vie !
Du danger des convictions ! (C. Weinzaepflen)
Un beau dialogue dans le livre Celle-là de Catherine Weinzaepflen, propos un peu paradoxal mais qui donne à penser
- Comment fais-tu pour accepter de vivre avec une telle douceur ?
- J’ai lutté contre toutes les convictions
- Je ne comprends pas
- Le bien, le mal, tout ce que ça entraîne comme égarements
(Catherine Weinzaepflen, Celle-là, éd. des Femmes, p. 156)
Les cartes de géographie ! (Bailly)
Il me semble bien que j’y pensais depuis le début de cette lecture : les cartes de géographie accrochées dans les classes, dans l’enfance et j’ai pu constater récemment qu’elles étaient toujours en service. Même si cela me surprend un peu, tant je pense que la géographie est LA discipline qui devrait bénéficier à 100% des bénéfices de l’ordinateur… via la cartographie et l’infographie informatiques.
Et Vidal de la Blache !
Et cet attrait récurrent, dès l’enfance, pour la géographie. Pas la discipline, souvent si rébarbative (comme la grammaire et le solfège, les autres merveilles sinistrées de l’enseignement). Mais ce que je pouvais pressentir au-delà, attrait toutefois non efficace en ce sens qu’il aurait généré travaux et efforts (comme l’allemand ou le solfège et aujourd’hui la grammaire). Et si c’était cette vieille idée de la géographie que je cherche, et trouve, merveilleusement, dans Le Dépaysement.
De l’hydrographie (Bailly)
Autour de ce mot, inducteur de rêve : le bassin versant. Un proche me raconte souvent qu’enfants, en classe, ils travaillaient avec un curieux dispositif destiné à faire comprendre aux élèves le cycle de l’eau. On versait un peu d’eau en un point du dispositif, sans doute une proéminence, et les petits observaient l’eau se répandre en sources, torrents, ruisseaux, rivières, fleuves jusqu’ à la mer. Leçon de capillarité.
Dans ce chapitre dédié aux frontières, aux transitions, aux bords du paysage, JC Bailly fait le constat qu’en France aucun système d’eau n’est orienté vers l’Est : « et si quant à l’Est, il y a provenance, il n’y a pas destination ». Le réseau hydrographique va vers trois points cardinaux, mais pas celui-là « les bassins versants des rivières tournent le dos à l’Est »
Et cette remarque :
« L’échelle appropriée pour considérer le rôle des rivières n’est pas leur unique cours mais l’ensemble de toutes les capillarités qu’il accueille, soit ce qu’en terme de géographie ou de paysage, on appelle un bassin versant »
Paysage ! Noter ici pour s’en souvenir que Jean-Christophe Bailly enseigne à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage à Blois. Parfaite cohérence de tout cela.
→ je me souviens d’un projet très lointain, du temps où l’internet n’avait pas encore pris sa place, où peu étaient connectés, mais où se développait le CD-Rom que l’internet a plus ou moins tué. On m’avait demandé d’imaginer un projet pour un CD-Rom et j’avais tout naturellement (navigation ?) commencé à dessiner l’esquisse d’un ensemble autour des fleuves, pensant que les ressources informatiques permettraient d’explorer cette capillarité dont parle Jean Christophe Bailly, qu’on pourrait à l’intérieur des schémas, des images, monter et remonter le cours des rivières, en esquif ou en saumon !
De la promenade (Bailly)
« J’étais, je m’en souviens avec une grande précision, à l’intérieur d’une de ces promenades, pas si nombreuses, où l’on se sent entièrement happé et conduit. » (171)
→ Impression éprouvée parfois lors des balades photos, et là, sans doute, est-ce tout simplement la lumière qui happe et conduit, qui ouvre et crée le chemin.
L’infime inflexion tonale
laisse elle est partie longue laisse lacis d’algues et reflets, reflets, se perpétuent, s’engendrent, se divisent, perte de soi du soi, du sens, de l’être même, du même au même quand même, reflets ricochets et phil glass seule la variation rythmique et l’infime inflexion tonale.



