Lecture
Valéry de nouveau, Choses tues,
dans l’édition Gallimard de 1932, reliée par M. Un régal, tant pour la beauté
du livre que pour son contenu. Toujours ce sentiment avec Valéry de revenir à l’intelligence,
surtout dans cet océan de bêtise actuelle. La pensée est souvent lapidaire,
mais elle peut aussi se chercher, tourner, comme dans les Cahiers, dont pourraient bien être extraites ces choses tues.
De l’écriture, Valéry
« La perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui
permettent de renchérir. »
→ renchérir, la tentation à laquelle il faut toujours s’opposer,
impitoyablement, l’effet, la redondance de la trouvaille. Renchérir ce que font
jusqu’à plus soif tous les mauvais écrivains dont les livres arrivent à flots
continus ici.
J’ai souvent eu le sentiment qu’une Valérie Rouzeau savait très bien éviter ce
piège, on sent la ritournelle qui s’amorce mais juste à temps, avant qu’elle ne
devienne système, elle bifurque et elle est partie ailleurs. Sans doute parce
qu’elle a les moyens alors que le mauvais poète trop content de sa petite
trouvaille va l’exploiter au point de la dévitaliser complètement, de la vider
de son potentiel.
Valéry, un paradoxe à propos de la musique
Lorsqu’on lit le début de cette citation « la musique m’ennuie au bout
d’un peu de temps », on pense que la messe est dite et que Valéry ne
comprend pas la musique. Mais si l’on poursuit « et d’autant plus court qu’elle
a eu plus d’action sur moi », le point de vue se déplace, se nuance. Que
veut-il dire ? : « c’est qu’elle vient gêner ce qu’elle vient d’engendrer
en moi, de pensées, de clartés, de types et de prémisses » (Choses tues,
21)
→ dans un premier temps, je pense à Celibidache. La musique surtout dans de
mauvaises mains, incapables de la rendre audible, excède notre capacité d’appréhension.
→ mais on se demande si finalement Valéry parle de la musique, jouit de la
musique ou plutôt, comme il le fait la plupart du temps s’il ne se focalise pas
sur le travail, le fonctionnement de son esprit. Il semblerait que la musique
soit surtout pour lui un inducteur de pensées et d’éclaircissements. Il ne dit
hélas pas par quels moyens… Et l’on comprend alors que très peu de musique lui
suffise. Comme s’il s’intéressait au matériel de l’œuvre, souvent donné au
début dans la musique classique et pas du tout au développement. Le
développement c’est lui qui le fait et pas le musicien !
→ la suite confirme cette idée : « rare est la musique qui cesse d’être
ce qu’elle fut ; qui ne gâte et ne traverse ce qu’elle a créé, mais qui
nourrisse ce qu’elle vient de mettre au monde en moi »
Et voici la chute de la réflexion qui permet de nouveau de s’interroger sur l’aptitude
musicale de Valéry : « J’en conclus que le vrai connaisseur en cet
art est nécessairement celui auquel il ne suggère rien. »
→ cela me donne bon espoir car je me suis souvent étonnée du peu d’images, de
pensées suscitées en moi par la musique ou plus exactement hors d’elle seule,
de son flux, de son passage. Il se peut qu’elle induise superficiellement
quelques états ou pensées, mais c’est plutôt alors divergence de l’attention,
comme quand on décroche au concert. La musique a le curieux effet, souvent, d’empêcher
de conceptualiser ou d’imaginer. Parfois même lorsqu’elle est ou serait faite
pour cela (poèmes symphoniques par exemple, Tableaux d’une exposition, etc.). C’est
peut-être aussi la raison de ma réticence réitérée devant l’opéra :
mélange des genres !!!! Et ce qui explique aussi que les plus grands
connaisseurs de musique sont souvent férus du quatuor à cordes, la forme la
plus dépouillée sans doute.
pelote de déjection (paix des dés) 1
Ferais-tu paix des dés soir à soir du vide avec vide tressé rien de bon
rien de mal tir ou tri, hasard non aboli,
cornet de mots craqués – méli-mélo hiroshima hirondelles ailes brûlées plus
jamais ça mais mieux encore dit l’écarté – amstramgram
n’est pas berceuse mais appel du loup écrit-il encore sur le bras mort du
fleuve, la bouilloire bout, siffle et la zébrure de l’arc allume l’explosion – Azedef
dans la paix des dés d’heute.
(Serge Sautreau, Pascal Quignard, procès AZF)